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ALENA : les États-Unis veulent la fin du système de gestion de l’offre

Une vache regarde la caméra avec curiosité.

Le système canadien de quotas et de contrôle des prix vise à assurer aux producteurs de lait, d'oeufs et de volailles un revenu stable, malgré les fluctuations du marché.

Photo : iStock

Radio-Canada
Mis à jour le 

Washington a dans sa ligne de mire le système canadien de gestion de l'offre pour le lait, les œufs et la volaille. Dans le cadre de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), l'administration Trump réclame la fin des tarifs et des quotas liés à ce système.

Vendredi, les négociateurs américains avaient exigé d'Ottawa « plus de transparence » dans le système de gestion de l’offre. Ils vont maintenant beaucoup plus loin et demandent son abolition.

Selon nos informations, les représentants américains ont demandé la fin des tarifs et des quotas d’ici dix ans.

Ces demandes ressemblent à celles qui ont été faites pour les autres secteurs. Elles sont scandaleuses. Cela représenterait la fin de la gestion de l'offre.

Pierre Lampron, président des Producteurs laitiers du Canada

Depuis le début des négociations entourant la modernisation de l’ALENA, l’été dernier, le gouvernement Trudeau répète qu’il a l’intention de défendre le système de gestion de l’offre.

Une position partagée par les autres partis représentés à la Chambre des communes.

Nous allons nous battre pour préserver ce système. Toute entente qui propose autre chose n’est pas une option.

Lawrence MacAuley, ministre fédéral de l’Agriculture

Le ministre québécois de l’Agriculture, Laurent Lessard, abonde dans le même sens. Il estime que la gestion de l’offre au Canada est non négociable.

M. Lessard admet que le ton des Américains a durci depuis son passage à Washington vendredi et samedi derniers, où il s’est entretenu avec des négociateurs canadiens, dont Raymond Bachand et le négociateur agricole Frédéric Seppey.

« Là, aujourd'hui, je vois que ça a beaucoup évolué depuis samedi, quand j'ai quitté à 13 h, affirme M. Lessard. Ça a commencé par une ingérence dans la gestion, la répartition des quotas, des tarifs et des volumes, en plaidant la transparence, et aujourd'hui, ils vont bien plus loin. »

Les Américains demandent des choses extrêmes, comme la fin de la gestion de l'offre, qui n'est pas quelque chose qui a été mis sur la table. Ils peuvent demander beaucoup d'affaires, mais ce n'est pas quelque chose qu'on va négocier.

Laurent Lessard, ministre québécois de l'Agriculture

Le système canadien de quotas et de contrôle des prix vise à assurer aux producteurs de lait, d'oeufs et de volailles un revenu stable, malgré les fluctuations du marché. Le Québec produit environ 40 % du lait canadien.

Le ministre Lessard a dit avoir appelé sa collègue, la ministre de l'Économie Dominique Anglade, pour lui dire que la négociation avec les États-Unis se corsait, et « qu'on n'aura pas le choix de rester campés sur notre position, très fermes, avec le gouvernement fédéral là-dessus ».

« On va suivre les étapes et au besoin, on va se déplacer, a-t-il déclaré. On va faire des représentations sur le terrain pour dire aux Américains qui nous supportent : enlevez l'incertitude [...] qui est le pire adversaire de l'investissement à long terme. Ça crée de l'instabilité des deux côtés. »

Des poules pondeuses, des oeufs et un fermierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des poules pondeuses dans leur cage

Photo : La Presse canadienne / Peter Power

Du sabotage, croit l'UPA

Pour sa part, l'Union des producteurs agricoles (UPA) n'est pas surprise, puisqu'elle s'attendait à une pareille demande « extrêmement extravagante » de la part des États-Unis, affirme son président, Marcel Groleau.

Les États-Unis tentent de saboter les négociations, selon lui, en faisant tout pour que le Canada et le Mexique quittent la table.

Il n'y a pas de logique. C'est simplement du protectionnisme pur et simple, au premier degré. [...] Il n'y a pas de vision globale ou même simplement nord-américaine du commerce dans l'approche de M. Trump.

Marcel Groleau, président de l'UPA

Il ajoute que la demande cette fois est tellement « grosse » qu'elle sera facile à « rejeter du revers de la main ».

« Ce n'est même pas négociable; ce n'est même pas des éléments qui permettent de débuter une négociation. En quelque sorte, la situation est pratiquement plus facile pour le gouvernement canadien », soutient M. Groleau.

Il a dit craindre cependant que les secteurs de la viande, des fruits et des légumes, et des céréales se voient imposer des tarifs par Washington.

Le président de l’UPA s’attend à ce que la ministre fédérale des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, envoie mardi un message clair aux Américains concernant la gestion de l'offre.

Est-ce que la gestion de l’offre est encore pertinente?

Oui, répond le professeur en agroéconomie à l’Université Laval, Daniel-Mercier Gouin, en entrevue à RDI économie.

« Elle permet toujours une stabilité et une prévisibilité pour tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire dans les secteurs avicoles et laitiers et aussi une stabilité des prix à la consommation. »

Le professeur Gouin développe ensuite sur « l’avantage présumé » de l’abolition de la gestion de l’offre.

« Dans un premier temps, on pourrait dire que si c’était dans le cadre que les Américains viennent d’évoquer, ça veut dire un flux de produits américains sur le marché canadien, qui ne sont pas toujours produits avec les mêmes normes. On a juste à penser à l’hormone de croissance en production laitière qui est interdite au Canada, mais permise aux États-Unis. Donc, on parle d’un avantage ''rêvé'', par certains, que les prix baisseraient au consommateur. Je dis ''rêvé'', parce que c’est loin d’être prouvé que c’est ce qui arriverait, mais certainement une restructuration majeure du secteur de la production et de la transformation, notamment dans le secteur avicole. Donc, il y a un prix à payer, et on ne voit pas le gain derrière ce prix à payer. »

Des exigences élevées quant à l'accès au marché canadien

En plus de ces demandes sur les tarifs, Washington a fait part de ses exigences plus spécifiques en matière d’accès au marché canadien pour les produits laitiers américains.

Une demande qui, selon nos informations, est environ sept fois plus élevée que ce qui avait été concédé par Ottawa dans le cadre du Partenariat transpacifique (PTP).

Dans ses objectifs de négociation, présentés en juillet, l’administration américaine avait réclamé un plus grand accès au Canada.

Le président Trump, de son côté, a fortement critiqué l’industrie canadienne au printemps.

Avec les informations de Raphaël Bouvier-Auclair

Avec les informations de La Presse canadienne

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