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Candidats élus sans opposition, signe d’une démocratie municipale malade ?

Les élections municipales auront lieu le 5 novembre prochain. Sur la photo, un crayon trace un X dans une case de vote.

Les élections municipales auront lieu le 5 novembre prochain.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

En Abitibi-Témiscamingue, 42 municipalités ont vu leur maire élu sans opposition, après la fin de la période de mise en candidature, vendredi dernier. Des chercheuses et spécialistes des enjeux entourant la démocratie municipale estiment qu'il n'y a rien de réjouissant lors que des élus ne font face à aucune opposition.

Un texte de Thomas Deshaies

Pour la professeure à l’Université du Québec à Montréal, Anne Latendresse, il y a certainement lieu de se questionner. « Dans la mesure où on n’a pas le choix entre différents candidats et candidates, c’est sûr que quant à moi, c’est un affaiblissement », estime-t-elle.

Ça montre un signe de fatigue de la démocratie. Pas nécessairement un signe de satisfaction face à ce qui est là.

Anne Latendresse

Selon les chercheuses, il est préférable d’avoir plusieurs candidats pour un poste. « Il est certain que lorsqu’on parle de démocratie, on a tendance à vouloir, et à inciter qu’il y ait plus de candidats pour refléter la diversité de l’électorat. Pour que les électeurs puissent avoir des choix possibles et des choix qui leur correspondent », affirme Sandra Breux, professeure à l'Institut national de la recherche scientifique.

Représentativité et opposition

Le fait d’avoir moins de candidats peut être un frein à la composition d’un conseil municipal représentatif de la diversité de la population, croit Mme Latendresse.

« Ici au Québec, on est loin d’avoir une représentation de la diversité de notre population au sein des conseils municipaux. Souvent, les gens qui gouvernent nos villes, reproduisent leurs intérêts, ou répondent à leurs propres intérêts, et peut-être pas autant aux intérêts larges de la population dans leur diversité », souligne-t-elle.

La présence d’une opposition au conseil fait également partie de l’idéale démocratique, toujours selon le chercheuses.

Un électeur place son bulletin de vote dans l'urne.

Un électeur place son bulletin de vote dans l'urne.

Photo : iStock

« Le propre de la démocratie, normalement, en fait ça dépend des définitions qu’on a, ce n’est pas tant de chercher à atteindre le consensus que de reconnaitre la conflictualité, affirme Mme Latendresse. Le fait d’avoir des espaces pour délibérer, pour argumenter des visions, permet de co-construire une vision commune qui serait partagée, et non pas consensuelle, mais partagée [ce qui] permet souvent d’arriver avec des solutions, parfois plus intéressantes, plus créatives. »

Une vision partagée par Mme Breux.

Dès qu’il y a un jeu de pouvoir, dès qu’il y a débat, on avance, on fait avancer les idées, les politiques. C’est toujours plus sain d’avoir des débats.

Sandra Breux
Notre dossier sur les élections municipales 2017 au Québec 

Une situation généralisée

La situation se reproduit dans de nombreuses villes du Québec. En 2013, 54 % des conseillers et maires du Québec avaient été élus par acclamation. Une situation qui est toutefois normalement plus caractéristique des municipalités comptant moins de 5000 habitants.

Val-d’Or fait ici exception à la règle.

« Ce chiffre qui est quand même assez élevé est en baisse. C’est-à-dire que si on regarde en 2005, nous étions à 60 % », explique Mme Breux.

On voit quand même que les choses changent petit à petit. L’élection par acclamation, c’est une caractéristique surtout des petites et surtout des très petites municipalités, soit celle de moins de 5000 habitants.

Sandra Breux

Pas assez de médiatisation?

La moins grande couverture de l’actualité politique municipale favoriserait les candidats sortants, selon Mme Breux. « Quand un candidat sortant se présente, c’est plus difficile pour un nouveau venu en politique de se lancer, de se faire connaître. Parce qu’une autre caractéristique de la démocratie municipale au Québec, c’est la présence d’un contexte informationnel déficient », affirme Mme Breux.

Pour Anne Latendresse, les élus doivent mettre en place des initiatives innovantes pour contribuer à l’amélioration de la démocratie, tout en donnant davantage de pouvoirs aux citoyens.

Elle se dit inspirée par le cas de municipalités, d’autres pays, où les élus ont créé des budgets participatifs. Les citoyens sont invités à décider eux-mêmes de certains investissements. « On a eu vraiment une consolidation de la démocratie dans certaines villes où l’expérience a duré plus d’une vingtaine d’années, mentionne Mme Latendresse.

Il faut permettre à la population non seulement de faire entendre sa voix, mais si possible, de prendre part aux prises de décision.

Anne Latendresse

Abitibi–Témiscamingue

Politique municipale