•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Face aux critiques, Couillard défend la loi sur la neutralité religieuse

Montage de photos des deux premiers ministres
Philippe Couillard et Justin Trudeau Photo: La Presse canadienne
Radio-Canada

Le premier ministre Justin Trudeau a ouvert la porte, vendredi, à une éventuelle contestation de la loi québécoise sur la neutralité religieuse, que le premier ministre Couillard entend défendre avec force.

Après avoir indiqué la veille aux journalistes qui le suivaient à Roberval que ce n'était pas au gouvernement fédéral de contester la loi, M. Trudeau a vite changé son fusil d'épaule.

Il a affirmé lors d'un bref point de presse vendredi matin, à Alma, que son gouvernement allait « prendre ses responsabilités », étudier « attentivement » la loi et « défendre les Canadiens ».

« Je sais que les gens s'attendent à ce que je défende la Charte des droits », a-t-il déclaré.

La mesure législative prévoit notamment que tous les services publics au Québec devront être donnés et reçus à visage découvert, notamment dans les transports publics et dans les hôpitaux. La loi permet toutefois des accommodements raisonnables, accordés à la pièce.

Elle suscite de vives réactions partout au Canada depuis son adoption. Dans un geste plutôt inhabituel, les députés ontariens l'ont unanimement condamnée jeudi, prédisant que sa validité serait contestée devant les tribunaux, en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

Vendredi, la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, a aussi dénoncé la loi dans un message sur Twitter relayé par son attachée de presse Cheryl Oates. « Rachel Notley condamne la loi québécoise qui interdit le visage couvert, écrit-elle. Un jour triste pour le Canada. »

 


Le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, qui se trouvait en Alberta pour une rencontre avec ses homologues des autres provinces, a répondu aux critiques de Rachel Notley. « Non, ce n'est pas un jour triste pour le Canada. Nous avons la chance de vivre dans un pays démocratique où la population peut s'exprimer et à partir de quoi les gouvernements prennent des décisions de façon transparente et totalement démocratique », a-t-il répliqué.

Je tiens à souligner le fait que cette loi est passée sur un vote de 66 contre 51. Il y a 51 députés qui ont voté contre une loi, non pas parce qu'ils ne sont pas d'accord avec elle, mais parce qu'ils trouvaient qu'elle n'allait pas assez loin.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette de passage en Alberta

À Vancouver, Jagmeet Singh, le chef du Nouveau Parti démocratique, s'est aussi senti interpellé par la loi 62 : « Je trouve troublant que nous n'ayons pas de réponse claire de la part d'un premier ministre qui se présente comme quelqu'un qui défend les droits de l'homme et qui se veut un défenseur des droits des femmes. »

« Je pense que rien ne peut justifier un État de dire aux gens quoi porter, quoi ne pas porter, a-t-il ajouté. [...] J'ai clairement fait savoir que je suis contre le projet de loi 62. »

Couillard défend son projet de loi

À Mirabel, où il rencontrait des employés de Bombardier, le premier ministre québécois, Philippe Couillard, s'est dit persuadé que la loi allait passer le test des tribunaux.

« L’application d’une loi ne doit pas entrer en contradiction avec le gros bon sens. […] On tient au principe et dans une société on communique, on s’identifie avec le visage découvert. Les demandes d’accommodements, l’autre partie du projet de loi, devraient être encadrées. »

Quant au premier ministre du Canada, Justin Trudeau, il a fait valoir qu'aucun gouvernement ne devrait dire aux femmes ce qu'elles doivent ou ne doivent pas porter.

« Une société qui ne veut pas que les femmes soient forcées d'être voilées, peut-être devrait-elle [...] ne pas forcer les femmes à ne pas porter le voile », a-t-il affirmé lors d'un point de presse pendant une tournée de 24 heures de la circonscription de Lac-Saint-Jean, en vue de l'élection partielle de lundi.

Le premier ministre Couillard s'est défendu de légiférer sur ce que doit porter ou non une femme.

Il n’est absolument pas question d’empêcher les femmes de se mettre le voile dans la rue. On dit juste que comme signal de société, s’il y a des services publics qui sont donnés ou reçus, il faut qu’on puisse se voir et se reconnaître, pour des raisons de sécurité, d’identification et de communication.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Vendredi, la Commission canadienne des droits de la personne est venue en quelque sorte appuyer le premier ministre Trudeau.

La présidente de l'organisme, Marie-Claude Landry, s'est dite « extrêmement préoccupée » par la loi, qui cible d'après elle des personnes qui souffrent déjà de discrimination.

« Les lois doivent servir à éliminer la discrimination et non à la favoriser », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.

À ce torrent de réactions est venue s'ajouter celle de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui juge la loi « inapplicable ».

Dans un communiqué, l'UMQ fait valoir que les municipalités offrent de nombreux services publics, notamment les services de loisirs, de culture et d'activités sportives, comme les bibliothèques publiques, les camps de jour ou le transport collectif. Selon l'UMQ, les employés municipaux seront placés dans une position intenable pour faire appliquer cette loi.

À ce propos, le premier ministre Couillard a indiqué que le gouvernement discutera avec les municipalités des règles d'application après les élections du 5 novembre. « On ne veut pas compliquer la vie des gens, pas plus celle des chauffeurs d'autobus que d'autres personnes », a-t-il dit en mêlée de presse vendredi.

Laissez le Québec faire ses choix, martèle le PQ

M. Trudeau et le reste du Canada sont en train d'imposer leur « vision du monde » aux Québécois, a réagi le porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière de relations Québec-Canada, Nicolas Marceau.

« Le reste du Canada, autant l'Ontario hier à son Assemblée législative que M. Trudeau aujourd'hui, veulent imposer leur vision du monde, leur façon de voir le monde, à une nation qui est tout à fait autonome et en mesure de faire ses choix. Évidemment, c'est complètement inacceptable », a-t-il dit en entrevue téléphonique.

« Ils doivent laisser le Québec faire ses choix », a-t-il ajouté.

Le visage découvert est une exigence dans plusieurs pays, y compris la France, la Belgique, le Danemark et l'Allemagne, selon M. Marceau, qui se dit « déçu » du manque de respect des Canadiens envers le Québec.

« Vous savez très bien que le voile qui cache le visage est un symbole d'oppression pour les femmes, a-t-il dit. Au Québec, on n'aime pas ce symbole-là. »

Avec les informations de La Presse canadienne

Politique fédérale

Politique