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Airbus prend le contrôle de la C Series

Maxime Bertrand fait le point sur le partenariat entre Airbus et Bombardier
Radio-Canada

Bombardier et Airbus annoncent un partenariat pour le programme de la C Series.

Dans son annonce faite en fin d'après-midi lundi, Bombardier affirme que son siège social et la ligne d’assemblage resteront au Québec. Il y aura une production additionnelle de C Series dans une usine d’Airbus à Mobile en Alabama, destinée au marché américain.

Actuellement, l'assemblage final de cette famille d'avions, pouvant transporter de 100 à 150 passagers, s'effectue dans les installations de la multinationale québécoise situées à Mirabel, dans les Laurentides.

Airbus détiendra 50,01 % des parts, 31 % iront à Bombardier et 19 % à Investissement Québec. La C Series comptera sept administrateurs dont quatre d’Airbus, deux de Bombardier et un d’Investissement Québec. Les décisions sur la C Series se prendront à Amsterdam.

« Ça règle le problème du C Series aux États-Unis, affirme l'analyste Daniel Bordeleau, parce que le gouvernement américain ne va pas imposer des droits compensateurs à un avion qui est assemblé en Alabama, c’est sûr. »

C’est d'ailleurs l'imposition de droits compensateurs et antidumping de 300 % par le département du Commerce américain, à la suite d'une plainte de Boeing, qui aurait amené Bombardier à considérer différentes stratégies, dont la vente d'une partie de ses activités aéronautiques.

Bombardier espère profiter de la capacité de production d’Airbus pour réduire les coûts de fabrication de ses nouveaux avions.

La compagnie américaine Delta Air Lines s'est dite impatiente d'intégrer des avions Bombardier C Series à sa flotte. En avril 2016, le transporteur d'Atlanta s'est engagé à acheter 75 appareils.

La compagnie américaine Boeing a pour sa part réagi sur Twitter pour dénonce l'entente Airbus-Bombardier.

« Cela ressemble à un accord discutable, entre deux concurrents lourdement subventionnés, pour contourner les conclusions du gouvernement américain, a déploré l'avionneur. Tout le monde devrait jouer selon les mêmes règles pour un commerce libre et équitable. »

Satisfaction et soulagement

En point de presse après l'annonce, la ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, a eu tôt fait de dire que cette alliance assurait la perennité du programme.

« La plainte sans fondement de Boeing et l'imposition de droits compensateurs de 300 % aux ventes d'avions C Series ont fermé l'accès au marché américain. Cette situation est d'autant plus problématique que le marché américain représente 30% des ventes de la C Series à l'heure actuelle. Dans ce contexte, le partenariat avec Airbus constitue la meilleure alternative pour assurer la pérennité des emplois au Québec et du programme. »

Le PDG de la compagnie, Alain Bellemare, a pour sa part déclaré qu’« Airbus est le partenaire parfait pour la compagnie, le Québec et le Canada ». « Ce partenariat devrait plus que doubler la valeur du programme C Series et garantir que notre remarquable avion révolutionnaire réalise son plein potentiel. »

Le directeur général d'Airbus, Tom Enders, a qualifié ce partenariat de « gagnant-gagnant pour tout le monde ».

« L'avion C Series, doté d'un design à la fine pointe de la technologie et d'une grande économie, s'intègre parfaitement à notre famille d'avions monocouloir existante et étend rapidement notre offre de produits à un secteur de marché en pleine croissance », a-t-il déclaré.

Le ministre fédéral de l'Innovation, Navdeep Bains, a pour sa part indiqué que le gouvernement examinera l'entente selon la grille d'Investissement Canada. « En surface, le nouveau partenariat proposé par Bombardier avec Airbus aiderait au succès de la C Series en combinant l'excellence en matière d'innovation avec un accès accru au marché ainsi qu'un pouvoir de vente sans précédent. »

Chronologie de la C Series

  • 2004 : Bombardier examine la faisabilité d'une nouvelle génération d'avions commerciaux.
  • 31 janvier 2006 : considérant que les conditions du marché ne sont pas assez favorables, Bombardier met son projet sur la glace.
  • 31 janvier 2007 : Bombardier recommence à travailler sur la C Series et estime que l'entrée en service de ce nouvel avion pourrait se faire en 2013.
  • 16 janvier 2014 : l'entrée en service de la C Series est repoussée à la deuxième moitié de l'année 2015, dit Bombardier, en annonçant une commande de 16 appareils de la part d'Al Qahtani Aviation.
  • 29 mai 2014 : l'entreprise suspend ses essais en vol pendant plus de trois mois à la suite d'un incident survenu lors de tests effectués au sol avec le moteur d'un appareil d'essai.
  • 27 février 2015 : baptême de l'air du CS300. Le président et chef de la direction de l'entreprise, Alain Bellemare, évoque une entrée en service de l'appareil pour 2016.
  • 7 mai 2015 : Bombardier affirme que Swiss sera le premier transporteur aérien à prendre livraison de la C Series au cours de la « première moitié » de 2016.
  • 29 octobre 2015 : le gouvernement de Philippe Couillard annonce qu'il injectera 1,3 milliard de dollars dans Bombardier afin de l'aider à compléter la C Series en échange d'une participation de 49,5 % dans le programme.
  • 28 avril 2016 : Bombardier annonce que Delta Air Lines pourrait acheter jusqu'à 125 appareils de la C Series – achat ferme de 75 appareils et 50 en option, ce qui représente la plus importante commande de ce programme.
  • 29 juin 2016 : Bombardier livre son tout premier appareil C Series au transporteur Swiss International Air Lines.
  • 27 avril 2017 : Boeing demande au département américain du Commerce et à la Commission du commerce international des États-Unis (ITC) d'agir contre les pratiques d'affaires de Bombardier.
  • 26 septembre 2017: Le département américain du Commerce impose des droits compensatoires préliminaires d'environ 220 % sur la C Series, soit presque trois fois plus que ce qui était demandé par Boeing dans sa plainte.
  • 5 octobre 2017 : Des droits antidumping d'environ 80 %visant la C Series sont annoncés par Washington.
  • 16 octobre 2017 : Bombardier annonce une entente avec Airbus prévoyant que le géant européen deviendra l'actionnaire majoritaire du programme de la C Series.
Avec les informations de La Presse canadienne, et Reuters

Économie