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Le virus de la polio pour combattre le cancer du cerveau

Photo : iStock

Christian Latreille

Qui aurait cru qu'un jour le virus de la poliomyélite serait utilisé pour traiter le cancer? C'est pourtant ce qui se passe à l'Institut Duke de cancérologie, en Caroline du Nord, où l'oncologue québécoise, Annick Desjardins, est au coeur d'un ambitieux programme de recherche clinique.

La Dre Annick Desjardins et ses collègues travaillent à la mise au point d’un traitement contre le cancer qui utilise un virus modifié de la poliomyélite. La démarche suscite étonnement et incrédulité, puisque la maladie qui s’attaque au système nerveux a tué ou handicapé des millions de personnes au cours du 20e siècle.

Aujourd’hui, ce virus mortel est utilisé pour lutter contre le glioblastome, une tumeur agressive au cerveau.

« Je me suis fait traiter de folle », affirme la Dre Desjardins. La mère de sa première patiente atteinte d’un cancer au cerveau a d’abord refusé que l’on injecte le virus de la polio dans la tête de sa fille.

Mais les résultats sont étonnants, si bien que, cinq ans plus tard, la jeune fille aujourd’hui dans la vingtaine est toujours en vie.

Plus de 20 % de nos 21 patients traités sont encore vivants, et en principe ces gens-là auraient dû mourir.

Annick Desjardins, oncologue

En général, une personne atteinte d’un glioblastome a une espérance de vie de moins d’un an.

Clyde Gann assis sur un fauteuil

Clyde Gann est un autre patient de la Dre Desjardins.

Photo : Radio-Canada/Christian Latreille

Un autre patient de la Dre Desjardins, Clyde Gann, en est à sa troisième tumeur depuis 2013. L’homme de 61 ans a tout essayé : chimiothérapie, radiothérapie et chirurgie. Il fonde beaucoup d’espoir sur ce nouveau traitement.

Nous l’avons rencontré à l’Institut Duke de cancérologie alors qu’il subissait sa première résonance magnétique, quatre mois après le traitement avec le virus de la poliomyélite.

« Je dois demeurer positif, nous a-t-il confié, l’équipe de médecins ici m’aide beaucoup. » Si M. Gann peut encore espérer vivre aujourd’hui, c’est en grande partie grâce aux travaux du microbiologiste Matthias Gromeier. C’est lui qui a modifié le virus de la polio et l’a rendu sécuritaire pour traiter le cancer.

Matthias Gromeier

Photo : Radio-Canada/Christian Latreille

Le virus s’attaque seulement à la tumeur au cerveau et il fouette le système immunitaire du patient.

Matthias Gromeier, microbiologiste

Ce sont donc les anticorps du patient qui font presque tout le travail. C’est ce que l’on appelle l’immunothérapie. « Je n’y croyais pas au départ », affirme l’oncologue Henry Friedman, directeur de l'Institut Duke de cancérologie.

Le Dr Henry Friedman

Photo : Radio-Canada/Christian Latreille

Comment pourrions-nous traiter une tumeur avec quelque chose d’aussi neurotoxique que le virus de la polio? La Food and Drug administration, qui autorise la vente des médicaments aux États-Unis, était du même avis.

Henry Friedman, directeur de l'Institut Duke

Mais le traitement semble bel et bien fonctionner sur certains patients, dont Clyde Gann.

Les résultats de la résonance magnétique montrent que depuis quatre mois, sa tumeur a perdu en densité et donne l’impression d’avoir été grignotée.

Les résultats de l'examen de Clyde Gann sont encourageants.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les résultats de l'examen de Clyde Gann sont encourageants.

Photo : Radio-Canada

« Je suis très contente, lance la Dre Desjardins. Les résultats nous donnent exactement ce que l’on souhaitait. Ce sont de très bonnes nouvelles, » dit-elle, en présence de son patient et de sa famille soulagée pour l’instant.

La Dre Desjardins, son patient Clyde Gann et la famille de celui-ci

La Dre Desjardins, son patient Clyde Gann et sa famille.

Photo : Radio-Canada/Christian Latreille

Il reste encore plusieurs tests à effectuer avant que le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques (Food and Drug Administration), aux États-Unis, ne donne son feu vert à la commercialisation du traitement.

Des essais sont aussi en cours pour combattre d’autres types de cancers. Ce traitement représente un grand espoir pour des personnes qui n’en avaient plus, et pourrait devenir une percée dans la lutte contre le cancer.

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