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L'Académie des Oscars expulse Weinstein, d'autres victimes se manifestent

Harvey Weinstein est exclu de l'Académie
Radio-Canada

L'académie qui remet les prestigieux Oscars a décidé, au terme d'une réunion d'urgence samedi, d'expulser le producteur déchu Harvey Weinstein, accusé par une trentaine de femmes de harcèlement sexuel, d'agressions ou de viol.

L'Académie des arts et des sciences du cinéma a publié un communiqué non équivoque indiquant qu'elle « a voté [cette décision] bien au-delà de la majorité requise des deux tiers ».

Non seulement nous prenons nos distances avec quelqu'un qui ne mérite pas le respect de ses collègues, mais nous envoyons un message pour affirmer que le temps de l'ignorance délibérée et de la complicité honteuse vis-à-vis des comportements d'agression sexuelle et du harcèlement sur le lieu de travail dans notre industrie est terminé.

L'Académie des arts et des sciences du cinéma, dans un communiqué

Harvey Weinstein et son frère Bob ont gagné 81 Oscars lors de leur carrière chez Miramax et The Weinstein Company. Harvey Weinstein a lui-même gagné une statuette pour le meilleur film de l'année, Shakespeare in Love.

L'Académie avait affirmé mercredi que « la conduite décrite dans les accusations contre Harvey Weinstein est répugnante » et avait annoncé une réunion « spéciale » pour discuter de « toute action nécessaire ».

D'après Variety et The Hollywood Reporter, un seul membre a été expulsé en 90 ans d'existence de la vénérable institution : Carmine Caridi, acteur qui avait fait circuler des copies confidentielles de films qui se sont retrouvées sur Internet.

Harvey Weinstein à Paris, le jour où il a reçu la Légion d'honneur, en 2012.Harvey Weinstein à Paris, le jour où il a reçu la Légion d'honneur, en 2012. Photo : Associated Press / Remy de la Mauviniere

Exclus aussi de la Légion d'honneur française

Entre-temps, à Paris, l'Élysée a engagé des démarches auprès de la grande chancellerie de la Légion d'honneur pour priver le producteur américain de sa décoration.

Weinstein avait été fait chevalier de la Légion d'honneur par le président Nicolas Sarkozy en mars 2012.

« L'Élysée a entamé des discussions avec la grande chancellerie de la Légion d'honneur pour évoquer ce cas, a-t-on déclaré à la présidence. Une décision commune sera prise à l'issue des discussions. »

Les accusations de harcèlement sexuel et de viol pleuvent envers le producteur Harvey Weinstein depuis la semaine dernière. Cette situation était connue depuis plus de 20 ans dans l'industrie, selon les nombreux témoignages recueillis par les médias et publiés sur les réseaux sociaux.

Plusieurs médias ont rapporté que le producteur s'était arrangé pour que rien ne sorte pendant des années grâce à une armée d'avocats et de spécialistes en relations publiques.

Sarah Polley devant un fond grisL'actrice, scénariste et réalisatrice Sarah Polley Photo : The Associated Press / Victoria Will

Sarah Polley témoigne de son expérience

L’actrice, scénariste et réalisatrice torontoise Sarah Polley a témoigné samedi, dans une lettre ouverte publiée dans le New York Times, de son expérience avec le producteur Harvey Weinstein.

Elle avait 19 ans lorsque l'incident se serait produit. Lors d’une session photo pour la promotion d’un film, la jeune femme a été subitement convoquée au bureau du producteur, raconte-t-elle.

Quand je suis arrivée, M. Weinstein n'a pas perdu de temps. Il m'a dit, devant le publiciste et un collègue de travail, qu'une vedette de quelques années mon aînée s'était un jour assise en face de lui sur la chaise où j'étais. En raison de sa "relation très étroite" avec cette actrice, elle a continué à obtenir des rôles principaux et à gagner des prix. Si lui et moi avions ce genre de "relation étroite", je pourrais avoir une carrière similaire. "C'est comme ça que ça marche", m'a-t-il dit.

Sarah Polley, dans sa lettre ouverte

« J'ai répondu qu'il perdait son temps. Nous ne serions probablement pas amis ni n'aurions une "relation étroite". Je me fichais tout simplement d'avoir une carrière d'actrice. J'ai toujours aimé jouer, mais j'ai su, après 14 ans de travail professionnel, que cela ne valait pas la peine », poursuit Mme Polley.

La réalisatrice pousse plus loin son propos sur « une industrie malade ».

« Harvey Weinstein est peut-être la version centrale d'un prédateur hollywoodien, mais il n'était qu'une pustule purulente dans une industrie malade. La seule chose qui a choqué la plupart des gens dans l'industrie du film à propos de l'histoire de Harvey Weinstein, c'est que soudainement, pour une raison quelconque, les gens semblaient s'en soucier. Cette connaissance seule a permis à beaucoup d'entre nous de respirer pour la première fois depuis des lustres », estime-t-elle.

« Comme tant d'autres, je le connaissais. Et pas seulement pour l'avoir rencontré. Pendant des années, j'ai entendu les histoires horribles qui refroidissent tellement de gens. Comme tant d'autres, je ne savais pas quoi faire de tout ça. J'ai grandi dans cette industrie, entourée de comportements prédateurs, et l'idée d'amener les gens à s'en soucier semblait être une ambition aussi inatteignable que de sortir le soleil du ciel », écrit-elle, en disant espérer que cette « vague d'écoeurement » apportera un changement concret dans le milieu du cinéma.

Une cinquième actrice accuse Weinstein de viol

Le Sunday Times rapporte que la Britannique Lysette Anthony a accusé le producteur américain de l'avoir violée, des faits qui remonteraient aux années 1980.

Quatre autres femmes, dont Asia Argento et Rose McGowan, l'avaient déjà accusé de les avoir violées.

Selon le journal, Lysette Anthony a raconté à la police la semaine dernière qu'elle avait rencontré Harvey Weinstein à New York, avant d'accepter de le revoir plus tard dans la maison qu'il louait à Londres.

« Je l'ai trouvé à moitié nu et il m'a attrapée. Je ne m'y attendais vraiment pas et je me suis enfuie », affirme-t-elle dans cette interview.

Lysette Anthony, qui a notamment joué dans Maris et femmes de Woody Allen en 1992, confie qu'elle a ensuite été harcelée par le producteur, qui s'est finalement rendu à son domicile à l'improviste.

« Il m'a poussée à l'intérieur et m'a cognée contre le portemanteau », rapporte-t-elle. Puis « il a essayé de m'embrasser et m'a bousculée. J'ai fini par abandonner », poursuit l'actrice.

Le producteur a nié toutes les accusations de relations sexuelles non consenties.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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