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La peur des serpents et des araignées bien ancrée en nous

Une araignée-loup
Une araignée-loup Photo: iStock
Radio-Canada

Les araignées et les serpents évoquent le dégoût et la peur chez de nombreuses personnes, même dans les pays développés où le risque d'entrer en contact avec des espèces dangereuses est peu élevé. Cette crainte est-elle innée ou apprise? Des chercheurs allemands affirment détenir la réponse à cette question qui divisait la communauté scientifique depuis plusieurs décennies.

Un texte d'Alain Labelle

La neuroscientifique Stefanie Hoehl et ses collègues de l’Institut Max Planck (MPI CBS) viennent de conclure que ces peurs seraient innées. Comment? En observant les réactions de stress chez des bébés de six mois auxquels on a présenté une araignée ou un serpent.

L'inconvénient avec la plupart des études précédentes sur ce sujet était qu'elles avaient été menées avec des adultes ou des enfants plus âgés. Cette réalité rendait difficile la distinction entre le comportement appris et le comportement inné.

Lorsque nous présentons aux bébés des images d'un serpent ou d'une araignée au lieu d'une fleur ou d'un poisson de la même taille et de la même couleur, leur réaction est claire : leurs pupilles s’agrandissent beaucoup.

Stefanie Hoehl, MPI CBS

Selon elle, ce changement dans la taille des pupilles est un signal important de l'activation du système noradrénergique dans le cerveau, responsable des réactions de stress.

En conséquence, même les bébés les plus jeunes semblent être stressés par ces animaux.

Nos conclusions montrent que la peur des serpents et des araignées est le fruit de l’évolution.

Stefanie Hoehl, chercheuse
Un serpent mamba vert de JamesonUn serpent mamba vert de Jameson Photo : iStock

Une peur qui se transforme en phobie

Dans des pays comme le Canada ou la France, la plupart des individus ne courent aucun risque de se retrouver face à un serpent ou à une araignée venimeuse, et ce, même dans la nature.

Néanmoins, peu de gens sont à l’aise avec l’idée d’observer une araignée avançant sur leur bras, aussi inoffensive soit-elle. En fait, de 1 à 5 % de la population souffrirait d'arachnophobie.

La peur des araignées ou des serpents peut parfois mener à des réactions d’anxiété ayant des effets néfastes sur la vie d’une personne. Par exemple, certaines d’entre elles doivent s’assurer qu’une pièce a été inspectée et déclarée « sans araignée » avant d’y entrer. D’autres refusent de se rendre dans la nature de peur de tomber sur un serpent.

Ainsi, comme chez les autres primates, des mécanismes dans le cerveau humain permettent d'identifier les objets comme « araignée » ou « serpent » et d'y réagir très rapidement.

Cette réaction de stress prédispose les humains à considérer ces animaux comme dangereux ou dégoûtants.

En outre, lorsque cette réalité est accompagnée d'autres facteurs déstabilisants, elle peut se transformer en une véritable phobie.

Par exemple, une forte réaction de panique d’un parent ou une prédisposition génétique devant une araignée amygdale (nécessaire pour estimer les dangers) peuvent mener à des réactions excessives face à ces créatures et se transformer en trouble anxieux.

D'autres peurs, d'autres réactions

Les chercheurs notent que d'autres études ont montré que les bébés n'associent pas les images de rhinocéros, d'ours ou d'autres animaux théoriquement dangereux à la peur.

L’explication résiderait dans le fait que les ancêtres des araignées et des serpents ont coexisté avec ceux des humains pendant 40 à 60 millions d'années, une période de cohabitation beaucoup plus longue qu'avec les mammifères dangereux actuels. La réaction « induite » par les araignées et serpents serait donc intégrée dans le cerveau humain sur une période évolutive beaucoup plus longue.

Ces explications seraient également applicables pour les risques que représentent les couteaux, les seringues ou les douilles, par exemple. Sur le plan évolutif, ces dangers n'existent que depuis peu de temps et il n'y a pas eu de temps pour établir des mécanismes de réaction dans le cerveau depuis la naissance.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Frontiers in Psychology (Nouvelle fenêtre).

Psychologie

Science