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Airbus prévoit une hausse importante des ventes de la C Series

Beaucoup de réactions des conséquences à long terme de la transaction Bombardier Airbus.

Photo : Reuters / Regis Duvignau

Radio-Canada

Le président d'Airbus, Thomas Enders, qui vient d'acquérir une participation majoritaire dans la C Series, a dit envisager dorénavant une hausse importante des ventes de cet appareil, le litige entre Bombardier et Boeing n'ayant plus sa raison d'être puisque les appareils destinés au marché américain seront assemblés dans son usine de Mobile, en Alabama.

Selon le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, qui s'exprimait à ses côtés lors d'une conférence de presse à Toulouse, ce partenariat devrait en effet leur permettre de contourner les droits compensateurs et antidumping de 300 % imposés par le département du Commerce américain aux avions de la C Series à la suite d'une plainte de Boeing.

L'assemblage aux États-Unis peut résoudre ce problème. Le fait est que lorsque vous produisez un appareil aux Etats-Unis, il n'est pas sujet à des taxes d'importations dans le cadre des règles actuelles.

Alain Bellamare

La compagnie américaine Delta Air Lines s'est d'ailleurs dite impatiente d'intégrer des avions Bombardier C Series à sa flotte. En avril 2016, le transporteur d'Atlanta s'est engagé à acheter 75 appareils.

Le président d'Aibus a aussi souligné les économies qui seront réalisées en combinant les chaînes d'approvisionnement et de production des deux compagnies et les possibilités d'expansion pour la C Series dans le monde, notamment en Chine, où la demande est très forte pour les vols régionaux.

Nombre de clients potentiels du C Series qui auraient aimé acheter l'appareil se sont jusque-là abstenus car ils n'étaient pas tout à fait sûrs de son avenir. À présent qu'ils savent qu'Airbus devient un partenaire, nous tablons sur un grand élan commercial.

Thomas Enders, président d'Airbus

Les avions de la C Series peuvent transporter de 110 à 150 passagers, un marché qui n’était pas exploité jusqu’ici par le géant Airbus, qui fait davantage dans les gros porteurs.

« On calcule qu’il va y avoir pour 6000 avions à vendre dans ce marché au cours des 20 prochaines années », estime Olivier Marcil, vice-président aux relations externes pour Bombardier

Le nouveau visage de la C Series

L’entente conclue entre Bombardier et Airbus prévoit une participation majoritaire de 50,01 % dans la production d’avions de la C Series pour l'avionneur européen, Bombardier conservant une part de 31 % de la nouvelle société en commandite, et Investissement Québec les 19 % restants. Elle devrait être approuvée au cours des 6 à 12 prochains mois.

En vertu de cette entente, la principale ligne d'assemblage, située à Mirabel, ainsi que le siège social du programme C Series vont demeurer au Québec, au moins jusqu'en 2041, selon les informations révélées lundi par les deux constructeurs.

La C Series comptera sept administrateurs, soit quatre d’Airbus, deux de Bombardier et un d’Investissement Québec.

Selon les termes de l'entente, tels que présentés dans le communiqué de Bombardier, après 7 ans et demi, en 2025, Airbus pourra exercer un droit de vente sur la participation de Bombardier dans la C Series à la valeur du marché. Ce qui signifie que le géant français pourrait, s'il le veut, faire l'acquisition de toutes les parts de Bombardier dans la C Series. Bombardier, pour sa part, disposera aussi à la même date du droit d'obliger Airbus à racheter sa participation à la valeur du marché. Investissement Québec, pour sa part, aura un droit de sortie conjointe si Bombardier cédait sa participation dans la C Series.

Un appareil CS300 de BombardierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un appareil CS300 de Bombardier

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Tout pour plaire à Trump

Selon Mehran Ebrahimi, professeur au département de management et technologie à l'UQAM, l'annonce voulant que les appareils de la C Series vendus aux États-Unis seront assemblés dans une nouvelle chaîne de montage située en sol américain coupe l'herbe sous le pied à Boeing.

