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Trudeau à mi-mandat : des promesses audacieuses difficiles à réaliser

Le visage de Justin Trudeau devant une feuille d'érable.
Le premier ministre Justin Trudeau Photo: La Presse canadienne / Christopher Katsarov

ANALYSE - Il y a deux ans, après avoir misé sur une plateforme électorale audacieuse pour hisser les libéraux au pouvoir, Justin Trudeau gagnait son pari. Depuis, certaines de ses promesses ont été mises au rancart et d'autres s'avèrent plus complexes à réaliser que prévu. Arrivés à mi-mandat, les libéraux pourraient voir l'usure du pouvoir se pointer le bout du nez.

Une analyse de Fannie Olivier

Quand Stephen Harper a donné le coup d’envoi de la campagne électorale en plein été il y a deux ans, les analystes et les sondeurs ne donnaient pas cher de la peau de Justin Trudeau.

Les libéraux, alors troisième parti aux Communes, ne semblaient pas en voie d’améliorer leur sort. L’avenir semblait pour eux si gris qu’une rumeur (colportée par les autres partis) courait : Justin Trudeau pourrait être battu dans sa propre circonscription, Papineau.

N’ayant rien à perdre, les troupes de Trudeau ont fait le pari de l’audace. Elles ont multiplié les promesses ambitieuses : réforme électorale dans un premier mandat, accueil de 25 000 réfugiés syriens, légalisation de la marijuana… Pour mener à bien ces promesses, on proposait même un premier budget dans le rouge, en enregistrant un « modeste » déficit de 10 milliards de dollars.

Avec leur plateforme, les libéraux ont fait paraître les néo-démocrates bien frileux. Karl Bélanger, proche conseiller de Thomas Mulcair à l’époque, l’admet aujourd’hui : « On a fait acte d’une grande prudence, parce qu’on se retrouvait dans une situation inusitée », celle d’avoir la possibilité, pour la première fois de l’histoire du NPD, d’avoir une chance de former le gouvernement.

Les promesses libérales ont résonné auprès de l’électorat. Bien vite, le vent a tourné et les libéraux se sont mis à gagner du terrain, pas seulement en raison de leurs engagements électoraux, mais en partie.

Résultat : aux dernières semaines de campagne, ils se sont imposés comme la principale option pour battre les conservateurs. Et leurs appuis anti-Harper ont fait boule de neige.

Grandes attentes

Quand les libéraux l’ont emporté, il y a deux ans jour pour jour, les attentes à leur égard étaient immenses. Mais il est toujours plus facile d’énoncer une promesse que de la réaliser.

Certains engagements ont été carrément reniés : la réforme électorale est vite passée à la trappe. D’autres demandent encore énormément de travail, comme la légalisation du cannabis.

Appelés aux urnes dans deux ans, certains électeurs, de gauche comme de droite, qui ont confié les clés du pouvoir aux libéraux en 2015, semblent désormais se poser des questions, comme en témoigne une baisse des libéraux dans les sondages, ces dernières semaines.

Des électeurs progressistes, rencontrés dans un rassemblement de groupes environnementaux à Ottawa, se demandent s'ils peuvent encore leur faire confiance.

« On a donné la chance au coureur, confie Claude Gagné. Il fallait absolument changer de gouvernement, donc on a voté stratégiquement aux dernières élections […]. Lorsqu’on a vu ce qui s’est passé avec la réforme démocratique, on a été un peu déçus. Ce qui fait que maintenant, on retient notre souffle. »

Même son de cloche chez Daniel Rae, qui a voté pour la première fois de sa vie en 2015, et a opté pour les libéraux. Il ne décolère pas de voir la réforme du mode de scrutin abandonnée « pour des raisons politiques cyniques ». « Je ne vois pas grand-chose que pourrait faire Justin Trudeau pour retrouver mon vote », signale-t-il.

Est-ce que parce qu’il sent la soupe chaude que Justin Trudeau agite de plus en plus l’épouvantail de Stephen Harper aux Communes?

Cap sur 2019

Justin Trudeau est parvenu à charmer l’électorat grâce à l’audace de ses propositions. Il a désormais la responsabilité de répondre aux attentes. Il reste encore beaucoup de pain sur la planche pour être en mesure de présenter un bilan substantiel en 2019.

Il doit, pour la suite de son mandat, mettre les bouchées doubles. Parce qu’il n’aura pas la chance de jouer la carte de l’audace une seconde fois.

Promesses brisées

- Enregistrer un modeste déficit de 10 milliards de dollars les deux prochaines années
- Revenir à l’équilibre budgétaire en 2019
- Réformer le mode de scrutin : « Nous ferons en sorte que chaque vote compte »
- Supprimer graduellement les subventions à la production de combustibles fossiles

Promesses remplies

- Instaurer une nouvelle allocation canadienne pour enfants
- Baisser les impôts pour la classe moyenne, et les hausser pour ceux qui gagnent plus de 200 000 $ par an
- Nommer un cabinet paritaire
- Accueillir 25 000 réfugiés syriens

Promesses en attente

- Légaliser la marijuana
- Moderniser l’Office national de l’énergie
- Renouveler l’engagement du Canada à participer à des missions de paix
- Remplacer la flotte de chasseurs CF-18

Avec Raphaël Bouvier-Auclair

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