•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le western qui traverse les époques, au Musée des beaux-arts de Montréal

Lee Van Cleef dans le film « Le bon, la brute et le truand », de Sergio Leone, 1966. Couverture de l’ouvrage « Il était une fois… le western »
Lee Van Cleef dans le film « Le bon, la brute et le truand », de Sergio Leone, 1966. Couverture de l’ouvrage « Il était une fois… le western » Photo: Éditions scientifiques du MBAM et 5 Continents Editions
Franco Nuovo

Qui dit western dit souvenirs, surtout pour le petit garçon que j'étais dans les années 1960. Assis dans la salle de séjour devant une télévision encore en noir et blanc, je regardais avec papa des films comme La chevauchée fantastique, portés à l'écran par les John Ford de ce monde, de grands cinéastes qui, à l'époque, relatant la conquête de l'Ouest, faisaient bien la pluie et le beau temps à Hollywood et dans le monde.

Un peu plus tard, au Théâtre Outremont, à quelques pas du collège d'où l'on s’échappait, Roland Smith, le propriétaire de la salle, a eu le génie de nous faire découvrir, au coût de 0,99 $ la séance, les westerns spaghettis de Sergio Leone. C’était curieux, ses longs métrages Pour une poignée de dollars, Le bon, la brute et le truand et Il était une fois dans l’Ouest étaient des films de cowboys, mais plus stylisés, répondant plus à la mode et à l’air du temps.

Avec des acteurs à la gueule terrible, comme Clint Eastwood, Charles Bronson, Jason Robards et Eli Wallach, avec leurs ponchos plus poussiéreux que propres, et une actrice comme Claudia Cardinale, ce cinéaste italien déboulonnait le mythe du western traditionnel américain et proposait un genre qui a peut-être fait école, mais dont il est devenu incontestablement le maître.

Un mot aussi sur Sam Peckinpah et son hallucinant The Wild Bunch. Je pourrais parler aussi de Little Big Man, d'Arthur Penn, de la même époque. On est ici à la toute fin des années 1960, en pleine guerre du Vietnam, au cœur des contestations… Ce Wild Bunch, donc, a été marquant dans l’histoire du western, mais aussi du cinéma, par sa violence troublante. Il a été le premier film de l’histoire à montrer l’effet d’une balle qui entre dans la peau et à autopsier le sang qui gicle hors des corps, de façon quelquefois un peu exagérée. Peckinpah innovait. Ça ne s’était jamais vu.

Je suis là à parler de cinéma plutôt que de l’exposition présentée en ce moment au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM)… Or, il se trouve que cette exposition, Il était une fois… le western, touche aussi le cinéma. D’une salle à l’autre, les genres se chevauchent. On y voit de grandes peintures de paysages rougeâtres aux couleurs si vives qu’elles nous avalent, des bronzes splendides de chefs sioux sur leur cheval de feu, des photographies du chef apache Geronimo, de Sitting Bull, de Calamity Jane, qu’on retrouve partout aujourd’hui sur la rue principale de Deadwood, au Dakota du Sud, de Billy the Kid, dont on a si souvent raconté l’histoire avec celle de Pat Garrett…

Thomas Moran (1837-1926), « Le mirage », 1879, huile sur toile. Orange (Texas), Stark Museum of Art.Thomas Moran (1837-1926), « Le mirage », 1879, huile sur toile. Orange (Texas), Stark Museum of Art. Photo : Tom DuBrock

On réalise à quel point l’iconographie western est à l’image des époques qu’elle traverse : celle si propre et respectable de l’après-guerre, celle plus violente des années 1960, celle plus hippie du début des années 1970, avec le Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack, dans lequel Redford choisit la forêt sauvage à la civilisation, et même tout récemment celle de Tarantino et la contemporanéité de son Django Unchained, qui touche à l’esclavage et à l’amour.

Mais franchement, ce qui m’a le plus impressionné dans les dédales de cette expo, ce sont les peintures, les sérigraphies sur toile et les œuvres d’artistes qu’on n’attendait pas au détour : Jackson Pollock, Roy Lichtenstein et même cet Indien américain, tiré du corpus américain d’Andy Wharol, qui était fasciné par l’artefact tribal. La tête que l’on peut admirer sur ce mur du MBAM est celle de Russel Means, un Sioux Lakota, activiste, militant et acteur, qui incarna même Chingachgook dans le film Le dernier des Mohicans. Il y a aussi, appuyé sur un mur, prêt à nous faire sursauter, ce cowboy plus vrai que nature de Duane Hanson.

Andy Warhol (1928-1987), « L’Indien américain » (Russell Means), 1976, peinture polymère synthétique et sérigraphie sur toile. Denver Art Museum, Charles Francis Hendrie Memorial Collection by exchangeAndy Warhol (1928-1987), « L’Indien américain » (Russell Means), 1976, peinture polymère synthétique et sérigraphie sur toile. Denver Art Museum, Charles Francis Hendrie Memorial Collection by exchange Photo : The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc./SODRAC (2017)

Des décors, il y en a peu, sinon ce troupeau de bisons, un tipi et une diligence... Bien sûr, le parcours est ponctué de nombreuses projections, qui enfilent des extraits des grands classiques du cinéma.

Vraiment, le Musée des beaux-arts de Montréal et sa directrice, Nathalie Bondil, ne cessent de nous étonner. Après Révolution, qui nous révélait la contre-culture des années 1960 sous toutes ses facettes, nous voilà transformés comme Clint Eastwood, en homme des hautes plaines de l’Ouest, sinon en vrai, du moins en rêve.

La moto Panhead Chopper de Captain America dans le film « Easy Rider », de Dennis HopperLa moto Panhead Chopper de Captain America dans le film « Easy Rider » de Dennis Hopper Photo : Paul G. Allen family Collection

J’allais oublier. Entre ces chevaux, ces plumes et ces Stetson, on trouve dans un coin Captain America, la Harley Davidson originale du film Easy Rider, comme si elle avait été égarée, comme si elle représentait, aujourd’hui encore, 50 ans après la sortie du film de Dennis Hopper, la monture du cowboy moderne.

L'exposition Il était une fois... le western a lieu au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu'au 4 février 2018.

Franco Nuovo anime l'émission Dessine-moi un dimanche sur ICI Radio-Canada Première, les dimanches à compter de 6 h.

Arts visuels

Arts