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Guy Ouellette se retire d'un caucus libéral stupéfait

Le député libéral Guy Ouellette à la période des questions en 2012 alors qu'il était dans l'opposition à l'assemblée nationale du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada

Le député libéral de Chomedey, Guy Ouellette, a décidé de se retirer temporairement du caucus de son parti « jusqu'à ce que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) se prononce sur les suites de son arrestation », a confirmé jeudi la présidente du caucus, Filomena Rotiroti.

« C'était la bonne chose à faire » dans les circonstances, a estimé le premier ministre Philippe Couillard, qui a appris l'arrestation de M. Ouellette par les médias mercredi soir, alors qu'il était en visite à Chibougamau.

J'ai décidé de revenir ce matin à Québec, avant tout pour être avec mes collègues du caucus pour qu'on absorbe ensemble cette nouvelle, qu'on ait l'occasion d'en parler. [...] Comme tout le monde, j'ai été surpris, étonné, frappé par cette nouvelle.

Philippe Couillard, premier ministre

M. Couillard a dit ne pas en savoir plus que les journalistes sur les raisons de l'arrestation de son député. Il ne lui a pas parlé directement depuis.

Guy Ouellette a cependant téléphoné à Mme Rotiroti mercredi soir pour l'aviser de sa décision de se retirer du caucus libéral. Celle-ci a indiqué jeudi matin qu'il semblait « ébranlé ».

Aucune accusation contre Guy Ouellette

M. Ouellette, qui est député depuis 2007, après une longue carrière à la Sûreté du Québec, a été arrêté mercredi et interrogé par l'Unité permanente anticorruption (UPAC), qui l'aurait carrément piégé, selon nos sources.

Il est considéré comme un suspect dans l'enquête sur des fuites d'informations liées à l'enquête Mâchurer de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), qui portait sur le financement du Parti libéral du Québec (PLQ).

Le député n'a encore été accusé de rien. Selon nos sources, il aurait distribué des informations confidentielles que lui auraient transmises des policiers.

En matinée mercredi, l'UPAC a exécuté deux mandats de perquisition chez deux policiers à leurs domiciles de la Rive-Sud. Ces perquisitions portaient sur la fuite de documents dans l'enquête Mâchurer.

Stupéfaction à Québec

L'affaire crée la stupeur à l'Assemblée nationale. Les parlementaires interrogés jeudi matin par les journalistes réagissaient avec la plus grande prudence, disant tous qu'ils manquaient d'information pour se prononcer.

« Faisons très attention [...], soyons prudents », a insisté le ministre de la Sécurité publique et des Affaires municipales, Martin Coiteux, assurant que le gouvernement poursuivra son travail sans se laisser distraire.

On n'est jamais déstabilisé, parce que notre rôle, c'est de gouverner. Et des fois, on gouverne dans certaines tempêtes. Alors, il y a des journées qui sont plus agitées que d'autres.

Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique et des Affaires municipales

Le ministre délégué à l'Intégrité des marchés publics et aux Ressources informationnelles, Robert Poëti, lui-même ex-policier, a soutenu que l'UPAC devrait « minimalement » publier un communiqué pour clarifier la situation de M. Ouellette. « Il me semble qu’on devrait savoir ça », a-t-il laissé tomber.

L'UPAC a bien diffusé un communiqué quelques minutes plus tard, mais celui-ci ne disait pas qui avait été arrêté, faisant valoir qu'il ne fait toujours pas l'objet d'accusations.

Le leader parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a abondé dans le même sens. « J’aimerais avoir des explications de l’UPAC sur ce qui s’est passé avec M. Ouellette », a-t-il commenté.

Il a d'ailleurs directement interpellé le patron de l'UPAC, Robert Lafrenière. « Je l’invite à s’exprimer, à convoquer la presse, et à répondre à vos questions ».

« Je demande de la transparence de la part de l’UPAC », a aussi dit le député caquiste François Bonnardel. « Je pense que ce serait important qu’on ait toutes les informations pour être capable d’avoir l’heure juste. […] C’est extrêmement grave ce qui se passe depuis hier soir à l’Assemblée nationale. »

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a effleuré le sujet pendant la période de questions à l’Assemblée nationale, sans toutefois parler directement de l’arrestation de Guy Ouellette.

« Aujourd’hui, la confiance des Québécois envers l’Unité permanente anticorruption est ébranlée. Donc, je propose au premier ministre de s’engager dès aujourd’hui à ce que le directeur de l’UPAC soit nommé par un vote du deux tiers de l’Assemblée nationale. »

Philippe Couillard a refusé.

La députée péquiste Agnès Maltais a pour sa part questionné le premier ministre sur l'implantation de la norme ISO 37001 anticorruption dans les organismes publics, un projet piloté par M. Ouellette.

M. Couillard, qui a dit penser que « c'est un bon projet » et « une bonne orientation », a noté que le ministre délégué à l’Intégrité des marchés publics, Robert Poëti, allait prendre la suite. « Nous allons aller de l'avant pour l'implanter dans des organismes et des ministères », a ajouté M. Poëti.

« Je partage la stupeur de tous mes collègues », a déclaré pour sa part le député de Québec solidaire, Amir Khadir. « Mais Guy Ouellette doit savoir ce matin qu’il a mon respect, qu’il a mon appui. […] Je n’ai aucune raison de douter de son intégrité, de sa probité. »

M. Ouellette présidait les travaux de la commission des institutions de l'Assemblée nationale. La commission devait faire un débat jeudi sur l’adoption du principe du projet de loi 107 qui aurait fait de l’UPAC une institution autonome. La CAQ a demandé à ce que ce débat soit reporté compte tenu du contexte, mais les libéraux ont refusé.

Qui est Guy Ouellette?

Guy Ouellette est un ancien policier de la Sûreté du Québec (SQ).

À ce titre, il était souvent invité par les médias pour parler du dossier des motards et du crime organisé.

Pendant la guerre des motards, il était le témoin expert de la SQ, rappelle la journaliste d'Enquête Marie-Maude Denis. Il avait la réputation d’avoir « une mémoire incroyable ». Il se rappelait les noms des motards, leurs affiliations criminelles, leurs surnoms, les noms de leur conjointe.

C’était une encyclopédie des motards et c’était un habile communicateur, souligne Mme Denis, ce qui explique son recrutement au Parti libéral après une brillante carrière à la SQ.

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