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Contrôle de l'information : « C'est une légende urbaine », réplique Denis Coderre

Denis Coderre, maire de Montréal, debout s'adressant aux médias

Denis Coderre, maire de Montréal

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« Est-ce que c'est une dépense électorale pour mes adversaires? », a lancé le maire sortant de Montréal, Denis Coderre, lundi matin, après la publication d'une enquête de Radio-Canada sur les pratiques de son équipe en matière de communication.

Dans son article, le reporter Thomas Gerbet donne la parole à des fonctionnaires qui déplorent les mesures dont ils font l'objet s'ils osent parler aux médias. Il révèle aussi les difficultés de plusieurs journalistes à obtenir des entrevues avec des employés municipaux.

Des journalistes soutiennent même avoir été intimidés par le maire et son entourage. Un journaliste a dit avoir été contacté un soir à 23 h par un attaché de presse du maire qui lui a demandé de modifier son titre, alors qu'un autre a reçu une menace à peine voilée du maire lui-même. « Toi, je vais veiller à l’évolution de ta carrière », aurait dit Denis Coderre à l'intention de ce dernier, dont il n'appréciait pas les articles.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a recueilli des plaintes durant une grande partie du mandat de Denis Coderre. Elle a reçu les témoignages de 30 journalistes travaillant pour 13 médias différents.

« C’est sûr qu’il peut y avoir des frictions, des fois, mais c’est tout à fait normal », a rétorqué le maire sortant lors d'une conférence de presse qui portait sur un tout autre sujet.

Vous avez un travail à faire et on a un travail à faire, mais pour le restant… On n’a jamais été aussi pertinent à Montréal.

Une citation de : Denis Coderre, maire sortant de Montréal

Le maire a aussi réfuté qu'il y ait des pressions indues qui soient exercées contre qui que ce soit. « On ne demande pas systématiquement aux gens de se rapporter à nous autres, a-t-il poursuivi. C’est pas vrai, c’est une légende urbaine [...] Il n’y a pas de culture de répression. Les choses sont transparentes. »

Notre dossier sur les élections municipales 2017 au Québec  

La chef de Projet Montréal, Valérie Plante, a commenté l'affaire dans une courte déclaration sur sa page Facebook.

« Denis Coderre a franchi une ligne, écrit-elle. Aujourd'hui, il a accusé un journaliste d'être payé par Projet Montréal pour son reportage qui met en lumière le climat de méfiance et d'intimidation qui règne à l'hôtel de ville. Cette accusation est grave. Elle traduit l'état d'esprit d'un maire sortant arrogant et déconnecté, dont la campagne ne va nulle part. »

« Le 5 novembre, vous avez le choix », conclut la principale adversaire de Denis Coderre à la mairie.

« Extrêmement préoccupant », selon la FPJQ

Interrogé sur le sujet lundi, le président de la FPJQ, Stéphane Giroux, s'est dit inquiet pour la liberté d'information.

« On parle de journalistes qui doivent tous les jours être en contact avec le maire et avec son administration, explique-t-il. Alors si l'administration les menace, fait de l'intimidation, eh bien quelque part, ça devient un obstacle à l'information. Ça devient un frein à l'information et ça doit être dénoncé. »

Pour Stéphane Giroux, qui est lui-même reporter spécialisé pour le réseau CTV, les journalistes sont largement impuissants face à ce genre de comportement.

« Tout ce qu'on peut faire, c'est dénoncer », a-t-il fait valoir. « Et puis si le maire n'est pas content de ce qu'il lit dans le journal, il y a le Conseil de presse où le maire peut porter plainte. Certains médias [dont Radio-Canada] ont également un ombudsman où l'on peut porter plainte. Mais on ne porte pas plainte à un journaliste en lui disant : "J'aime pas ça, change ça." »

La loi du silence

Pendant ce temps, les langues continuent de se délier.

Au micro de Michel C. Auger, à l'émission Midi info, le conseiller principal du syndicat regroupé des cols bleus, Hans Marotte, a déploré que les cols bleus ne puissent plus faire de commentaires contre la Ville de Montréal sur les réseaux sociaux, sous peine d’être sanctionnés. Depuis six mois, les employés municipaux reçoivent des avis de discipline, des avis d’infraction et même des suspensions pour des commentaires jugés « anodins » par le syndicaliste.

M. Marotte cite le cas d’un col bleu qui a reçu une suspension de quatre mois pour un commentaire public sur Facebook disant : « On me demande de ne pas faire mon travail. » Le syndicat a contesté la mesure disciplinaire et a finalement eu gain de cause. « Mais ça a pris des mois, ajoute M. Marotte. Pendant ce temps-là, la personne n’a pas son chèque de paie. »

Le conseiller syndical dénonce aussi une directive adoptée par la Ville de Montréal en février 2014 qui spécifie que les gardiens de sécurité de l’hôtel de ville de Montréal n'ont plus l'obligation de faire signer un registre aux visiteurs qui se présentent au bureau du maire Coderre, une directive révélée il y a trois semaines par le quotidien Métro.

« Depuis 2014, on ne peut plus savoir qui le maire rencontre. Les visiteurs reçoivent une carte de visiteur, mais elle est au nom du chef de cabinet du maire », regrette-t-il.

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