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Des scientifiques remettent en cause leur article sur l'autisme

Une aiguille tenue par des mains d'adultes sur le bras d'un bébé
Les chercheurs de l'UBC ont retiré leur article scientifique sur le lien entre une composante des vaccins et l'autisme après qu'une analyse eut remis en question la validité des données. Photo: Sean Gallup/Getty Images
Radio-Canada

Des chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) ont retiré leur article scientifique du Journal of Inorganic Biochemistry, publié le 5 septembre, qui démontrait un lien entre l'aluminium dans les vaccins et l'autisme observé chez les souris. Un des auteurs allègue que des données ont été délibérément manipulées avant la publication de l'article.

Le neurobiologiste et professeur à l'UBC Chris Shaw soutient qu'il est impossible de savoir pourquoi et comment les données ont été présumément manipulées, car selon lui, les données brutes sont maintenant introuvables, ce qui contreviendrait aux politiques de l'UBC.

M. Shaw affirme avoir été informé de la présumée manipulation à la suite d'allégations en ce sens sur Internet. Il dit avoir tout de suite demandé le retrait de l'article et informé la direction de l'Université.

Selon M. Shaw, sa collègue Lucija Tomljenovic et lui ont produit leurs conclusions de recherche à partir de données déjà compilées et analysées pour l'article, plutôt qu'à partir de données brutes. Les conclusions stipulent que l'aluminium trouvé dans les vaccins peut engendrer « des réactions similaires à celles de l'autisme ».

De la propagande antivaccin?

Un médecin a même qualifié cette recherche de « pseudoscience ».

Les allégations sur la manipulation de données ont été publiées sur Retractation Watch, un site web qui suit les articles scientifiques écartés de la circulation.

À la mi-septembre, des commentaires sur PubPeer, un site où les utilisateurs peuvent examiner et commenter des publications scientifiques, ouvraient la piste aux données présumément falsifiées. Un commentaire y laissait entendre que les données de l'article avaient été récupérées dans une recherche datant de 2014, coécrite par M. Shaw et Mme Tomljenovic.

Il semble que des images aient été modifiées, mais nous ne croyons pas que cela change les résultats.

Chris Shaw, chercheur à UBC

Manque de rigueur scientifique?

M. Shaw ne comprend pas pourquoi les erreurs n'ont pas été détectées avant la publication. « C'est une bonne question », avoue-t-il. On avait l'impression, à la suite de l'analyse des données de base, il y a deux ans, et de notre analyse subséquente, que tout était en ordre. »

À moins de revoir les données à la loupe 20 fois, ce que personne ne fait, on ne verrait pas nécessairement l'erreur.

Chris Shaw, chercheur à l'UBC

Données gardées en Chine

Chris Shaw allègue que le matériel de base qui a servi aux conclusions de l'article se trouve en Chine entre les mains d'un analyste qui a travaillé sur l'article. M. Shaw ajoute que l'analyste lui a dit que « les données sont prisonnières là-bas ».

« C'est comme l'histoire du chien qui a mangé un devoir. Que faire? », constate M. Shaw. Et même si les données étaient retrouvées, dit-il, « l'étude est morte, ayant perdu toute crédibilité ».

Politique de l'UBC

Les données originales d'une recherche doivent demeurer dans les laboratoires de l'UBC un minimum de cinq ans après la collecte.

Dans ce cas-ci, elles doivent y rester jusqu'en 2018.

L'UBC ne commente pas

L'Université de la Colombie-Britannique a dit ne pas vouloir commenter le retrait de l'article et les allégations de disparition de données scientifiques.

Association au mouvement antivaccin

Un médecin et professeur de l'Université de Toronto, Michael Gardam, remet en question la validité de la recherche du Dr Shaw et de ses collègues. Après avoir revu l'article en question, il affirme que, selon lui « il est évident que les données ont été falsifiées ».

M. Gardam affirme qu'un autre article scientifique de M. Shaw, également lié aux vaccins, a été retiré en 2016. Celui-ci remettait en question la sécurité du vaccin Gardasil.

M. Shaw, qui avoue être un des huit coauteurs du projet, s'est toutefois distancé du projet jeudi dernier, alléguant n'avoir participé que pour la rédaction de quelques notes éditoriales tout au début de la production.

Chris Shaw a aussi été interviewé dans le documentaire The Greater Good, paru en 2013, sur la vaccination aux États-Unis.

Le chercheur avoue que, après toute cette histoire, il ne pense pas vouloir entreprendre d'autres recherches associées aux vaccins.

La direction du Journal of Inorganic Biochemistry ne s'est pas manifestée pour faire des commentaires avant la publication de notre article.

D'après un reportage de Rhianna Schmunk

Colombie-Britannique et Yukon

Société