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Neutralité religieuse : « le gouvernement s'écrase », dénonce le PQ

Jean-François Lisée et Agnès Maltais

Jean-François Lisée et Agnès Maltais donnent un point de presse à la suite des précisions de la ministre de la Justice sur la Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

« On a assisté ce matin au plus grand dégonflement depuis la cérémonie de clôture du festival des montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu », a lancé Jean-François Lisée, en réaction à la conférence de presse de la ministre de la Justice, venue expliquer comment s'appliquera l'obligation de donner ou de recevoir des services publics à visage découvert, comme l'impose la Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État.

Les critiques de M. Lisée visent particulièrement la façon dont la loi sera observée dans les autobus.

Mercredi dernier, au moment de son adoption, la ministre Stéphanie Vallée avait précisé qu'une personne ayant le visage masqué devrait le découvrir non seulement au moment d'embarquer dans un autobus, mais également tout au long du trajet.

La ministre a toutefois fait volte-face à ce sujet ce matin, en indiquant qu’une personne au visage masqué pourrait se faire demander de se découvrir en se présentant devant un chauffeur, mais que rien ne l'empêcherait ensuite de se masquer pour le reste du trajet.

« La semaine dernière, le gouvernement était très heureux d’avoir voté un projet de loi qui interdisait le visage couvert, y compris dans les autobus. Aujourd’hui, elle dit le contraire. Qu’est-ce qui s’est passé entre les deux? », a demandé le chef péquiste et leader de l'opposition, en point de presse.

« Le Canada anglais a dit à Philippe Couillard de reculer. Le Parlement ontarien, unanime, a dit à Philippe Couillard que la loi 62 n’a pas sa place au Canada. Le maire de Montréal, Denis Coderre, a dit : "moi je ne l’applique pas" », a-t-il poursuivi.

M. Lisée en conclut que ces derniers pourront donc se vanter d’avoir fait céder les Québécois.

Le gouvernement montre ainsi sa faiblesse et celle de l’État québécois. Moi, j’ai honte d’un gouvernement qui n’est pas capable de se tenir debout. […] À la première tempête venue, le gouvernement s’écrase.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Le chef du PQ dit ne pas comprendre ce revirement, puisque, dit-il, une forte opposition à la loi était parfaitement prévisible.

Il mentionne également qu’une loi interdisant de se dissimuler le visage dans l’espace public existe déjà dans plusieurs pays d’Europe et se demande pourquoi une telle loi ne serait pas applicable au Québec.

« La faiblesse du gouvernement Couillard au niveau de la laïcité on la connaissait déjà, mais on n’aurait pas pu imaginer un niveau de faiblesse aussi abyssal », a lancé le chef du PQ.

Quant à la députée Agnès Maltais, porte-parole du PQ en matière de laïcité, qui accompagnait son chef, elle a affirmé se sentir « flouée comme parlementaire ».

« J’ai travaillé sérieusement en commission parlementaire. J’ai posé des questions très claires et aujourd’hui, il y a un point de presse qui défait tout ce qui s’est dit en commission parlementaire », a-t-elle déploré.

Une loi qui encourage les demandes d’accommodement

Les caquistes Simon Jolin-Barrette, Nathalie Roy et François Legault.

Simon Jolin-Barrette, Nathalie Roy et François Legault donnent un point de presse suite aux précisions de la ministre de la Justice.

Photo : Radio-Canada

« C’est une loi qui va encourager les demandes d’accommodement religieux, et je pense que ce n’est pas ce que les Québécois veulent et réclament depuis des années », a de son côté commenté Nathalie Roy, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de laïcité.

« On est ici pour essayer de répondre aux préoccupations des citoyens, et là ça ne règle absolument rien. […] On arrive à un véritable cul-de-sac ce matin », a-t-elle insisté.

Comme son chef, François Legault, Mme Roy a critiqué la « confusion » dans laquelle nous plonge la nouvelle loi.

Et comme sa collègue Agnès Maltais, elle a regretté d'avoir été « induite en erreur ». « Elle [la ministre de la Justice] nous a dit une chose en commission parlementaire, et là elle se contredit ce matin en disant autre chose. »

Quant à François Legault, il qualifie la loi de « vrai gâchis ».

Ce qu’on voit, c’est qu’après 10 ans de discussion, le gouvernement de M. Couillard n’est pas capable de régler le dossier.

François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

M. Legault dit continuer à défendre les positions de la CAQ et croire en l’importance de la laïcité de l’État. Il rappelle que son parti veut interdire le port de signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité.

Il réitère également sa volonté de conserver le crucifix qui se trouve à l’Assemblée nationale. Selon lui, le crucifix n’entre pas en contradiction avec le désir d’un état laïque.

« Ça fait partie du patrimoine québécois et on pense qu’il doit rester là », dit-il.

Une victoire pour les municipalités québécoises

Sur la scène municipale, la chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville de Montréal et candidate à la mairie, Valérie Plante, s’est dite « très satisfaite » de voir que l’ensemble des municipalités du Québec avaient joint leurs voix pour contester la loi, et que leurs critiques avaient été entendues.

« Pour moi, c’est une victoire en soi, c’est-à-dire qu’on a réussi à travailler entre alliés pour dire : ce n’est pas le message que nous voulons envoyer à nos citoyens. On veut que les citoyens de Montréal et de partout ailleurs puissent profiter des services publics auxquels ils ont droit », a-t-elle déclaré.

« Garder le cap »

Denis Coderre

Photo : Radio-Canada

Quant au maire sortant de Montréal, Denis Coderre, qui a toujours affirmé qu’il jugeait cette loi inapplicable, notamment en raison de ce qu’elle pourrait exiger des employés municipaux offrant des services, il affirme qu’il va « garder le cap ».

Moi, il y a deux éléments qui me titillent continuellement : de donner une pression indue, inutile à nos employés. De faire des vérifications.

Denis Coderre, maire sortant de Montréal

De plus, selon lui, il est « important de protéger ces femmes [qui portent un niqab] ». « C’est important dans le processus d’intégration », dit-il.

M. Coderre est persuadé que la loi ne tiendra pas si elle contestée devant les tribunaux. « J’ai l’impression que ça ne prendra pas de temps qu’il va y avoir une contestation », note-t-il.

Le maire sortant affirme qu’il est essentiel de faire une distinction entre les services donnés et les services reçus.

Pour lui, les citoyens recevant des services doivent avoir la liberté de s’habiller comme ils le veulent, mais les services municipaux se doivent d’être donnés à visage découvert. Il mentionne toutefois que la question ne s’est pas encore posée à Montréal, puisqu’aucun employé de la Ville ne porte le niqab.

Politique