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Engouement pour la cérémonie du nouveau-né

Julie Rousseau, son conjoint et leur bébé de 4 mois lors de la cérémonie du nouveau-né à Mashteuiatsh
Julie Rousseau, son conjoint et leur bébé de 4 mois lors de la cérémonie du nouveau-né à Mashteuiatsh Photo: Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Même si la cérémonie du nouveau-né dans certaines communautés autochtones n'a jamais cessé, elle est de plus en plus prisée. Ce serait même l'un des éléments importants du mouvement de réappropriation culturelle.

Un reportage de Marie-Laure Josselin

La pluie tombe sur Mashteuiatsh. Tôt en ce dimanche matin, la maison de Julie Rousseau est déjà animée. C’est une journée spéciale. Elle emmène son bébé de quatre mois à la cérémonie du nouveau-né, prévue en marge du Grand rassemblement des Premières Nations de cette communauté innue du Lac-Saint-Jean, au Québec.

Aujourd’hui, on célèbre tous les nouveau-nés de l’année

Julie Rousseau, résidente de Mashteuiatsh et mère d'un bébé de quatre mois

Près de la jeune femme, sa mère, Monique Basile, attend avec impatience ce moment. Le petit, qui dort encore, est le premier de ses six petits-enfants à participer à une cérémonie du nouveau-né, l’un des rituels de la première fois qui marque les différentes étapes de la vie dans certaines communautés autochtones.

Mocassins en peau d'orignal avec duvet en loup marin et haut brodé pour la cérémonie du premier-néMocassins en peau d'orignal avec duvet en loup marin et haut brodé pour la cérémonie du premier-né Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin


La grand-mère et la mère sont impatientes, car c’est aussi une première pour elles. Julie n’a pas eu de telle cérémonie d’accueil dans la communauté des enfants. Sa mère, innue, s’est mariée à un Québécois et elle a dû quitter la communauté. « J’ai plutôt vécu un baptême dans la religion catholique », précise Julie, tout en s’affairant aux derniers préparatifs.

Après onze ans passés à Montréal, Julie Rousseau est revenue vivre dans sa communauté avec son conjoint.

Ma mère m’a toujours transmis la fierté d’être innue. Pour moi, c’était important de revenir ici, car ma culture est imprégnée dans mon coeur et je veux transmettre ce que je connais à mon garçon. Je veux qu’il trouve sa place dans la communauté. Et j’ai hâte de voir ce que j’ai réellement manqué

Julie Rousseau

Pendant qu’elle montre l’habit traditionnel qu’elle a confectionné, une petite veste sans manches et un pantalon, Monique Basile, la grand-mère, raconte la fierté qu’elle éprouve, C’est « super important » que sa fille transmette sa culture « à ses enfants ». Et pour y contribuer, elle a brodé sur le tissu couleur crème des fleurs, un teweikan (le tambour sacré) et un cercle avec les quatre points cardinaux.

« Même les Innus de la Côte-Nord reconnaissent ce type de broderie en cercle, c’est précieux », précise Julie Rousseau. Aux pieds de l’enfant, des mocassins en peau d’orignal avec un petit duvet en loup marin.

L’heure du départ a sonné. Il faut réveiller le petit pour le mettre dans le tikinagan, le porte-bébé en langue atikamekw. Avant la cérémonie, la femme qui célèbre a rencontré les jeunes parents pour les préparer et leur expliquer comment cela va se dérouler.

On les rencontre avant, pour que les gens comprennent que ce n’est pas du folklore, c’est vrai. Nous, on ne s’amuse pas avec ces choses-là, c’est vraiment sacré pour nous!

Grégoire Canapé, de Pessamit, qui officie la cérémonie du nouveau-né avec sa femme
Fruits, gâteaux, banique (petit pain traditionnel), tabac et petits cadeaux sont offerts et partagés lors de la cérémonie du premier-né à MashteuiatshFruits, gâteaux, banique (petit pain traditionnel), tabac et petits cadeaux sont offerts et partagés lors de la cérémonie du premier-né à Mashteuiatsh Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Au bord du Pekuakami (le lac Saint-Jean), sous une grosse pluie mais abrités par un petit kiosque, les participants sont réunis autour d’un gros feu. « Ceux qui ont apporté leur tabac et les fruits, déposez-les ici », lance Grégoire Canapé, en montrant un endroit à ses pieds, où des tissus rouges sont déposés.

