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L’ALENA expliqué en carte et en graphiques

Radio-Canada

Le président des États-Unis dit vouloir déchirer l'ALENA. Donald Trump soutient que ce traité, conclu en 1994, est un désastre qui a détruit des milliers d'emplois aux États-Unis. Il se plaint notamment du déficit de 60 milliards de dollars avec le Mexique. Qu'en est-il vraiment?

Un texte de Ximena Sampson

L’objectif de l’ALENA était de faire augmenter le commerce et les investissements entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. À ce compte-là, c’est un succès. Depuis son entrée en vigueur, en 1994, les échanges se sont multipliés par trois entre les trois pays.


 

Au fil des ans, cependant, le déficit commercial des États-Unis avec ses partenaires s’est creusé, surtout avec le Mexique. En 2016, il atteignait plus de 64 milliards de dollars américains.


 

Par contre, en ce qui concerne l’échange de services, les États-Unis ont enregistré en 2016 un surplus commercial de 7,6 milliards de dollars américains avec le Mexique et de 24,6 milliards avec le Canada.

« Dire que l’ALENA a nui aux États-Unis est une contre-vérité », affirme Yan Cimon, professeur à la Faculté d'administration de l'Université Laval et directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d'entreprise, la logistique et le transport. « En fait, c’est plutôt le contraire : l’ALENA a énormément bénéficié aux trois partenaires. »

C’est l’intégration des chaînes de valeur entre les trois pays qui rend l’Amérique du Nord compétitive par rapport à d’autres géographies.

Yan Cimon, professeur à l'Université Laval

Un déficit nécessaire?

En 2016, les États-Unis ont enregistré un déficit commercial de 504 milliards de dollars américains. Mais ce ne sont pas leurs partenaires de l’ALENA qui plombent leur balance commerciale. En fait, c’est surtout dans leurs échanges avec la Chine que les Américains sont perdants.


 

C’est pourquoi, en attaquant le Mexique et le Canada, M. Trump ne s'en prend pas à la bonne cible, croit Patrick Leblond, directeur associé de l’École supérieure d'affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire CN-Paul-M.-Tellier en entreprise et politique publique.

D’abord et avant tout parce que l’ALENA n’est pas la seule cause des pertes d’emploi aux États-Unis.

« Depuis longtemps, surtout dans les États du nord des États-Unis, l’ALENA est un bouc émissaire pour toute une panoplie de changements, incluant l’arrivée de la Chine sur l’échiquier mondial », soutient Patrick Leblond. Il rappelle que, déjà en 2007, Barack Obama et Hillary Clinton s’attaquaient à l’accord de libre-échange dans le but de remporter les primaires démocrates.

Blâmer l’ALENA, c’est facile et c’est politiquement gagnant.

Patrick Leblond, professeur à l’Université d’Ottawa

Des milliers d’emplois manufacturiers américains ont été perdus au profit de la Chine, où la main-d’œuvre est bien meilleur marché. D'autres ont disparu à cause des changements technologiques.

« L’érosion de la base manufacturière américaine n’est pas nécessairement un effet de l’ALENA, mais plutôt un effet de la mondialisation et d’un changement du centre de gravité commercial du monde, qui se dirige vers l’Asie », renchérit Yan Cimon. « Si un pays n’a pas d’avantage concurrentiel dans une industrie, il ne faut pas se surprendre de voir cette industrie péricliter et migrer vers d’autres cieux. »

Qui plus est, le déficit n’est pas nécessairement une mauvaise chose, quoi qu’en dise le président.

« M. Trump pense, comme un homme d’affaires, que les revenus sont la seule chose qui compte pour l’entreprise », affirme M. Leblond. « Il voit un déficit comme une perte de profits. Comme si les États-Unis étaient une entreprise et qu’il fallait avoir des surplus avec tous les partenaires. »

En fait, les importations permettent aux consommateurs d’acheter des produits à un prix moindre que s’ils étaient produits aux États-Unis. Cela se traduit notamment par un faible niveau d’inflation.


 

En outre, explique le chercheur, un déficit avec un pays duquel on importe certaines composantes peut permettre de dégager un surplus avec un autre partenaire, auquel on peut revendre ces mêmes produits, mais avec une plus grande valeur ajoutée. « Ça permet d’être plus compétitif », ajoute-t-il.

Un marché intégré

Une trentaine d’États américains ont pour principal marché d’exportation le Canada, alors que pour une dizaine d’autres, c'est le deuxième. Ils ont donc beaucoup à perdre de l’éventuelle fin d’un accord de libre-échange.

Cependant, les États-Unis, étant donné l’ampleur de leur marché interne, sont beaucoup moins dépendants de leurs exportations que le Canada ou le Mexique.


 

« Le rapport de force n’est pas le même », croit Patrick Leblond. « La fin de l’ALENA aurait un impact plus grand sur le Canada et le Mexique que sur les États-Unis. »

Par contre, grâce à l'ALENA, un grand nombre de produits, notamment des pièces automobiles, traversent les frontières nord-américaines à de multiples reprises sans avoir à payer de droits de douane.

Si l’accord disparaissait et que des droits étaient imposés systématiquement, il pourrait devenir plus avantageux pour les entreprises de s’installer en Asie, croit Patrick Leblond. Même avec les coûts du transport, ça pourrait leur coûter moins cher. « Il y aurait des emplois qui seraient perdus de toutes parts en Amérique du Nord », soutient M. Leblond.

Pour le Canada, le protectionnisme américain pourrait toutefois représenter une occasion de diversifier ses partenaires commerciaux, estime Yan Cimon, même si la dépendance envers les États-Unis risque de durer encore pendant quelque temps. « Il faudrait que l'on continue à investir massivement d'autres marchés », conclut-il.

 

International