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La nouvelle loi sur la neutralité religieuse de l'État dénoncée à Gatineau

Les explications de Florence Ngué-No

L'adoption de la loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État au Québec, qui prescrit, entre autres, que les services publics et parapublics soient donnés et reçus à visage découvert, a suscité de nombreuses critiques à Gatineau, mercredi, notamment de la part de la communauté musulmane.

Plusieurs ont déploré que les femmes musulmanes soient aussi directement ciblées. En effet, le port du voile intégral, comme la burqa et le niqab, sera interdit non seulement aux fonctionnaires qui travaillent avec le public, mais aussi aux citoyens qui reçoivent des services gouvernementaux, notamment municipaux.

« Si on voit, à travers tout le Québec, combien on a de femmes qui ont le visage couvert, c’est vraiment une minorité », a estimé Emna Mezgheni, présidente de l’Association des femmes immigrantes de l’Outaouais, parlant en son nom personnel. « Ces femmes, déjà, d’après moi, sont isolées. Avec ce projet de loi, vraiment, elles vont être encore plus isolées. »

Habib Camara, un Gatinois de confession musulmane, juge également que cette loi brime le droit de certaines femmes.

C'est une marginalisation, c'est une discrimination. Pour le Canada, c'est vraiment un recul.

Habib Camara
Un homme musulman en entrevueHabib Camara juge que le projet de loi 62 est discriminatoire envers les femmes musulmanes voilées. Photo : Radio-Canada

Concrètement, il sera notamment interdit de prendre l’autobus ou le métro en ayant le visage voilé, ce qui a suscité de l’incompréhension.

« Le fait de découvrir le visage pour pouvoir s'identifier, pour pouvoir communiquer et pour des raisons sécuritaires, ça peut se comprendre. Là où je ne comprends plus, c'est le fait qu'on étende l'interdiction de la couverture du visage sur les transports publics », a réagi Salah Basalamah, professeur à l'Université d'Ottawa et membre du collectif Présence musulmane.

Des défis dans les transports publics

La situation ne changera pas tout de suite dans les transports publics à Gatineau, plusieurs questions de la Société de transport de l’Outaouais (STO) et de l’administration municipale étant encore en suspens.

« Il y a des dizaines et des dizaines de questions sur l’application de la loi », a indiqué le maire sortant, Maxime Pedneaud-Jobin. « C’est quoi un service municipal? Il y a le transport en commun : est-ce qu’on veut vraiment que nos chauffeurs se mettent à appliquer ça? Comment ils vont faire ça? C’est quoi les outils qu’ils vont avoir dans leurs mains? »

M. Pedneaud-Jobin a d’ailleurs indiqué que l’Union des municipalités du Québec, dont il est le président du caucus des grandes villes, avait refusé de s’associer à la démarche parlementaire liée à ce projet.

Le gouvernement prend une approche de principe sur le visage découvert et, pour nous, c’est comme à côté du vrai problème. Le vrai enjeu sur le terrain, c’est que s’il y a des tensions dans la communauté, il faut qu’on se parle, il faut qu’on échange.

Maxime Pedneaud-Jobin, maire sortant de Gatineau

La porte-parole de la STO, Céline Gauthier, a aussi confirmé que c’était pour l’instant le statu quo à bord de ses autobus.

« Tant et aussi longtemps que la STO n’aura pas, à l’image des autres sociétés de transport, de précisions entourant les modalités d’application de cette loi, nous ne sommes pas en mesure de donner des directives claires à nos employés », a-t-elle expliqué.

Mme Gauthier en entrevueLa responsable des affaires publiques à la Société de transport de l'Outaouais, Céline Gauthier, indique que les dispositions de la nouvelle loi n'auront pas immédiatement de conséquences dans les autobus de l'organisation. Photo : Radio-Canada

Avec les informations de Florence Ngué-No

Ottawa-Gatineau

Croyances et religions