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Un double emploi qui soulève des questions éthiques

Élisabeth Chevalier lors d'une entrevue donnée à Radio-Canada alors qu'elle était conseillère municipale du district de Sainte-Marguerite.
Élisabeth Chevalier est candidate au poste de conseillère municipale dans le district Monseigneur Blanche. Elle est également directrice de deux stations de radio privée à Sept-Îles. Photo: Radio-Canada / Daniel Fontaine

La conseillère municipale de Sept-Îles, Élisabeth Chevalier, a décidé de se représenter comme candidate au poste de conseillère municipale même si son emploi de directrice des deux stations de radio privées de Sept-Îles, qu'elle occupe depuis septembre 2016, soulève des questions éthiques selon certains experts.

Un texte de François Robert

DÉCISION DU CONSEIL DE PRESSE DU QUÉBEC
Le 7 décembre 2018, le Conseil de presse du Québec a annoncé avoir retenu une plainte pour inexactitude au sujet de cet article.

Dans la première version de l'article publié le 17 octobre 2017, nous écrivions que la conseillère municipale de Sept-Îles, Élisabeth Chevalier, avait « décidé de se représenter comme candidate à la mairie ».
Or, Mme Chevalier souhaitait se représenter comme conseillère municipale.

Le Conseil de presse a toutefois absout Radio-Canada, l'erreur ayant été corrigée avec diligence.

Le président du groupe Attraction Radio, Sylvain Chamberland, a demandé à Élisabeth Chevalier de prendre un mois de congé sans solde durant la campagne électorale.

La candidate considère que les précautions prises pour éviter les risques de conflits d’intérêts sont suffisantes.

Elle s’est engagée notamment à ne pas utiliser ou encore dévoiler dans le cadre de son travail à la radio, des renseignements obtenus dans l’exercice de ses fonctions de conseillère municipale et qui ne sont pas généralement à la disposition du public.

C’est sûr qu’il faut prendre davantage de précautions que dans un autre travail, mais dans la dernière année j’ai quand même cumulé les deux fonctions et ça s’est très bien passé.

Élisabeth Chevalier

Élisabeth Chevalier soutient également avoir « demandé à ses collègues du conseil de ville de ne jamais lui demander de s’immiscer dans le traitement de la nouvelle ».

Dans son communiqué elle fait valoir qu’elle et ses employés se sont « donnés des balises de travail claires quant au traitement des nouvelles portant sur la municipalité et, en aucun cas, écrit-elle, elle n’est intervenue sur le traitement d’une nouvelle ».

Une situation qui ne fait pas l'unanimité

Toutefois, cette façon de voir ne fait pas l’unanimité. Des experts en éthique journalistique et en éthique municipale consultés par Radio-Canada s’entendent pour dire que même si ce n’est pas explicitement illégal, il est normal que le public se pose des questions sur la dimension éthique d’un tel double emploi.

C’est le cas notamment d’Alain Saulnier qui est professeur en journalisme à l’Université de Montréal. Parmi ses champs d’expertise, l’éthique journalistique.

« Cela pose un problème éthique très réel, estime Alain Saulnier. Il s’agit à la fois d’une apparence de conflit d’intérêts et d’un conflit d’intérêts. C’est-à-dire qu’on ne peut pas occuper une fonction publique à l’intérieur d’une organisation comme une municipalité ou à l’échelon provincial tout en étant directeur responsable d’une station de radio. »

Notre dossier sur les élections municipales 2017 au Québec  

Délicat pour les collègues au conseil

Selon Jean-Claude Leclerc, qui enseigne aussi le journalisme à l’Université de Montréal, ce double rôle de Madame Chevalier place ses collègues au conseil municipal dans une situation délicate.

Élisabeth Chevalier est venue au studios de Sept-Îles pour accorder une entrevue et défendre sa position. Élisabeth Chevalier tente de se faire élire dans un nouveau district électoral suite à son déménagement depuis le dernier scrutin. Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

« Ceux qui sont en faveur de la personne en cause, eux ils vont devoir la défendre et ce n’est pas très bon pour eux non plus, analyse Jean-Claude Leclerc. Puis, s’ils sont contre, ça veut dire qu’ils avouent que leur municipalité s’est trouvée dans une sorte de marécage. Normalement, un conseiller municipal comme un journaliste doit éviter de se mettre dans des eaux pareilles. »

Défendue par son patron

Sylvain Chamberland a obtenu un avis légal signé par deux avocates dont une est sur la liste des conseillers à l’éthique de la commission municipale, précise Élisabeth Chevalier.

« Eux nous ont confirmé que ce que nous avions pris comme dispositions était déjà suffisantes et que c’était correct, plaide Sylvain Chamberland. Évidemment, ils font appel toujours à garder une vigilance et tout cela bien évidemment, cela va de soi. »

Radio-Canada a discuté du cas avec deux avocats qui sont sur la liste des conseillers à l’éthique et à la déontologie de la Commission municipale du Québec.

Les deux s’entendent pour dire que même si ce n’est pas explicitement illégal, il est normal que le public se pose des questions sur la dimension éthique d’un tel double emploi.

« Je comprends que Monsieur Madame tout le monde ait le réflexe de dire : " Est-ce que c’est normal que j’aie un élu qui siège également, qui agit également au niveau des médias locaux? ", remarque maître Mathieu Miljour. La question se pose, c’est une évidence. Et à cause de cela, ça devrait être encadré. »

Code d'éthique des élus de Sept-Îles

Lors de la première séance du prochain conseil, les élus devront voter à nouveau le code d’éthique des élus. Rien n’empêcherait un élu ou un citoyen présent de proposer d’ajouter une clause pour interdire un tel double emploi.

À consulter aussi :

Côte-Nord

Politique municipale