Les parents doivent amener des fruits, du tabac et un petit cadeau. Certains ont fait de la banique ou des muffins. Et tout sera minutieusement partagé entre les participants.

« Traditionnellement, on partageait le festin, le manger, la viande des bois, mais amener des fruits est plus simple. C’est l’idée de la valeur de partage qui est importante », explique Grégoire Canapé, celui qui se voit comme un gardien de ces cérémonies.

D’ailleurs, il en fait de plus en plus. Si elles n’ont jamais arrêté, il remarque clairement un engouement. Depuis une vingtaine d'années, il s'occupe de ces cérémonies avec sa femme et ils n'ont pas hésité à parcourir 600 kilomètres, depuis Pessamit sur la Côte-Nord, pour venir accueillir les nouveau-nés de Mashteuiatsh.

Cela répond à un besoin spirituel, symbolique, mais surtout, c’est une action politique d’affirmation. Cela fait partie d’un processus de réappropriation identitaire.

Laurent Jérôme, directeur du Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones, Ciera Montreal

C’est une réponse à la colonisation et aux pensionnats autochtones, poursuit Laurent Jérôme, et « cela n’a rien à voir avec le baptême, car ici, on est dans la conception de valoriser le nouveau-né au sein de son cercle familial ».

De plus, précise-t-il, ces cérémonies font des liens très étroits avec le territoire, l’univers dans lequel l’enfant prend place.

Il relate aussi qu'elles sont de plus en plus demandées par les jeunes. « Elles font partie d’autres éléments d’affirmation politique et identitaire ».

Cérémonie du nouveau-né à MashteuiatshCérémonie du nouveau-né à Mashteuiatsh Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Contrairement à la cérémonie des premiers pas, la cérémonie du nouveau-né, même si elle est ouverte à tous, se tient en plus petit comité. Pour Julie Rousseau, l’accessibilité et le fait que la communauté l’offre permettent cette réappropriation.

Autour du feu, Julie suit la femme de Grégoire qui jette du tabac sept fois dans les flammes puis regarde le ciel, entourée par un cercle de participants.

C’est pour remercier les ancêtres et les esprits, car tous les enseignements viennent d’eux. On veut leur montrer qu’on continue la tradition, celle de présenter l’enfant à la communauté, à la famille pour qu’il se sente bien dans ce nouvel environnement.

Grégoire Canapé, de Pessamit, qui célèbre avec sa femme la cérémonie du nouveau-né

Julie va ensuite voir des aînés qu’elle a choisis, car ils doivent dire un secret à son bébé afin de lui souhaiter la bienvenue dans la vie. Avec ces paroles, l’adulte est censé guider l’enfant.

« Quand l’enfant grandit, résume Grégoire Canapé, il y a toujours des personnes qui vont lui donner des enseignements pour le protéger. Il va y avoir d’autres cérémonies; tous ensemble, on fait grandir les enfants ».

Grégoire Canapé, de Pessamit, officie avec sa femme la cérémonie du premier-né de MashteuiatshGrégoire Canapé, de Pessamit, officie avec sa femme la cérémonie du premier-né de Mashteuiatsh Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin


Monique Basile, la grand-mère, suit la cérémonie sans en perdre une miette. « C’est impressionnant, je trouve ça bien. C’est la prolongation de ce qu’on veut toujours lui donner : beaucoup d’amour ».

Un jeune homme prend un tambour et joue, avec, comme accompagnement, le crépitement des flammes. C’est au tour d’un autre enfant. Celui-ci n’est pas Autochtone, mais les parents voulaient une telle cérémonie pour lui.

Pas préparés, ils n’avaient rien à offrir, mais Grégoire Canapé a décidé de l’accueillir, car les « esprits l’avaient décidé ». Prochaine étape pour ces enfants : la cérémonie des premiers pas.

 

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