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Affaires Rozon et Salvail : vous n'êtes pas seules, dit la classe politique aux victimes

Les explications d'Alex Boissonneault
Radio-Canada

La classe politique québécoise a tenu à affirmer sa solidarité avec les victimes en réaction aux allégations portées contre Gilbert Rozon et l'animateur Éric Salvail. Selon différents témoignages, le patron de Juste pour rire aurait harcelé ou agressé de nombreuses femmes et M. Salvail est visé par des allégations d'inconduite sexuelle.

En réponse à la multiplication des dénonciations dans l'espace public québécois, la ministre de la Condition féminine du Québec, Hélène David, et sa collègue de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, ont annoncé l'octroi immédiat d'un million de dollars aux organismes d'aide aux victimes d'agression sexuelle.

Lorsque des dénonciations d'inconduite sexuelle attribuées à des personnalités publiques surviennent dans les médias, ces organismes connaissent souvent une augmentation importante d'appels à l'aide, ont-elles expliqué. Certains organismes doivent même établir des listes d'attente.

S'exprimant plus tôt en marge du caucus libéral, Hélène David avait salué le « changement de culture » qui favorise, au Québec comme ailleurs dans le monde, l'expression d'un « mouvement » de dénonciation de la part des victimes de violence à caractère sexuel.

Il se passe quelque chose en ce moment, un changement de culture. Et il faut saluer ce changement de culture.

Hélène David, ministre de la Condition féminine
Entrevue avec la ministre de la Condition féminine, Hélène David

Elle avait cependant exprimé quelques réserves quant à l’utilisation massive des réseaux sociaux pour dénoncer les agressions et l'inconduite sexuelles.

Elle affirmait notamment ne pas appuyer « les dénonciations nominatives qui peuvent se retrouver dans les réseaux sociaux, des dénonciations où on nomme des gens que vous et moi on ne connaît pas du tout ».

Ce genre de pratique peut donner lieu, selon elle, à des règlements de compte à travers les médias sociaux. « Je ne pense pas que ce soit la bonne voie », a soutenu la ministre, qui invite les victimes de tels actes qui sont prêtes à agir à parler à la police ou à leur employeur.

Il y a grandeur et misère des médias sociaux. Mais dans les grandeurs des médias sociaux, on pourrait dire qu’il peut y avoir une sorte de solidarité qui donne le courage aux uns et aux autres de dire : ''je ne suis pas seul'' dans ce que j’ai vécu.

La ministre québécoise de la Condition féminine, Hélène David

Questionnée par les journalistes sur les cas de Gilbert Rozon et d’Éric Salvail, la ministre David s’est contentée de déclarer : « Ces deux personnes sont bien connues. Évidemment, quand on est connu, qu’on a fondé des choses et qu’on a fait toutes sortes de réalisations, c’est des modèles pour la population, et là, les modèles sont un petit peu déboulonnés, disons-le comme ça. »

L'opposition réclame davantage de ressources pour les victimes

Jean-François Lisée, chef du Parti québécoisJean-François Lisée, chef du Parti québécois Photo : Radio-Canada

Au gouvernement comme dans les rangs de l’opposition, les victimes sont au cœur des préoccupations soulevées par la multiplication des dénonciations pour agression sexuelle dans l’espace public.

Je tiens à saluer le courage des femmes et des hommes qui parlent, qui font preuve de solidarité, qui se regroupent pour dire : « Il est temps que ça cesse. » Et je pense que c’est une bonne chose.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Prenant la parole à l’Assemblée nationale, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a dit constater que le vent tourne actuellement au Québec et que ces gestes répréhensibles qui se commettent en privé seront de plus en plus dénoncés publiquement.

Cette semaine, au Québec, on est en train de vivre un changement social important. Des personnes en autorité, des personnes populaires, des personnes qui se croyaient dans une zone d’impunité, apprennent que des gestes inacceptables seront désormais inacceptés.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Le chef de l’opposition a rappelé au gouvernement qu’à chaque nouvelle dénonciation de ce genre, les centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle sont très sollicités, voire débordés.

Il a par conséquent demandé au Conseil du Trésor un financement accru d'au moins 5 millions de dollars pour ces organismes.

Se disant sensible au problème, le gouvernement a annoncé un peu plus tard l'octroi d'un million de dollars immédiatement pour ces organismes.

Les victimes en premier, plaide la CAQ

Le porte-parole du parti en matière de justice de la CAQ, Simon Jolin-Barrette, a affirmé que les membres de son parti étaient « profondément ébranlés et choqués » par les récentes révélations visant Gilbert Rozon.

« Il y a un processus judiciaire qui doit suivre son cours, les victimes doivent dénoncer, mais nous, on va toujours être derrière les victimes par rapport à ce genre de comportements », a déclaré Simon Jolin-Barrette.

« Vous savez, la société est là pour vous soutenir. Les personnes à l’Assemblée nationale vous soutiennent également, alors vous avez tout notre support pour dénoncer ces comportements », a poursuivi le député caquiste.

Il faut que les individus qui sont en position d’autorité et qui commettent ce genre de gestes paient pour ce qu’ils ont fait.

Simon Jolin-Barrette, porte-parole de la CAQ en matière de justice

Le chef de M. Jolin-Barrette, François Legault, s'est tourné vers Facebook, où il se dit « choqué des actes dégradants et des comportements sexuels inappropriés rapportés dans les médias ».

M. Legault ajoute que les élus doivent « tous ensemble pousser la réflexion pour examiner les gestes que nous pouvons poser pour contrer ce fléau ».

Quand on est témoin d’un geste déplacé, dénonçons-le sur-le-champ. Ces comportements doivent absolument cesser et la responsabilité de les dénoncer ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des victimes. Nous sommes tous responsables et si on s’y met tous ensemble, les choses vont changer.

François Legault, chef de la CAQ

Québec solidaire prône le retour de l'éducation sexuelle à l'école

Québec solidaire estime que la seule façon de mettre un terme à ces comportements sexuels inacceptables est de miser dès maintenant sur l’éducation sexuelle et relationnelle des enfants et des adolescents.

« Suite à l’étape que nous avons menée hier [avec le dépôt d’une motion sur le traitement des plaintes pour agression sexuelle], il y en a une autre importante sur laquelle on pourrait agir dès maintenant pour nous assurer que dans le futur ça arrête, et ça s’appelle l’éducation sexuelle au primaire et au secondaire », a déclaré Manon Massé.

Ça fait près de 15 ans, au Québec, que nos enfants n’ont aucun cours d’éducation sexuelle ou de saines relations à l’école. Ils apprennent ça où? Ils apprennent ça sur Internet. Rien pour nous aider à déconstruire cette culture d’appropriation du corps et de domination de l’esprit des femmes.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

Le ministre de l'Éducation semble avoir entendu cet appel. Sébastien Proulx a indiqué que ces événements rendaient plus pertinent et plus nécessaire que jamais l'enseignement de la sexualité à l'école.

Il dit vouloir trouver le moyen de faire en sorte que le cours soit rendu disponible dans les prochaines années à tous les élèves, de la première année du primaire à la fin du secondaire.

Actuellement, l'apprentissage de la sexualité est facultatif et laissé à la discrétion des directions d'école.

Ce qui rend la chose plus difficile, c'est que la sexualité n'est pas un cours comme tel qui pourrait être intégré au régime pédagogique. Il s'agit plutôt d'un ensemble d'informations dispensées à l'intérieur des autres matières.

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