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Fusillade à La Loche: faut-il une peine pour adulte ou pour adolescent?

Palais de justice de Meadow Lake

Le palais de justice de Meadow Lake

Photo : Radio-Canada / Albert Couillard

Radio-Canada

La Couronne souhaite que l'adolescent responsable de la tuerie en janvier 2016 à La Loche, en Saskatchewan, reçoive une peine pour adulte. La défense, elle, réclame une peine pour adolescent et estime que l'auteur de la fusillade n'avait pas prémédité ses actes.

L'audience pour la détermination de la peine de l'auteur de la fusillade s'est poursuivie à Meadow Lake, vendredi après-midi, après qu'elle eut été reportée à deux reprises.

Les avocats ont ainsi présenté leurs plaidoyers finaux.

Au dire de la Couronne, la gravité des crimes du jeune homme, maintenant âgé de 19 ans, est « d’une si grande ampleur » qu’une peine pour adolescents n’est simplement pas suffisante. Elle estime que le fait que l’accusé ait pris le temps d’attirer une des victimes, Drayden Fontaine, et de l’isoler dans une maison, démontre qu’il a été capable de prendre une décision sous pression. La Couronne souligne ainsi que l’adolescent avait un plan.

Elle conclut donc que les gestes de l’adolescent étaient prémédités, et que le tueur connaissait les conséquences de ses actes. Le tueur a notamment fait des recherches sur Internet, telles que « comment se sent-on après avoir tué quelqu’un? ».

Pour la défense, le portrait est tout autre : on présente plutôt l'auteur de la fusillade comme « un jeune homme qui était émotionnellement, socialement et académiquement isolé, qui n'avait pas été pris en charge, ou très peu, durant sa vie ».

L'avocat de la défense, Me Aaron Fox, a ainsi rappelé que son client se trouvait en 10e année pour la troisième fois, « et allait probablement échouer encore une fois ».

Le jeune homme était « isolé » et avait une « très faible estime de lui-même », a ajouté la défense.

L'avocat a avancé que son client avait « besoin d'aide », et devait donc se retrouver dans un centre pour adolescents.

L'auteur de la fusillade aurait par ailleurs « reconnu rapidement sa culpabilité » et « accepté son entière responsabilité ».

Audiences reportées

La journée d'audience pour les deux avocats se penche également sur un élément de preuve qui avait fait ajourner ces audiences à la fin août. Cet élément de preuve fait partie d'un rapport Gladue, qui avait été commandé en juin par la juge à la suite d'une demande de la défense.

Le procureur de la Couronne avait alors demandé de contre-interroger les experts cités dans ce rapport, qui sert à mettre en lumière les facteurs susceptibles de conduire les populations autochtones devant les tribunaux.

La juge Janet McIvor devra trancher par la suite en faveur d'une peine pour adolescents ou d'une peine pour adultes dans cette affaire.

La décision doit être rendue le 23 février.

Un diagnostic du syndrome d’alcoolisation foetale pour l’accusé

Vendredi matin, la Couronne a contre-interrogé un expert cité dans un rapport de type Gladue déposé au mois d’août.

L'auteur de la fusillade, qui ne peut être identifié parce qu'il avait 17 ans au moment des faits, était présent pour l’audience, à laquelle assistaient beaucoup de résidents de La Loche, dont le maire Robert St-Pierre.

Le Dr Mansfield Mela, professeur à la Faculté de psychiatrie à l'Université de la Saskatchewan, a affirmé que l’auteur de la fusillade est atteint du syndrome d’alcoolisation foetale.

Il a remis en doute les affirmations de la Couronne selon lesquelles la mère biologique du tueur n’aurait consommé de l’alcool qu’occasionnellement durant sa grossesse.

Selon le Dr Mela, des proches de celle-ci ont évoqué une consommation d’alcool plus importante. Il estime qu’elle se trouve dans une situation de déni en raison de la honte.

Il a ajouté que l’historique de la mère biologique du tueur a contribué à ses conclusions, mais qu’il n’est pas le seul élément en cause. Des dommages au cerveau du responsable de la fusillade l’ont aussi mené à son diagnostic de syndrome d’alcoolisation foetale.

L’avocat de la défense a quant à lui confirmé que les dommages au cerveau du tueur avaient été établis avant le dépôt du rapport Gladue.

Un triste souvenir

La tuerie de La Loche, survenue le 22 janvier 2016, avait fait quatre morts et sept blessés.

L'accusé a abattu, dans une résidence, deux frères, Dayne et Drayden Fontaine, âgés de 13 et de 17 ans.

L'accusé s'est ensuite rendu à l'École secondaire de La Loche, où il a tué une aide-enseignante de 21 ans, Marie Janvier, et un enseignant de 35 ans, Adam Wood, en plus de blesser sept autres personnes.

L'auteur de la fusillade de La Loche pourrait être condamné à une peine maximale pour adolescents assortie d'une possibilité de libération après 10 ans, une peine pour adolescents assortie d'une réhabilitation sous supervision ou encore une peine pour adultes d'emprisonnement à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Saskatchewan

Procès et poursuites