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Karoshi : le combat du Japon contre la mort par surmenage

Un homme d'affaires traverse une rue à Tokyo.
La mort par surdose de travail continue de faire des victimes au Japon. Photo: Reuters / Toru Hanai
Radio-Canada

Arrêt cardiaque après 159 heures supplémentaires en un seul mois. Ce scénario a de quoi glacer le sang, mais il se répète encore trop souvent au Japon, pays du karoshi, ou mort par surmenage.

Le cas est bien réel. En 2013, la journaliste Miwa Sado, de la chaîne publique NHK, a succombé à l’âge de 31 ans à un arrêt cardiaque après avoir suivi les élections de l'assemblée de la Ville de Tokyo et les sénatoriales nationales. La télévision publique a révélé l’histoire seulement la semaine dernière.

Et ce n’est pas la seule.

Crise cardiaque, accident vasculaire cérébral, suicide : le karoshi a fait 191 victimes au cours de l'année qui s’achevait en mars 2017, selon un récent rapport gouvernemental.

Ce ne serait que la pointe de l’iceberg, puisqu’en 2015, la police nationale rapportait que 2159 personnes s’étaient enlevé la vie, notamment pour des raisons professionnelles. Le ministère de la Santé n’en recensait alors que 93.

Durant la même période, 1456 demandes de dédommagement pour karoshi ont été déposées. Un record qui équivaut à presque toutes les requêtes recensées de 2004 à 2008, conclut le quotidien britannique The Telegraph.

Ce dévouement, parfois mortel, vient entre autres du fait que les salariés « acceptent de travailler plus, en contrepartie de la protection de l'emploi », évoque Shigeyuki Jo, consultant en ressources humaines. Une idée bien ancrée dans la culture, même si cela nuit à la productivité et au retour des mères sur le marché du travail.

Un travailleur japonais sur cinq risque de mourir de karoshi.

Sondage mené par le gouvernement japonais en 2016

Pour combattre ce phénomène qui s’est exacerbé depuis l’éclatement de la bulle économique il y a 30 ans, le gouvernement a dénoncé en mai plus de 300 entreprises fautives en publiant une liste noire.

Lors d’une première enquête menée en 2016, 22,7 % des 1743 entreprises sondées ont admis que travailler plus de 80 heures supplémentaires par mois était la norme.

En avril, le gouvernement projetait toutefois de limiter le labeur supplémentaire à 100 heures par mois. De nombreux détracteurs y ont vu un outrage, puisqu'une surcharge mensuelle de 80 heures pose des risques élevés pour la santé.

Or, légalement, le travail supplémentaire devrait se limiter à 45 heures par mois.

Pour le spécialiste du droit du travail Shigeru Wakita, le gouvernement ne prend pas la question « assez au sérieux ».

Les autorités y vont doucement avec les grandes entreprises.

Shigeru Wakita, professeur émérite de l'Université Ryukoku

À preuve, le géant de la publicité Dentsu a été condamné le 6 octobre à payer une amende de 500 000 yens (5500 $) pour sa culture de longues heures de travail illégales, qui avait poussé au suicide une jeune recrue en 2015.

« On ne peut fermer les yeux » sur cette pratique qui a mené à la mort de Matsuri Takahashi, 24 ans, a déclaré le juge Tsutomu Kikuchi. Elle avait travaillé 105 heures supplémentaires au cours d’un seul mois avant de montrer des signes de dépression, ont conclu des autorités locales.

D’ailleurs, ce suicide a soulevé l’indignation à la grandeur du pays, ce qui a forcé le gouvernement à enquêter sur le phénomène.

La chaîne publique NHK a largement couvert le scandale, tout en omettant de dire à ses journalistes qu’une des leurs avait succombé au karoshi.

La direction avait pourtant instauré une réforme pour diminuer les heures supplémentaires, sans jamais informer ses employés que cette mesure découlait de la mort de Miwa Sado, soutient un ancien collègue.

Ceux qui s’affairent à couvrir et à analyser les nouvelles liées au karoshi et les réformes n’étaient même pas au courant qu’il y avait eu un cas de karoshi à leur propre station.

Le père de Miwa Sado, morte d'un arrêt cardiaque à 31 ans

La NHK soutient avoir simplement respecté le souhait de la famille en ne révélant pas la triste histoire.

Après avoir subi la pression de la famille, la chaîne a finalement révélé que Miwa Sado était morte de surmenage en 2013, dans une courte nouvelle au téléjournal de 21 h, le 4 octobre.

Mais pour les parents de Miwa Sado, qui se battent toujours contre le karoshi, cette petite annonce est une grande déception.

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