En effet, estime-t-il, l'avionneur américain ne pourra plus plaider devant le département du Commerce que les avions de Bombardier sont des produits fabriqués à l'étranger qui doivent être soumis à des droits compensateurs.

Par ailleurs, la création de centaines de nouveaux emplois par Airbus dans un État aussi républicain que l'Alabama rend la critique du projet plutôt difficile pour l'administration Trump, qui prône l'emploi aux États-Unis d'abord (America First).

Imaginez tous les emplois en Alabama dans les usines d’Airbus qui vont se multiplier avec une autre chaîne de montage qui s’installe. Là aussi, ça va dans le sens du discours de Trump. Ça sera donc difficile de s’opposer au projet.

Mehran Ebrahimi, professeur au département de management et technologie à l'UQAM

Pour le professeur Ebrahimi, Bombardier n'avait plus le choix. Il en allait de sa survie, puisqu'à l'origine la C Series avait été spécialement développée pour desservir le marché intérieur américain.

« C’était une décision difficile à prendre. Pour nous, socialement, mais aussi pour les dirigeants de l’entreprise, soutient-il. Mais dans la situation actuelle, avec l’administration Trump de l’autre côté, c’était la seule solution qui s’imposait. »

Boeing pourrait se rapprocher d'Embraer

Selon certains analystes, le rapprochement entre Bombardier et Airbus pourrait inciter Boeing à conclure une entente semblable avec le constructeur brésilien Embraer, principal concurrent de Bombardier dans le marché des jets régionaux et des avions de 100 à 150 places.

« Le monde compte deux constructeurs aéronautiques de premier plan et deux de second rang [Bombardier et Embraer] », souligne Richard Aboulafia, analyste pour Teal Group.« Airbus et Bombardier étant désormais des alliés, cela rend la probabilité d'une alliance Boeing-Embraer plus forte en guise de réponse ».

Réaction positive sur les marchés boursiers

La participation majoritaire d’Airbus dans la C Series a été bien accueillie sur les marchés boursiers, où le titre du géant européen de l'aéronautique a augmenté de 2,8 % mardi matin à la Bourse de Paris, avant de reculer légèrement à 79,20 euros (117 $ CA). Le titre de Bombardier a quant à lui bondi de 0,46 ¢ en matinée mardi à la Bourse de Toronto, où il se transigeait autour de 2,82 $ CAN, soit une hausse de 20 %.

Québec, Londres et Paris se félicitent de cet accord

L'arrivée d'Airbus dans la production des avions de la C Series a été accueillie avec soulagement par Québec, qui craignait pour la survie du fleuron de Bombardier depuis la levée de boucliers américaine et les problèmes de liquidité qui plombaient le constructeur québécois.

L'annonce du rapprochement entre Airbus et Bombardier a aussi été bien accueillie en France, pays d’origine du constructeur Airbus, où le gouvernement estime que cette transaction consolide Airbus.

« Je me réjouis de cette nouvelle. Tout ce qui consolide Airbus, tout ce qui consolide la filière aéronautique européenne va dans la bonne direction », a déclaré le ministre français de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire.

Même son de cloche à Londres, où le ministre britannique des Entreprises, Greg Clark, a salué l'acquisition par Airbus d'une participation majoritaire dans le programme C Series de Bombardier, ajoutant que le Royaume-Uni travaillerait aux côtés des deux firmes pour protéger ses intérêts.

« Il reste du chemin avant la finalisation de cet accord et notre priorité pendant ce temps sera l'emploi en Irlande du Nord », a expliqué le ministre dans un communiqué en faisant référence aux 4200 travailleurs qu’emploie Bombardier à Belfast, en Irlande du Nord. Des emplois menacés par le différend commercial entre Bombardier et Boeing.

C Series : une histoire mouvementée

Avec les informations de AFP, Reuters, et AP

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