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Hydro-Québec à l'heure du virage énergétique

Le reportage de Hugo Lavallée

Le premier ministre Philippe Couillard inaugurera jeudi sur la Côte-Nord la centrale de La Romaine-3. Une mise en service qui survient au moment où Hydro-Québec s'attend à ce qu'une partie de ses clients se tournent vers l'autoproduction au cours des prochaines années, ce qui va réduire la demande en électricité. Mais la société d'État est déjà à la recherche de nouveaux débouchés.

Un texte d'Hugo Lavallée, correspondant parlementaire à Québec

À Shawinigan, deux maisons unifamiliales se dressent au beau milieu d'un parc industriel. Il ne s'agit pas d'une erreur d'urbanisme, mais plutôt d'un laboratoire pour Hydro-Québec. La société d'État a construit deux maisons identiques : l'une sert de lieu d'expérimentation, l'autre de maison témoin.

« Ce sont des maisons qui sont représentatives de ce qu'on retrouve dans le parc immobilier québécois, explique le chef Utilisation de l'énergie de l'Institut de recherche d'Hydro-Québec, Jocelyn Millette. Mais ces maisons sont fortement instrumentées, plus de 500 points de mesure », explique-t-il.

Afin de maximiser les économies d'énergie, on multiplie les expériences. Qu'arrive-t-il si on réduit le chauffage la nuit ou pendant la journée? Combien d'énergie peut-on économiser en coupant l'alimentation du chauffe-eau pendant la période de pointe? Le fait que les deux maisons soient identiques et qu'elles soient soumises au même climat permet d'établir des comparaisons et d'effectuer des calculs précis.

Des maisons-laboratoires d'Hydro-QuébecCes deux maisons identiques servent de laboratoire à Hydro-Québec afin d'expérimenter différents modèles de consommation électrique. Photo : Radio-Canada

Une partie de l'énergie des deux maisons est fournie par des panneaux solaires, qu'une série de batteries, installées au sous-sol, permet d’emmagasiner. Les batteries, qui auraient autrefois occupé tout l'espace, ont maintenant la taille d'un petit meuble. En cas de panne prolongée, on peut aussi utiliser l'énergie stockée dans la batterie d'une voiture électrique pour alimenter la maison. En cas de surplus, on peut envoyer sur le réseau d'Hydro-Québec l'énergie produite en trop.

« C'est un paradigme complètement différent, où le consommateur, en bout de ligne, devient aussi un producteur », explique l'ingénieur Jocelyn Millette. Si la tendance se maintient, le prix de l'énergie solaire [en excluant les batteries] pourrait rejoindre celui de l'énergie hydroélectrique à l'horizon 2023-2025. « Ce n’est pas dans 20 ans », fait-il valoir.

Bien sûr, la vaste majorité des Québécois auront encore besoin longtemps d'hydroélectricité, ne serait-ce que l'hiver. Mais une portion grandissante de consommateurs pourrait être capable, d'ici quelques années, de produire elle-même une partie de l'énergie qu'elle consomme.

Ce qu'on peut voir arriver dans le marché, ce sont des panneaux qui viennent éroder, si on veut, la consommation hydroélectrique classique. On pourrait avoir cette production-là durant la journée. Pour Hydro-Québec, on verrait une diminution de la consommation pendant la journée, mais on produirait et on livrerait la même quantité d'énergie pendant la nuit, par exemple.

Jocelyn Millette

Face à cette baisse de consommation anticipée, la direction d'Hydro-Québec a décidé de prendre les grands moyens. Elle a mis en place cinq laboratoires de recherche pour mieux cerner les changements qui se préparent.

Un panneau solaire devant une maison-laboratoire d'Hydro-QuébecHydro-Québec fait de la recherche sur les nouveaux modes de production d'énergie. Photo : Radio-Canada

Selon le président d'Hydro-Québec Distribution, David Murray, il faut s'ajuster à ce qui se fait ailleurs dans le monde, mais qui n’est pas encore très visible au Québec.

« Mais ça se passe présentement à l'extérieur du Québec, que ce soit en Californie, que ce soit au Vermont, que ce soit à Philadelphie. On voit une évolution. Le monde est en train d'être chamboulé avec ce que Tesla est en train de faire [...]. On doit s'ajuster, on doit être innovant », dit-il.

M. Murray pense que les innovations énergétiques sont une opportunité pour le Québec.

« Pour nous, c'est vraiment d'utiliser l'économie d'énergie qu'on va pouvoir faire [...] pour attirer des entreprises. On veut compenser à travers des opportunités additionnelles : on parlait des centres de données, on est en train de regarder du côté des serres, par exemple. Est-ce qu'il n'y aurait pas des opportunités pour avoir des serres 4.0 un peu plus industrielles? », affirme-t-il.

Donc, alors qu'on s'apprête à inaugurer une nouvelle centrale hydroélectrique, c'est davantage vers la transition énergétique et l'écoulement des surplus que celle-ci permettra de générer qu'Hydro-Québec tourne son regard.

Économie