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Des combattants des Forces démocratiques syriennes célèbrent leur reprise de Raqqa des mains du groupe armé État islamique.

Des combattants des Forces démocratiques syriennes célèbrent leur reprise de Raqqa des mains du groupe armé État islamique.

Photo : Reuters / Erik de Castro

Marie-Eve Bédard

Le « califat » a perdu sa capitale autoproclamée. Après la reprise de Mossoul plus tôt cet été, celle de Raqqa par les Forces syriennes démocratiques (FDS), une milice arabo-kurde alliée des Américains, assène au groupe armé État islamique (EI) une cuisante et symbolique défaite.

De 6000 à 10 000 combattants du groupe seraient toujours actifs sur quelque 10 000 km2 entre l’Irak et la Syrie, selon les dernières estimations de la coalition menée par les États-Unis.

Les services de renseignements occidentaux croient que les hauts dirigeants de l’EI, dont le chef Abou Bakr Al-Baghdadi, se terrent quelque part dans cette zone désertique.

La fin géographique de l’EI n’est plus qu’une question de temps. Mais en Irak, en Syrie et en Occident, les responsables sécuritaires et les analystes s’entendent pour dire que ce n’est pas la fin du groupe terroriste et de son idéologie pour autant.

Dès le tout début de sa montée en puissance en 2014, le groupe armé État islamique a fait preuve d’ingéniosité dans son emploi des réseaux sociaux pour diffuser une propagande efficace, bien au-delà des frontières dessinées à coup de bulldozers, de voitures piégées et d’attentats-suicides de son « califat ».

Plus que des outils d’inspiration et de recrutement, les différents forums fréquentés par les djihadistes ont également permis à l’EI d’orchestrer et de soutenir un nombre consternant d’attentats, bien loin du terrain de la guerre.

De Raqqa, il ne reste que des ruines et des traces fugaces d'une population qui a fui ou qui a vécu trop longtemps dans un « enfer à ciel ouvert ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De Raqqa, il ne reste que des ruines et des traces fugaces d'une population qui a fui ou qui a vécu trop longtemps dans un « enfer à ciel ouvert ».

Photo : Reuters / Erik de Castro

Des terroristes en « télétravail »

Les citoyens de Paris, Bruxelles, Londres, Manchester, Nice, Istanbul et Barcelone ont brutalement goûté à ce qu'une nouvelle incarnation du groupe armé État islamique pourrait bien ressembler.

Une part importante des hommes responsables de ces attentats meurtriers ont communiqué en ligne avec l’EI et ont reçu des instructions détaillées par messages cryptés, mais n’ont jamais rencontré leurs mentors ni foulé le sol du territoire contrôlé à l’époque par Daech.

« Il est clair que nous faisons face à une menace terroriste intense au Royaume-Uni, de la part d’extrémistes islamistes », affirmait le chef des services de renseignement du MI5 britannique, Andrew Parker, lors d’un discours plus tôt cette semaine.

La menace est multidimensionnelle, elle évolue rapidement à un rythme et une échelle sans précédent.

Andrew Parker, chef des services de renseignement du MI5

En Syrie, l’attention des multiples joueurs impliqués dans la lutte contre l’EI se tourne maintenant à l’est du pays, à Deir Ezzor et plus au sud. L’armée syrienne de Bachar Al-Assad et ses alliés russes et iraniens y sont déjà très actifs; ils sont rejoints par les forces soutenues par les États-Unis. Un étrange ménage d’intérêts généralement opposés, auquel le groupe armé État islamique ne saurait résister bien longtemps.

Des combattants des Forces démocratiques syriennes sillonnent ce champ de ruines qu'est devenue Raqqa.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des combattants des Forces démocratiques syriennes sillonnent ce champ de ruines qu'est devenue Raqqa.

Photo : Reuters / Erik de Castro

L'EI, une hydre?

Mais il serait sans doute naïf et dangereux de croire que les djihadistes seront anéantis au point de ne plus pouvoir se relever. Après tout, ils ont démontré qu’ils étaient fort capables d’instrumentaliser la ferveur religieuse et le ressentiment politique des musulmans sunnites qui se sentent brimés et marginalisés.

C’est bien ce qui aura permis à ce qui était l’État islamique en Irak, cassé par les Américains en 2007 et 2008 au point d’avoir pratiquement disparu, de renaître et de devenir ce que l’on connaît aujourd’hui, comme le groupe armé État islamique.

Quand les Américains se sont retirés de l’Irak en 2011, le groupe ne comptait plus que 700 hommes. En trois ans à peine, ils étaient de retour. Depuis la Syrie d’abord, ils ont fait trembler la planète et mis l’armée irakienne en déroute.

Aujourd’hui, ils sont chassés du stade où les djihadistes avaient l’habitude de procéder aux décapitations en public à Raqqa, et les Forces syriennes démocratiques victorieuses célèbrent. « L’avenir de Raqqa sera décidé par sa population », disait Talal Silo, le porte-parole des FDS lors de la cérémonie pour marquer la victoire de ses troupes ce vendredi; il demandait l’appui de la communauté internationale pour rebâtir la ville, alors que des soldats jubilant l’entouraient.

Les anciens habitants de Raqqa ont souffert pendant trois ans, quand ils n'ont pas simplement fui la région.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les anciens habitants de Raqqa ont souffert pendant trois ans, quand ils n'ont pas simplement fui la région.

Photo : Reuters / Erik de Castro

Victoire à la Pyrrhus?

Mais la population, épuisée par trois ans de ce que plusieurs décrivent comme un véritable enfer dans une prison à ciel ouvert, ainsi que par un siège suffocant de cinq mois, a largement fui la ville complètement détruite par les combats.

Et beaucoup sont loin d’un sentiment euphorique.

Samia, une jeune mère de famille de 23 ans, s’est retrouvée à Beyrouth au Liban il y a quatre mois. L’avancée des combats les empêchant elle et son mari de cultiver leur terre, ils ont pris tout ce qui leur restait d’économies pour payer des pots-de-vin à l’EI et à tout un réseau de passeurs afin de s’enfuir. Elle ne peut pas imaginer de revenir chez elle avant longtemps.

« Notre maison a été rasée par les combats entre les FDS et l’EI. Nous sommes des civils, donc nous payons le prix fort. Nous ne soutenons personne, nous ne voulons que vivre en paix. Les FDS ne nous laissent pas revenir chez nous, tout le secteur est devenu une base militaire. L’EI est parti, mais qui sait par quoi il sera remplacé? »

Une crainte de l’après partagée par Mohammad Ali, lui aussi réfugié à Beyrouth depuis quelques mois. Les combats chez lui ont pris fin, mais en Syrie, ce n’était qu’une des nombreuses lignes de front, rappelle-t-il.

« C’est le début de la fin pour l’EI. Le groupe aura duré trois ou quatre ans, mais nous ne savons pas si ceux qui viendront après l’EI seront plus cruels et plus radicaux avec nous. En ce moment, on voit des clans et des tribus se venger mutuellement. N’oublions pas que la guerre n’est pas finie en Syrie; alors on ne peut pas être optimistes. Si la guerre prend fin, on pourra penser à des projets. Les gens veulent bâtir sur un terrain sûr, pas sur un champ de bataille. »

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