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Pour ne pas oublier Charlize

Image des pieds de Charlize Gaulin sous une couverture

Charlize Gaulin

Photo : Catherine Lord / Fondation Portraits d'Étincelles

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Joanie Plante attendait sa petite Charlize d'un moment à l'autre. Elle était enceinte de 39 semaines. Cette fois, c'était la bonne. Sauf que le matin du 15 mars, elle ne sentait plus son bébé bouger. Joanie était sur le point de perdre son troisième bébé. En cette Journée de sensibilisation au deuil périnatal, la femme de 29 ans accepte de se confier. Parce que Charlize ne doit pas tomber dans l'oubli.

Un texte de Claude Bouchard

Joanie Plante croyait que les mauvaises expériences liées à la grossesse étaient chose du passé. Elle avait déjà vécu une interruption médicale de grossesse à 14 semaines et une fausse couche à 12 semaines. Jamais elle n’avait été enceinte aussi longtemps.

La jeune femme était heureuse de porter la vie à nouveau. Elle a vécu une grossesse parfaite et a eu accès à un suivi médical serré en raison de ses antécédents. Un matin du mois de mars, Joanie Plante a senti que quelque chose n’allait pas.

En déjeunant, je prends mon café. Je la sentais bouger, elle gigotait. Mais là, j’étais comme… Voyons, ça fait longtemps, mettons 45 minutes, que je ne l’avais pas sentie bouger.

Une citation de : Joanie Plante

Joanie et son conjoint, Maxime Gaulin, se sont rapidement rendus à l’hôpital.

On m’a mise sur le moniteur. Avec le doppler, elle cherchait le coeur… Et elle cherchait le coeur.

Une citation de : Joanie Plante
Joanie Plante et son conjoint sont étendus sur leur divan. Il a les mains sur son ventre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Joanie Plante et son conjoint Maxime Gaulin alors qu'elle était enceinte de Charlize

Photo : Genièvre Dugon / Moment Présent Photographie

Le temps s'arrête

C’est finalement le médecin qui a confirmé ce que le couple redoutait tant : la petite Charlize ne verrait jamais le jour.

Après ça, c’est une tempête. Tu ne comprends pas. C’est irréel. Tout était beau. On l’attendait. Puis finalement, la terre s’écroule en dessous de nos pieds.

Une citation de : Joanie Plante

Il ne restait plus qu’à accoucher. Un accouchement particulier où la vie et la mort se sont côtoyées. Joanie Plante était effrayée.

Faites-moi une césarienne. Gelez-moi. Je ne veux pas vivre ça.

Une citation de : Joanie Plante

Finalement, l'expérience s'est avérée positive. « Ça a été une des plus belles choses qui m'est arrivée, tu sais. La mettre au monde. L’avoir sur moi. Pouvoir en profiter », se remémore-t-elle.

Joanie Plante et son conjoint ont passé de longues heures en présence de Charlize. Ils l’ont habillée. Bercée.

Ils ont également eu droit à une séance offerte par la Fondation Portraits d’Étincelles. Ces images, ils en ont des copies un peu partout : à la maison, chez des proches, des impressions et des copies électroniques. C’est précieux.

La Fondation Portraits d’Étincelles propose des séances photo gratuites aux couples qui vivent un deuil périnatal. Le service est offert dans tous les hôpitaux du Québec. Près de 200 photographes bénévoles contribuent à cette initiative. Plus de 300 séances photo ont été réalisées jusqu’à maintenant.

Puis, ils ont dû se séparer de leur fille. « Elle est partie tout doucement avec l'infirmière », se remémore Joanie.

La petite boîte

Boîte qui contient des souvenirs du bébé de Joanie Plante : cheveux, empreintes, tuque, etc.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La boîte remise à Joanie Plante à sa sortie de l'hôpital

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Lorsqu’ils sont rentrés à la maison, tout les ramenait à Charlize : la chaise berçante dans le salon, le parc dans la chambre, etc.

Tu sors de l’hôpital avec une petite boîte de ses souvenirs. Ses petits cheveux, ses empreintes. Ce n’est pas la normalité. Tu es censée sortir avec un bébé.

Une citation de : Joanie Plante

Joanie Plante et Maxime Gaulin ont pu enterrer leur fille. Ils ont organisé une cérémonie. Ils ont aussi planté un arbre.

La chambre de leur bébé est restée intacte. Joanie se rend parfois dans cette pièce décorée avec soin. Retourner dans la chambre qu’elle avait préparée pour sa fille la réconforte.

