•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Cinq questions sur le glyphosate

Manifestation contre Monsanto à Paris.

Manifestation contre Monsanto à Paris.

Photo : Reuters / Mal Langsdon

Radio-Canada

Un comité d'experts mandaté par l'Union européenne devait voter aujourd'hui sur le renouvellement de l'homologation du glyphosate sur son territoire. Très attendu, le vote n'a finalement pas eu lieu. Bruxelles a fait savoir qu'une nouvelle date de réunion serait fixée sous peu. La Commission européenne a fait savoir qu'elle avait pris note des positions des différents pays et qu'elle allait réfléchir plus longuement. Le glyphosate est l'herbicide le plus vendu au monde et est classé par une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « cancérigène probable ».

Un texte d’Étienne Leblanc

En Europe, la bataille autour du glyphosate est rude. Dans le coin gauche, les partisans d’une interdiction de ce pesticide, qui avancent que la substance comporte des risques pour la santé humaine. Dans le coin droit, la compagnie Monsanto et d'autres compagnies agrochimiques qui le commercialisent, et des syndicats d’agriculteurs, qui y trouvent de grands avantages.

Qu’est-ce que le glyphosate?

Le glyphosate est la molécule active du Roundup, l’herbicide le plus utilisé sur la planète. Il est commercialisé par la multinationale Monsanto, qui l’a mis en marché en 1974. Le glyphosate pénètre dans les organes de la plante, et se répand de son point d’entrée à travers toute la plante grâce à la sève. Il passe par tous les points de croissance de la plante, jusqu’aux feuilles et aux racines. Son succès commercial repose principalement sur sa bonne efficacité et son faible coût.

Le brevet de Monsanto est entré dans le domaine public en 2000 et, depuis, de nombreuses sociétés commercialisent des produits à base de glyphosate. On en retrouve plus de 750 variétés différentes sur les tablettes.

Manifestation contre Monsanto à Paris en 2016.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Manifestation contre Monsanto à Paris en 2016.

Photo : Associated Press / Francois Mori

Pourquoi le glyphosate est-il controversé?

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS qui est tenue de classer les substances cancérogènes, a fait plusieurs mises en garde sur le glyphosate : il a été classé comme étant génotoxique (il peut endommager l’ADN), cancérogène pour l’animal et « cancérigène probable » pour l’homme.

Un pas que n’ont pas osé franchir l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Cette divergence entre les agences suscite toujours la controverse.

En 2015, les autorités européennes s’apprêtaient à renouveler l’autorisation du glyphosate pour une nouvelle période de 15 ans, de 2016 à 2031. Mais le tout nouveau classement du CIRC est venu jeter un pavé dans la mare. Une bataille entre les différents acteurs européens verra alors le jour. Finalement, une journée avant le vote prévu, la Commission européenne a proposé une nouvelle période d'autorisation de 5 à 7 ans. Ce changement de dernière minute a provoqué de nombreuses réactions, ce qui a incité le comité d'experts à reporter le vote qui devait avoir lieu ce 24 octobre à Bruxelles.

De plus en plus de recherches montrent aussi qu’on trouve des traces de glyphosate dans la nourriture. À titre d’exemple, en avril dernier, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) annonçait qu’elle a découvert des traces de glyphosate dans le tiers d’un échantillonnage de 3200 produits alimentaires testés. L'ACIA précise toutefois que les taux détectés sont en deça des normes prescrites pour la consommation humaine.

Qui mène la bataille pour éliminer le glyphosate?

En Europe, c’est la France qui met le plus de pression sur l’Union européenne pour changer les règles. Avec l’arrivée de l’environnementaliste-vedette Nicolas Hulot à la tête du ministère français de l’Environnement, le gouvernement français s’oppose à une longue période de renouvellement de l’autorisation de la substance. Il proposera bientôt « les conditions d’un plan de sortie du glyphosate, compte tenu de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs ».

Dans la foulée des Français, le Parlement européen a voté lundi dernier une résolution pour éliminer progressivement le glyphosate d’ici cinq ans.

Que nous révèlent les fameux « Monsanto Papers »?

En mars dernier, la justice américaine a déclassifié des correspondances internes de la multinationale. Les documents contiennent des dizaines de milliers de pages qui révèlent que Monsanto a payé des experts qui acceptaient de signer des articles coécrits avec les employés du géant de l’agrochimie. Le but : faire contrepoids aux informations qui dénonçaient la toxicité du glyphosate.

Qu’en est-il du glyphosate au Canada?

Au Canada, la bataille autour du glyphosate n’a pas encore atteint les niveaux observés en Europe. Dans une déclaration publiée le 28 avril dernier, Santé Canada a autorisé l’utilisation du glyphosate pour une nouvelle période de 15 ans.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

International