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Ces enfants qui meurent faute de vaccins

Radio-Canada

Au moment où la France veut augmenter le nombre de vaccins obligatoires, nous faisons le point sur la situation dans le monde. Même s'il y a eu beaucoup de progrès, plus d'un million d'enfants meurent chaque année parce qu'ils n'ont pas été vaccinés.

Un texte de Danielle Beaudoin

La vaccination permet de prévenir bon an mal an la mort de 2 à 3 millions d’enfants, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS). S’ils n’avaient pas été vaccinés, ces petits auraient succombé à la diphtérie, au tétanos, à la coqueluche ou à la rougeole. Cela dit, 1,5 million d’enfants meurent encore chaque année de ces maladies évitables.

En 2016, environ 86 % des bébés de la planète ont reçu les trois doses du vaccin DTC (diphtérie, tétanos et coqueluche), selon les chiffres de l’OMS. Il y a encore du progrès à faire, puisque l’OMS vise une couverture vaccinale de 90 %. Si 130 pays ont déjà atteint cette cible, bon nombre de nations accusent un retard.


La couverture vaccinale dans le monde en 2016


Ce que cette carte révèle surtout, c’est l’inégalité quant à l’accès aux vaccins, constate Jean-Marie Okwo-Bele, directeur du Département OMS Vaccination, vaccins et produits biologiques. Encore aujourd’hui, 19,5 millions de bébés n’ont pas eu les vaccins de base.

Dans huit pays, moins de la moitié des enfants n’ont pas reçu le vaccin DTC : la Guinée équatoriale, le Nigeria, la Centrafrique, la Syrie, la Somalie, le Soudan du Sud, le Tchad et l’Ukraine.

Quatre garçons s'amusent tout près d'un mur plein de trous.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des enfants jouent dans un immeuble endommagé par les tirs ennemis dans la ville syrienne d'Inkhil, détenue par les rebelles, le 7 septembre 2017.

Photo : Reuters / Alaa Faqir

Les conflits sont une des principales causes d’une faible couverture vaccinale, explique Jean-Marie Okwo-Bele.

Mais le principal problème reste la fragilité des systèmes de santé. Il ne suffit pas d’avoir les vaccins, encore faut-il s’assurer que tous les enfants les reçoivent. Pour cela, il faut du personnel médical formé et disponible, de l’équipement pour garder les vaccins à des températures convenables et un système de monitorage qui permet de savoir qui a été vacciné ou pas.

Des femmes attendent avec leur bébé dans les bras.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des mères vont faire vacciner leur enfant dans une clinique de Juba, au Soudan du Sud le 14 février 2017.

Photo : Reuters / Siegfried Modola

M. Okwo-Bele note que, lorsqu’on regarde cette carte, il faut aussi prendre en considération la taille de la population d’un pays donné. Par exemple, l’Inde affiche une couverture vaccinale de 88 %, ce qui est très appréciable, selon lui. Mais il reste que près de 1,2 million d’enfants indiens ne sont pas vaccinés.

La responsabilité des gouvernements

Curieusement, l’Ukraine affiche un des plus faibles taux de vaccination, avec 19 %. La couverture vaccinale a beaucoup chuté dans ce pays au cours des dernières années en raison de problèmes de gouvernance et de corruption, observe Jean-Marie Okwo-Bele. « C’est quand même assez flagrant. C’est une situation qui ne devrait pas arriver. Ils ont tous les atouts pour remonter rapidement. »

Parmi ceux qui pourraient faire mieux, Jean-Marie Okwo-Bele cite notamment le Pakistan, un pays qui a de très bonnes ressources médicales, mais où la vaccination couvre moins des trois quarts des enfants.

Gros plan sur le visage d'une fillette qui reçoit un vaccin par voie orale.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une fillette pakistanaise reçoit un vaccin contre la polio à Karachi le 9 novembre 2015. Le Pakistan est un des trois pays, avec le Nigeria et l'Afghanistan, où cette maladie est encore endémique.

Photo : Getty Images / Rizwan Tabassum

La volonté politique des gouvernements reste d’ailleurs un enjeu de taille pour une meilleure couverture vaccinale dans le monde. La vaccination doit être considérée comme une priorité au niveau national, selon M. Okwo-Bele. Les gouvernements devraient mettre les ressources financières nécessaires à l’achat et à la distribution des vaccins, précise-t-il.

Tout de même des progrès

Jean-Marie Okwo-Bele reconnaît que la situation s’est améliorée depuis une trentaine d’années. « Il y a des avancées très très appréciables. La couverture vaccinale dans les années 80-90 était, au niveau mondial, aux alentours de 60-70 %. Nous sommes arrivés maintenant à 85 %, par là. »

Et les enfants sont aujourd’hui protégés contre un plus grand nombre de maladies.

Nous avions l’habitude d’avoir six vaccins jusqu’à il y a environ 15 ans. Mais depuis lors, il y a au moins cinq autres vaccins qui ont été ajoutés dans les programmes de vaccination nationaux y compris dans les pays en développement.

Jean-Marie Okwo-Bele, de l’OMS

Plus de vaccins qu’avant

  • Les six vaccins initiaux : contre la tuberculose, la polio, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la rougeole.
  • Les cinq nouveaux vaccins (depuis une quinzaine d’années) : contre l'Haemophilus influenzae type B ou Hib (qui peut causer la méningite et la pneumonie), l’hépatite B, la rubéole, la pneumococcie (maladies respiratoires aiguës) et le rotavirus (diarrhées sévères).

