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Le principal client des producteurs d’asclépiade fait faillite

Le reportage de Marie-Pier Bouchard
Radio-Canada

Un vent d'incertitude souffle chez les cultivateurs de soyer du Québec, cette plante aux propriétés absorbantes et isolantes. La saison des récoltes bat son plein et ils n'ont plus d'acheteur pour leurs récoltes. Radio-Canada a appris que leur principal client, Les Industries Encore 3, qui avait réservé 90 % des récoltes, a déclaré faillite et cesse les activités des usines de Saint-Tite et de Granby.

Un texte Marie-Pier Bouchard

La présidente de la compagnie, Janique Scott, a annoncé la fin des Industries Encore 3 à ses différents partenaires par courriel le 11 octobre et quelques heures plus tard, le tout est apparu au Registre des dossiers de faillite et d’insolvabilité.

Devant l’échec d’une récolte de qualité en provenance de la Coopérative Monark, c’est avec un très grand regret que nous vous avisons que les entreprises Protec-Style inc., Les Industries Encore 3 et Fibre Monark se voient dans l’obligation de fermer leurs portes.

Extrait du courriel de Janique Scott
Le stationnement des Industries Encore 3 à Saint-Tite est complètement désert.Les Industries Encore 3 ont pris possession de cet immeuble appartenant à la Coopération de développement de Saint-Tite en 2015 pour mener leurs activités de transformation du soyer du Québec. Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Le 6 octobre, au Registraire des entreprises du Québec (REQ), toutes les compagnies associées au projet ont été regroupées sous une même entreprise, Gestion Protec-Style. Une pratique courante, selon les experts à qui nous avons parlé, pour minimiser les frais de faillite qui sont d’environ 5000 $ pour chaque entreprise.

Des prêts, des subventions, de nouveaux partenaires et une demande croissante, le projet des Industries Encore 3 était rempli de promesses. Il a fait la manchette à de nombreuses reprises depuis 2014 et toujours, jusqu’à aujourd’hui, pour annoncer de bonnes nouvelles.

Tige d'asclépiade dans un champ de Saint-Tite.Le soyer du Québec a des propriétés absorbantes et isolantes. Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

À la recherche de financement

Gestion Protec-Style et Les Industries Encore 3 ont reçu, entre 2013 et 2016, près de 1,1 million de dollars en prêts et subventions en plus de bénéficier d’un loyer à prix modique pour le local de 33 000 pieds carrés appartenant à la Corporation de développement Saint-Tite.

  • 2013 : prêt de 32 400 $ d’Investissement Québec
  • 2014 : prêt de 27 000 $ du CLD Haute-Yamaska
  • 2015 : prêt de 180 000 $ du CLD de Mékinac
  • 2015 : subvention de 100 000 $ d’Investissement Québec
  • 2016 : prêt de 750 000 $ d’Investissement Québec
 
Source : Registre des droits personnels et réels mobiliers (RDPRM)

La présidente de l’entreprise, Janique Scott, a refusé de répondre à nos questions.

« Nous prendrons un recul un certain temps et vous reviendrons », indique-t-elle par courriel.

Usine de transformation du soyer du Québec de la compagnie Les Industries Encore 3 à GranbyUsine de transformation du soyer du Québec de la compagnie Les Industries Encore 3 à Granby Photo : Radio-Canada

Problèmes financiers connus

La Coopérative Monark, l’organisation qui rassemble les 125 producteurs de soyer répartis dans différentes régions du Québec, savait que son principal client était à la recherche de financement depuis quelques mois.

Incapable de joindre la direction de l’entreprise depuis la mi-septembre, le président de la Coopérative, Daniel Allard, n’a pas été surpris d’apprendre la nouvelle, mais il est surtout soulagé que tous les producteurs aient décidé de procéder aux récoltes malgré tout et d’assumer les frais associés à l’opération, confiants de trouver un nouveau client rapidement.

Pour nous autres, c’est rassurant de savoir que le produit final est extraordinaire. Reste que la production va très bien. Entre les deux, on avait un client qui procédait à l’extraction. Ce client-là va changer, simplement.

Daniel Allard, président de la Coopérative Monark
Le président de la Coopérative Monark, Daniel Allard, marche dans un champ de soyer du Québec.Daniel Allard, président de la Coopératve Monark Photo : Radio-Canada

Cependant, pour Daniel Allard, la raison évoquée par Mme Scott dans le courriel envoyé à différents partenaires est étonnante puisque les récoltes ne sont pas encore terminées et qu’il est impossible pour l’instant de faire le bilan.

Vous le voyez. Ce n’est pas une récolte imaginaire, vous êtes en plein champ avec moi. Je crois que les difficultés étaient plus larges que les données techniques, mais ça prenait un coupable.

Daniel Allard, président de la Coopérative Monark
Tracteur tirant la récolteuse du soyer du Québec dans un champ de Saint-Tite, en MauricieRécolte du soyer du Québec dans un champ de Saint-Tite, en Mauricie Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Cet imprévu représente un énorme défi pour la Coopérative, qui a dû développer, en très peu de temps, une technologie de récolte efficace et en trouvant un plan B pour l’entreposage.

Initialement, les Industries Encore 3 devaient prendre en charge les récoltes, le séchage et l’entreposage dans les usines de Saint-Tite et de Granby, mais la compagnie n’a pas respecté ses engagements, selon M. Allard.

Des partenaires préoccupés

Le maire de Saint-Tite, André Léveillé, qui est aussi président de la Corporation de développement de Saint-Tite, savait que le projet battait de l’aile depuis quelques mois, mais c’est Radio-Canada qui lui a appris la faillite de l’entreprise.

M. Léveillé connaît bien le dossier et il se dit préoccupé par la situation, mais avant de faire une déclaration à ce sujet, il tient à consulter les gens de la MRC et du CLD de Mékinac.

Ma priorité, c’est de relancer ce projet-là et de le garder à Saint-Tite. Je travaille là-dessus depuis plus d’une semaine.

André Léveillé, maire de Saint-Tite
Usine des Industries Encore 3 à Sant-Tite, en MauricieUsine des Industries Encore 3 à Sant-Tite, en Mauricie Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Pendant ce temps, des groupes d’investisseurs manifestent leur intérêt pour la reprise du projet et la Coopérative Monark dit avoir signé une entente de principe avec l’un d’eux.

Le président de la Coopérative, Daniel Allard, explique que les deux parties doivent maintenant s’entendre sur le rôle de chacun avant d’annoncer quoi que ce soit.

Selon M. Allard, cette mésaventure avec Les Industries Encore 3 permettra de mener le projet encore plus loin.

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