•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La loi zéro émission inquiète des concessionnaires automobiles

La borne de recharge d'une voiture électrique
3% des véhicules vendus par les concessionnaires en 2018 devront être à faibles émissions, sans quoi ils auront à payer une redevance à Québec. Photo: iStock
Radio-Canada

La loi 104 du gouvernement du Québec, aussi appelée la loi zéro émission, vise à augmenter le nombre de véhicules à faible émission du parc automobile québécois. Toutefois, cette loi ne fait pas l'unanimité chez les représentants de l'industrie automobile, à commencer par les concessionnaires automobiles.

Un texte de Jérôme Lévesque-Boucher

Vincent Beauchesne, propriétaire du groupe de concessions Beauchesne à Rivière-du-Loup, s'est même inscrit au registre des lobbyistes afin de faire part de ses doléances auprès du ministre responsable du Bas-Saint-Laurent, Jean D'Amour. Selon le concessionnaire, il est pratiquement impossible d'atteindre les cibles demandées par Québec.

L'inquiétude est palpable pour le concessionnaire. S'il n'atteint pas les cibles de ventes demandées par Québec, il pourrait devoir verser des redevances qui se chiffreraient en milliers de dollars par véhicule invendu. Le gouvernement demande à ce que les ventes de véhicules à faibles émissions représentent 3 % des ventes totales en 2018. Ce pourcentage grimperait jusqu'à 15,5 % des ventes totales en 2025.

Le problème, c'est la disponibilité des véhicules. J'ai bien beau vouloir atteindre la cible de 3 %, le manufacturier m'envoie les véhicules au compte-goutte. Si j'en reçois 20 pour toute mon année, c'est déjà beau.

Vincent Beauchesne, président du groupe Beauchesne

Du même souffle, Vincent Beauchesne insiste pour dire qu'il n'est aucunement contre le but de la loi, qui est d'abaisser le taux d'émissions polluantes du parc automobile québécois. Toutefois, il considère que la loi 104 est mal conçue. « Pour eux, il est hors de question de payer un seul dollar des redevances demandées par Québec. Il y a même un des manufacturiers avec qui je fais affaire qui l'a écrit noir sur blanc dans notre contrat », explique Vincent Beauchesne.

Incomparable avec la Californie

La loi 104 est fortement inspirée de celle en vigueur en Californie qui, elle aussi, impose des quotas aux manufacturiers. Toutefois, Vincent Beauchesne rappelle que le poids démographique de l'État américain lui permet d'être contraignant avec les constructeurs, ce qui n'est pas le cas du Québec.

Il y a près de 40 millions de personnes en Californie. C'est plus que le Canada au grand complet. Ils ont le pouvoir d'imposer des choses aux constructeurs. Nous, à 8 millions, on ne peut pas imposer aux constructeurs de telles choses.

Vincent Beauchesne, président du groupe Beauchesne
Vincent Beauchesne pose pour la caméra à côté d'une voiture.Le propriétaire du groupe de concessions Beauchesne, Vincent Beauchesne, est d'avis que les cibles de ventes devraient être étalées sur une plus longue période. Photo : Page Facebook de Vincent Beauchesne

Selon Vincent Beauchesne, il faut considérer que les constructeurs doivent investir des sommes importantes pour développer l'électrification de leur flotte de véhicules. Non seulement il faut fabriquer et expédier les véhicules au Québec, mais il faut aussi former les mécaniciens pour les entretenir et installer les infrastructures dans les garages.

« Ça ne se fait pas du jour au lendemain », rappelle-t-il en indiquant que le seul développement d'un véhicule électrique demande des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars.

La demande est là

Le propriétaire du groupe Beauchesne explique que la demande des consommateurs pour les véhicules à faible émission est bel et bien là. Toutefois, puisque ces véhicules sont très difficiles à obtenir pour les concessionnaires, plusieurs acheteurs potentiels abandonnent le projet et se détournent vers un véhicule à essence.

De mon côté, ça représente moins de 1 % de mes ventes. Il faudrait donc que je triple, que je quadruple mon chiffre de ventes. Mais avoir les véhicules nécessaires pour atteindre l'objectif. Ceux que je reçois sont vendus avant même qu'ils arrivent ici. Je fais comment pour atteindre 3 %?

Vincent Beauchesne , président du groupe Beauchesne

Par ailleurs, Vincent Beauchesne se considère chanceux, puisque le constructeur avec qui il fait affaire, Ford, propose des véhicules à faibles émissions. Ce n'est toutefois pas le cas de tous les manufacturiers. « Si je prends Honda, ils n'en ont pas de disponibles au Québec. Chrysler vient tout juste de commercialiser son premier, un mini-van qui vaut 45 000 $ après le rabais gouvernemental. Je ne sais pas ce qu'ils vont faire. »

C'est pourquoi le concessionnaire s'inquiète pour l'avenir de la vente automobile au Québec. « Est-ce que ce sera des pertes d'emplois? Est-ce que ce sera rentable d'opérer une concession? Ça reste à voir ».

Une voiture électriqueVincent Beauchesne explique qu'il lui faudrait tripler, voire quadrupler ses ventes de véhicules à faibles émissions. Photo : AFP / AFP/Getty/Jacques Demarthon

Les clients vont écoper

Vincent Beauchesne craint que les concessionnaires doivent éponger leurs pertes en refilant la facture aux clients. « Il faudra probablement augmenter le prix de nos véhicules à essence pour éponger nos déficits. Je ne crois pas qu'il y ait d'autres choix. »

Pour toutes ces raisons, le propriétaire de concessions croit que la loi doit être révisée. « Il faut laisser le temps aux constructeurs de concevoir les véhicules et d'adapter la chaîne de montage à cette nouvelle réalité. Je pense qu'on pourrait garder les mêmes cibles tout en étalant ça sur plus d'années. Sans ça, on va avoir de gros problèmes dans le secteur automobile, au Québec », tranche-t-il.

Vincent Beauchesne remarque que les élus ayant voté en faveur de cette loi ne montrent pas l'exemple. « Ils roulent en véhicules de fonction à essence, eux. Peut-être qu'ils devraient commencer par eux-mêmes avant de forcer les citoyens à se procurer des véhicules électriques », souligne-t-il.

Bas-Saint-Laurent

Transports