Parler de Charlize lui fait également du bien. Elle croit qu'il ne faut pas craindre d'aborder la question.

Joanie Plante pose près de la couchette blanche de sa fille. Derrière, on voit le garde-robe rempli de vêtements et de toutous. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Joanie Plante dans la chambre qu'elle avait préparée pour Charlize

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Reconnaître notre fille et nous en parler, ça nous fait du bien. Ça nous apaise. C’est doux.

Une citation de : Joanie Plante

Un endroit pour en parler

Même si la perte de son bébé est survenue il y a sept mois, Joanie Plante n’est pas prête à retourner au travail. Elle est propriétaire d’un salon de coiffure au centre-ville de Rouyn-Noranda.

Pour expliquer ce qu’elle a vécu, elle a préparé un encadré sur lequel on peut lire l’histoire de Charlize. Ce texte suscite la curiosité des clients.

« Les gens sont vraiment, vraiment touchés par cette histoire-là. Surtout les femmes, je dirais », mentionne sa collègue Emie Sirard. Le salon est même devenu propice aux confidences.

Photo de la coiffeuse Emie Sirard dans son salon de coiffure à Rouyn-NorandaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Emie Sirard, coiffeuse salon La Coiffeuse à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

« Il y a des gens qui ont gardé ça tabou aussi. Des femmes qui ont vécu plein de fausses couches et on ne le savait pas. Les gens sont peut-être plus ouverts à nous raconter leur histoire. Peut-être qu’eux aussi, ça leur fait du bien d’en parler », souligne Emie Sirard, qui affiche fièrement la photo de Charlize à son poste de travail.

On veut qu’elle vive un peu à travers tout ça, qu’on ne l’oublie pas.

Une citation de : Emie Sirard

Une perte irréelle

Joanie Plante et son conjoint souhaitent garder vivante la mémoire de leur petite Charlize. Comme bien d’autres parents, ils doivent faire le deuil d’un enfant qui a existé, mais qui a laissé peu de traces.

Pour Anne Brault-Labbé, professeure clinique au Département de psychologie de l’Université de Sherbrooke, il faut reconnaître qu’il s’agit bien de la perte d’un enfant. Qui plus est, la perte d’un bébé pendant la grossesse est, en quelque sorte, intangible.

La perte peut sembler un peu irréelle pour la personne qui vit le deuil et pour l’entourage aussi.

Une citation de : Anne Brault-Labbé
Berceau du bébé de Joanie Plante dans lequel on retrouve un toutou, une fleur, une suce et des couvertures.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le lit de Charlize Gaulin

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Pourtant, elle souligne que pour le parent qui vit cette épreuve, la perte est bien réelle : l'enfant a existé.

La psychologue affirme que la réaction des pères et des mères peut aussi différer. Le deuil périnatal peut solidifier les couples ou les ébranler.

Joanie Plante, elle, a besoin de parler de Charlize. Son conjoint est plus discret. Il n’a pas voulu témoigner pour ce reportage, mais il appuie Joanie dans cette démarche.

Anne Brault-Labbé mentionne également que les parents endeuillés ont besoin de soutien bien au-delà des jours qui suivent la perte d’un bébé.

Souvent, ce qui va se passer, c’est qu’il va y avoir une mobilisation de l’entourage suivant la perte. Mais rapidement, pour tout le monde autour, la vie continue.

Une citation de : Anne-Brault Labbé

La psychologue poursuit en ajoutant que les proches ont parfois de la difficulté à comprendre pourquoi la perte peut affecter les parents aussi longtemps.

« Dans la réalité, dans les faits, la recherche démontre que pour un deuil périnatal, la détresse associée au deuil peut durer plusieurs mois. Et quelques fois, dans quelques circonstances, quelques années », souligne-t-elle.

Sur la porte de la chambre de bébé qui a été décorée par Joanie Plante, on voit une banderole. Il y est inscrit : « Charlize, notre petite étoile. ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La porte de la chambre de Charlize

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Et après?

Joanie Plante hésite quant à l’éventualité d’une nouvelle grossesse. D’un côté, elle ne peut pas s’imaginer vieillir sans avoir la chance de devenir mère. De l’autre, elle craint de vivre la perte à nouveau.

« Je ne veux pas prendre la décision, dit Joanie. Je vais laisser la vie s’en charger. »

Comme bien des femmes avant elle, elle ne pourra tout simplement jamais oublier.

Parles-en à des grand-mères, des arrières-grand-mères. Demande-leur combien elles ont eu d’enfants. Ils sont toujours nommés, les enfants qui sont décédés.

Une citation de : Joanie Plante

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