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La Finlande teste le revenu universel

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Juha Jarvinen assis à table regardant un de ses enfants en train de manger

Juha Jarvinen avec un de ses enfants.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Belanger

Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que beaucoup de pays d'Europe confrontés à un chômage endémique parlent depuis longtemps de la possibilité d'instaurer un revenu universel garanti, la Finlande est passée de la parole aux actes. Depuis quelques mois, 2000 Finlandais en bénéficient.

Juha Jarvinen vit actuellement le plus beau moment de sa vie. Il n’a pas gagné à la loterie, mais, à ses yeux, c’est tout comme. Ce Finlandais, père de six enfants, a été sélectionné au hasard pour recevoir chaque mois la somme non imposable de 825 $. L'homme fait partie des 2000 cobayes qui testent actuellement un système de revenu universel garanti. L’expérience, menée par Kela, l’agence finlandaise de sécurité sociale, vise à vérifier la faisabilité du système, et surtout son impact sur le chômage.

Durement frappée par la crise économique et les difficultés de géants industriels comme Nokia, la Finlande vit un taux chômage qui flirte avec les 9 % depuis des années.

Juha, lui, s’est retrouvé sans emploi lorsque son entreprise de fabrication de cadres de fenêtres a fait faillite. Bénéficiaire d’allocations de chômage, il devait se présenter tous les mois devant les autorités pour prouver qu’il cherchait un emploi. Depuis qu’il a intégré le programme de revenu universel, cette obligation est tombée, tout comme celle de déclarer ses moindres revenus. Une contrainte qui pesait lourdement sur les épaules de cet artiste au look très étudié.

Pour moi, c’est un énorme changement. Avant, c’était très stressant, car le bureau d’emploi pouvait me forcer à accepter des emplois insignifiants si les agents considéraient que je n’étais pas assez actif. Aujourd’hui, je suis libre et j’ai du temps pour penser à des projets, pour faire des choses.

Juha Jarvinen, bénéficiaire du revenu de base
Juha Jarvinen se réjouit de pouvoir consacrer plus de temps à ses enfants.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Juha Jarvinen se réjouit de pouvoir consacrer plus de temps à ses enfants.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Belanger

Une liberté qui lui permet de passer plus de temps avec ses six enfants. Il a pu ainsi convertir une ancienne école en maison et y aménager, pour ses enfants, un terrain de jeu de rêve. Parcours sportif, barres suspendues, cordes d’escalade, balançoires et trampolines à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur. Un paradis pour les gamins qui n’hésitent pas à monter sur le piano pour s’élancer sur une corde en direction d’un lustre adjacent, sous le regard bienveillant du père. Car la liberté qu’il chérit tant, Juha l’accorde aussi à ses enfants.

Hyperactif et très habile de ses mains, Juha Jarvinen passe maintenant beaucoup de temps dans son atelier pour sculpter, par exemple, des tambours traditionnels chamaniques. Comme ses autres œuvres, il peut maintenant les vendre sans craindre de voir ses allocations amputées d’autant. Selon lui, cette approche risque d’être très bénéfique, car elle encourage les bénéficiaires à passer à l’action. « La plupart des gens ont envie de travailler, de faire des choses et d’être utiles pour la société », dit-il.

Lui-même dit ne pas craindre la fin du programme en décembre 2018. Il a déjà des projets d’entreprise dans le domaine de la communication et de la publicité. Il souhaite aussi fonder, avec un groupe d’amis, une entreprise de location d’ateliers d’artistes un peu sur le modèle d’Airbnb.

Un programme critiqué

L’expérience, cependant, est loin de faire l’unanimité. Elle suscite beaucoup de critiques dans le pays, tant sur le plan de sa méthodologie que sur le fond.

Beaucoup ont par exemple déploré l’échantillon, considéré trop petit pour être vraiment représentatif. De plus, le choix des cobayes, tous des chômeurs touchant déjà des indemnités, risque de donner un biais aux résultats. Mais l’économiste en chef du principal syndicat finlandais remet surtout en cause l’utilité même de l’expérience.

Le problème avec le revenu universel de base est que vous distribuez l’argent si largement que ceux qui en ont vraiment besoin se retrouvent avec moins qu’avant.

Ilkka Kaukoranta, économiste en chef, SAK

Et si l’expérience actuelle est menée à coûts presque nuls puisque les cobayes sélectionnés touchaient déjà des allocations de chômage, sa mise en œuvre sur une large échelle coûterait sans doute beaucoup trop cher pour un État déjà endetté.

Selon Ilkka Kaukoranta, cette mesure augmenterait le déficit d’environ 5 % du PIB chaque année. « Ce serait impossible à mettre en place, alors nous sommes en train d’expérimenter quelque chose qui est irréalisable », dit-il.

Ilkka Kaukoranta, économiste en chef du principal syndicat finlandais (SAK)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ilkka Kaukoranta, économiste en chef du principal syndicat finlandais (SAK)

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Chargée de la mise en place de l’expérience, l’agence finlandaise de sécurité sociale, Kela, reconnaît que beaucoup de ces critiques sont fondées.

Selon Miska Simanainen, les faiblesses de l’étude sont la conséquence d’une série de contraintes de temps et de respect de la vie privée des cobayes.

« Nous avons dû faire toute une série de compromis en raison d’un délai très court et du cadre légal en vigueur », avoue-t-il.

Mais, selon lui, à son terme, l’expérience permettra quand même de vérifier l’impact du revenu garanti sur l’emploi. Et surtout, elle permettra d’engranger une foule de données qui pourraient aider à rendre plus efficace le système actuel de sécurité sociale en Finlande.

Miska Simanainen, Agence de sécurité sociale de FinlandeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Miska Simanainen, Agence de sécurité sociale de Finlande

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Juha Jarvinen, en tout cas, est persuadé du bien-fondé du revenu de base. Il se dit convaincu qu’il sera à nouveau autonome et chef de sa propre entreprise avant la fin du programme. Et surtout, il ne regrettera jamais cette période de sa vie qui lui a permis de passer plus de temps avec ses enfants.

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