En plus, on vaccine contre la fièvre jaune dans les pays endémiques, et contre la méningite de type A en Afrique subsaharienne, dans la « ceinture de la méningite », qui s’étend du Sénégal à l’Éthiopie.

« C’est une avancée certaine, sauf qu’on est bloqués avec les nouveaux vaccins, comme ceux contre la pneumococcie ou le rotavirus », souligne M. Okwo-Bele. Il explique que certains pays comme la Thaïlande ou le Maroc ne parviennent pas à acheter ces vaccins parce qu’ils sont encore « relativement chers ».

Par contre, l’OMS et ses partenaires ont amélioré l’accès à ces vaccins dans les pays plus démunis, là où la mortalité est plus élevée.

 

Au Canada, « on pourrait faire mieux »

La couverture vaccinale est suffisante au Canada, mais on pourrait faire mieux, estime Ève Dubé, anthropologue et chercheuse spécialisée en immunisation à l’Institut national de santé publique du Québec.

Quand on voit des pays comme l’Australie qui sont presque au-dessus de 95 % pour tous les vaccins recommandés, c’est sûr qu’il y a des gains possibles. En même temps, ce n’est pas non plus dramatique.

La chercheuse Ève Dubé

Mme Dubé note que, pour la rougeole, il faut une couverture vaccinale de 95 % pour empêcher les épidémies, pour avoir une immunité de groupe. Au Québec, la couverture vaccinale contre cette maladie est de 90 %.

Donc, de temps en temps, il y a des éclosions de rougeole, comme en 2011 et en 2015, explique la chercheuse. « Le problème, c’est que les gens qui ne sont pas vaccinés ont souvent des attitudes similaires et vont vivre en communauté. On peut penser à des communautés religieuses, à certains groupes qui vont avoir des approches naturelles par rapport à la santé, qui vont vivre les uns près des autres. » Et comme ils sont regroupés physiquement au même endroit, les risques d’éclosions sont plus élevés.

Gros plan sur un pédiatre qui vaccine un bébé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un pédiatre vaccine un bébé contre la rougeole, la rubéole, les oreillons et la varicelle le 26 février 2015 à Berlin, en Allemagne. Il y a eu une épidémie de rougeole cette année-là dans la capitale.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

La réserve de certains parents

Ce qu’on sent quand on parle aux professionnels qui vaccinent, c’est qu’il y a un mouvement d’hésitation à la vaccination. […] C’est ce qui préoccupe la santé publique.

La chercheuse Ève Dubé

L’experte évalue qu’il y a environ le tiers des parents qui sont hésitants. Parmi ces derniers, certains vont accepter quand même le vaccin, mais ils ne sont pas toujours certains d’avoir pris la bonne décision. D’autres vont en refuser un ou deux, ou alors ils vont retarder la vaccination. C’est une minorité de parents qui vont refuser tous les vaccins, note Mme Dubé.

Cette réserve des parents existe aussi ailleurs dans le monde.

Il y a quand même un pourcentage, heureusement pas très important, mais qui augmente malheureusement, avec la diffusion de l’information par les réseaux sociaux, qui refuse le vaccin.

Jean-Marie Okwo-Bele, de l’OMS

Les raisons pour refuser de faire vacciner son enfant sont multiples, explique M. Okwo-Bele. « Pour certains parents, c’est un peu la complaisance, parce que les parents ne voient plus les maladies contre lesquelles on donne ces vaccins dans leur communauté, ils se disent pourquoi vacciner? Parfois ils sont aidés dans cette complaisance par le personnel de santé. » Pour d’autres parents, ce sont des convictions d’ordre religieux ou personnel.

Problèmes d’accès aux vaccins même dans les pays riches

Si certains parents hésitent à faire vacciner leurs enfants, d’autres le voudraient bien, mais ils se butent à des obstacles. Par exemple, au Canada, les vaccins sont offerts gratuitement, mais « l’accès aux services de vaccination demeure une barrière », précise Ève Dubé. « Il y a des gens qui n’ont pas de médecin de famille, qui manquent de contacts avec le système de santé. »

Même chose en Europe, note Jean-Marie Okwo-Bele, où certaines communautés, comme les Roms, n’ont pas accès facilement aux services de santé.

De jeunes femmes discutent avec voisin dans un camp de fortune.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Roms installés le long d'un chemin de fer abandonné à Paris, en France, le 2 février 2016

Photo : Reuters / Jacky Naegelen

La vaccination devrait-elle être obligatoire?

La France projette de faire passer de 3 à 11 le nombre de vaccins obligatoires pour les nourrissons dès janvier 2018. Le projet de loi est à l’étude en ce moment. Que dit l’OMS de cette façon de faire?

Nous pensons que tous les enfants doivent être vaccinés. C’est notre recommandation. La vaccination doit être universelle. Maintenant, comment est-ce qu’on y arrive? Les pays sont souverains pour décider ce qu’ils doivent faire.

Jean-Marie Okwo-Bele, de l’OMS

L’OMS ne recommande pas d’emblée que les pays adoptent des mesures contraignantes, précise M. Okwo-Bele. Il note que ce débat sur la vaccination obligatoire a lieu non seulement en France, mais aussi en Suisse et en Allemagne. Il a eu lieu en Suède et en Italie récemment.

« En fait, c’est parce qu’en Europe il y a beaucoup de poches de couverture de vaccination faible, et il est important que les autorités fassent le nécessaire pour changer cela, parce que ça a une portée économique. La prévention est toujours moins chère que le traitement des cas », conclut-il.

Voyez nos autres cartes week-end  

Santé