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Les précisions concernant la Loi sur la neutralité religieuse divisent la communauté musulmane

Une femme portant le niqab

Photo : AFP / Fred Dufour

Radio-Canada

Les précisions de la ministre de la justice Stéphanie Vallée concernant l'application de la Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État suscitent beaucoup de prudence de la part des organismes municipaux à Gatineau.

La ministre Vallée a cru bon de rendre publics les règlements entourant l'application de la loi, adoptée mercredi, afin de clarifier les intentions du gouvernement.

Pas question de régir l'espace public

La ministre Vallée a précisé que cette loi ne vise qu'à encadrer l'interaction entre les citoyens qui se présentent pour obtenir un service public et les agents de l'État.

Cette interaction, a dit la ministre, devra d'abord se faire à visage découvert. Par la suite, la personne pourra se couvrir lors de la prestation du service, que ce soit au palais de justice, aux bureaux de la Société de l'assurance automobile du Québec, dans les hôpitaux, dans une bibliothèque municipale ou dans tout autre service public.

Par exemple, a expliqué la ministre, une personne pourra fréquenter une bibliothèque publique voilée, mais elle devra se dévoiler lorsqu'elle voudra emprunter un livre au comptoir.

Dans les autobus

Stéphanie Vallée a précisé que cette loi ne modifiait en rien les règles qui régissent actuellement les sociétés de transport ayant opté pour un titre de transport avec photo.

C'est le cas à la Société de transport de l'Outaouais (STO).

Selon la ministre Vallée, les chauffeurs d'autobus « ont déjà un processus en cours pour les gens qui refusent de s'identifier [lorsqu'ils entrent dans l'autobus] et l'obligation d'identification est déjà prévue par les règlements », a-t-elle souligné.

Actuellement, les chauffeurs d'autobus ont déjà des processus en cours pour empêcher ou pour intervenir quand les gens ne respectent pas les règles.

Stéphanie Vallée, ministre québécoise de la Justice

Questionnée à savoir si une femme voilée pourrait prendre un autobus de la STO à Ottawa sans avoir à se découvrir, Mme Vallée a d'abord répondu que la Loi sur la neutralité religieuse ne s'appliquait pas en Ontario, même si le service est dispensé par une autorité québécoise . Elle a rappelé que ce serait à la STO de juger puisque ce seraient les dispositions relatives aux règles internes de la STO qui s'appliqueraient.

La STO a refusé de commenter les propos de la ministre, indiquant vouloir étudier de façon approfondie les règles ministérielles.

La communauté musulmane divisée

Les précisions apportées par la ministre Vallée sont loin de rassurer certains membres de la communauté musulmane, alors que d'autres s'en disent satisfaits.

Abdourahman Kahin, porte-parole de Présence musulmane et membre du conseil d'administration du Centre islamique de l'Outaouais, rappelle que le dévoilement d'une femme qui porte le niqab « pour des raisons de sécurité aux frontières ou à un endroit » n'a jamais posé de problèmes.

Mais il croit que la Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État va beaucoup plus loin que cela.

Là où j'ai un problème, c'est envers la dignité de la personne. Depuis quand, jusqu'à aujourd'hui en 2017, le gouvernement se permet d'être la police des tenues vestimentaires des femmes? C'est une façon de déshumaniser la femme.

Abdourahman Kahin, porte-parole de Présence musulmane

Ce n'est toutefois pas l'avis d'un résident de Gatineau de confession musulmane, Sameere Almurtadha.

M. Almurthada croit au contraire que le gouvernement québécois ne fait que suivre l'exemple d'autres pays.

M. Almurtadha, qui est d'origine yéménite, dit que sa femme porte le niqab, et qu'elle n'aura aucun problème à se dévoiler lorsqu'elle voudra obtenir des services, lorsqu'elle l'aura rejoint à Gatineau.

C'est normal et logique aussi. C'est normal que tu identifies la personne qui est devant toi pour des raisons de sécurité ou d'identification.

Sameere Almurtadha, résident de Gatineau

M. Almurtadha affirme avoir vécu avec sa famille dans d'autres pays ayant des règles semblables et que sa femme et lui se sont adaptés sans problèmes.

Gatineau en mode analyse

Le maire sortant de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, n'a pas voulu commenter les nouvelles précisions de la ministre Vallée, indiquant qu'il avait demandé « à la direction générale [de la Ville] une analyse de cela et de ce que cela veut dire pour les employés ».

Maxime Pedneaud-Jobin indique qu'il pourra réagir en détails par la suite, précisant que « la première mouture [de la loi] présentait un défi d'application ».

Avec les informations des journalistes Josée Guérin et Laurie Trudel

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