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  • Exclusif
  • Experts déçus de l’entente avec Netflix : « Est-ce qu’on était juste des potiches? »

    La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly
    La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly Photo: La Presse canadienne / Ben Nelms

    Des membres du groupe d'experts qui ont conseillé la ministre sur la politique culturelle sont déçus de l'entente que le gouvernement Trudeau a conclue avec Netflix. Des voix qui s'ajoutent aux nombreuses critiques formulées depuis l'annonce d'Ottawa, le mois dernier.

    Un texte de Philippe-Vincent Foisy

    Radio-Canada s’est entretenue avec ces experts, des membres influents du milieu culturel canadien, qui ont été choisis par la ministre. Aucun de ceux qui ont participé à ces rencontres n’a accepté de parler devant la caméra, notamment parce qu’ils ont signé une entente de confidentialité. Radio-Canada a accepté de préserver leur confidentialité pour obtenir leurs opinions.

    Je me sens trahi. Est-ce qu’on était juste des potiches, de beaux noms?

    Un des experts du comité consultatif

    « Je me demande si je n’ai pas gaspillé une partie de ma vie, soutient un autre des experts. J’ai défendu la souveraineté culturelle du Canada toute ma vie, mais quand je vois la politique culturelle de la ministre, je me pose la question. »

    Selon cet expert, en imposant la taxe de service à Netflix, le gouvernement aurait pu envoyer le message que, malgré l’évolution des modes de diffusion, il doit y avoir des règles.

    « Si on veut une voix distincte, ça prend de nouvelles règles qui vont toucher YouTube et les autres nouveaux diffuseurs, explique-t-il. L’absence de nouvelles règles signifierait qu’il [le gouvernement] abandonne la souveraineté culturelle canadienne. »

    Un autre parle de cette entente avec Netflix comme d’un « monstre » qui a éclipsé les autres aspects de la politique culturelle.

    « En ce moment, tous les joueurs culturels ne sont plus sur un pied d’égalité, soutient-il. L’avenir de la télévision ne viendra pas du ciel. Il faut agir! »

    Pour un troisième expert, l’entente avec Netflix est problématique, parce qu’il n’en a jamais été question pendant les discussions. Il ajoute qu’il était évident que l’absence de quota francophone allait poser problème.

    On n’a pas le sentiment que le gouvernement s’est battu fort. Ils ont sacrifié le Québec, alors qu’ici, la culture est fragilisée.

    Un membre du groupe d'experts qui ont conseillé la ministre Joly

    Une source gouvernementale explique que Netflix n’était pas prêt à faire cette concession et à accepter un quota francophone.

    Par ailleurs, la Commissaire aux langues officielles ouvrira une enquête à la suite de plaintes.

    Pas que du mauvais

    « C’est dommage que l’entente ait fait ombrage aux bons aspects de la politique culturelle », soutient l’un des experts.

    Tous les experts à qui nous avons parlé ont mentionné qu'il y a plusieurs aspects positifs dans la politique, comme le fait que le gouvernement va renflouer le fonds des médias, qu’il va donner accès au fonds de l’innovation aux compagnies artistiques et qu’il veut revoir le mandat du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

    Même au sein des rangs libéraux, plusieurs reconnaissent que d’avoir présenté l’entente avec Netflix en même temps que la politique culturelle a été une erreur.

    C’est cette entente qui a dominé la couverture médiatique cette semaine-là, et ce qui aurait dû être une discussion sur la culture est devenu un enjeu de fiscalité, selon des sources libérales.

    Le rôle du groupe d’experts

    « Quinze experts-conseils ont soutenu les consultations. Ce groupe était composé de spécialistes des secteurs canadiens de la culture et de la technologie qui sont des chefs de file en matière de créativité et d’innovation. Ils ont été choisis pour leur capacité à générer des idées novatrices, à représenter la diversité canadienne et à contribuer à une variété de points de vue (leur identité figure en annexe). Ils ont présenté des idées, des commentaires et des orientations tout au long du processus de consultation. Il n'a pas été demandé au groupe d'experts de faire des recommandations au gouvernement ou de présenter un rapport. Leur mandat a pris fin le 31 mars 2017. »

    Extrait du Cadre stratégique du Canada créatif, Patrimoine Canada

    Politique fédérale

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