•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le taux d'infection au VIH continue de croître en Saskatchewan

Le ruban rouge, symbole international de la lutte contre le sida et le VIH.

Photo : iStock

Radio-Canada

Treize mois après avoir demandé au gouvernement de la Saskatchewan de décréter l'état d'urgence pour faire face à la situation préoccupante du VIH dans la province, des médecins de Saskatoon estiment qu'il y a toutes les raisons de s'inquiéter devant la progression de ce virus.

En septembre 2016, le Dr Kris Stewart était l'un des 31 médecins de la province qui avaient fait une déclaration publique, pour demander à la province une action concrète pour les soutenir dans leur travail. Ces médecins craignaient que ce fléau ne dépasse leur capacité d'agir en Saskatchewan.

Ce groupe de médecins révélait alors que le taux d'infection provincial en 2015 était deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Des chiffres préliminaires de la province indiquent qu'il y aurait eu 170 nouveaux cas en Saskatchewan en 2016, soit une hausse de 10 % par rapport à 2015. Le taux d'infection au virus du sida en Saskatchewan serait maintenant deux fois et demie plus élevé que partout ailleurs au pays, selon ce médecin.

De 2007 à 2016, le nombre de patients saskatchewanais devenus séropositif par drogue d'injection est passé de 49 % à 79 %. Ces patients représentaient d'ailleurs 60 % des nouveaux cas recensés l'an passé.

Le Dr Kris Stewart à ses bureaux de Saskatoon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Kris Stewart est toujours déçu que la province n’ait pas déclaré l’état d’urgence en septembre 2016 face à la progression du taux de VIH en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Albert Couillard

Le Dr Kris Stewart souligne d'ailleurs qu'à elle seule l'Autorité de santé Sunrise à Yorton a fait face à 18 nouveaux cas de patients infectés par le VIH en 2016, soit une augmentation de 800 % des cas en un an. Une situation qu'il attribue à une épidémie locale reliée à l'utilisation de drogues injectables.

Pas besoin d'un état d'urgence, estime la province

Le gouvernement de la Saskatchewan indique pour sa part que la déclaration d'un état d'urgence en septembre 2016 n'aurait amené aucune mesure supplémentaire en vertu de la Loi sur la santé publique et, par conséquent, aucun changement dans son plan actuel de lutte contre le VIH.

Le ministère de la Santé reconnaît que le taux de VIH est un problème grave en Saskatchewan, ajoutant que la province verse près de 4 millions de dollars annuellement depuis 2010 dans la prévention, le dépistage et le traitement de ce virus.

Le Dr Stewart admet qu'il y a eu des progrès au cours de la dernière année, un changement de ton dans les discussions avec la province, qualifiant même les gens du gouvernement de partenaires solides dans cette lutte.

Toutefois, à son avis, la province en a fait trop peu en matière de déploiement de ressources. Les 4 millions de dollars versés annuellement depuis sept ans n'ont jamais été majorés, malgré l'inflation. En effet, le Dr Stewart souligne que, en prenant en compte la hausse des prix, il s'agit d'une diminution des sommes injectées.

Le fait que la province n'ait jamais déclaré l'état d'urgence réclamé par ce groupe de médecin en septembre 2016 est toujours difficile à accepter, affirme le Dr Stewart : « Nous sommes déçus. Je pense même que, sur le coup, nous étions très frustrés. »

La solution de Mike Pence dans l'Indiana

Le Dr Kris Stewart affirme que lui, tout comme beaucoup de ses confrères, souhaite toujours que la Saskatchewan traite ce dossier comme une réelle situation d'urgence et non pas seulement comme un problème grave.

Beaucoup de patients séropositifs, dit-il, surtout dans le nord de la province ne sont pas décelés à temps et, comme ils ne reçoivent pas de traitement, les risques de transmettre le virus augmentent, surtout entre utilisateurs de drogues injectables.

Sans préciser à quel endroit de la province elle se trouve, le Dr Stewart affirme qu'une de ses collègues est très inquiète pour cinq de ses patients. « Elle pense à cinq personnes dont elle prend soin qui vont probablement mourir au cours des prochains mois. »

Le médecin croit que le gouvernement provincial aurait tout avantage à s'inspirer de ce qu'avait fait le vice-président des États-Unis, Mike Pence, alors qu'il était gouverneur de l'Indiana et que son État, en 2015, faisait face à la plus grande crise de VIH de son histoire. « Dans l'Indiana, la situation a mobilisé le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies d'Atlanta. Des millions de dollars ont été injectés dans un État très conservateur. »

« À cette époque et à cet endroit dans le monde [en Saskatchewan] nous devrions faire mieux que cela, conclut le Dr Stewart, et nous ne le faisons pas. »

Un devoir de citoyen, croit le chef Felix Thomas

Le chef du Conseil tribal de Saskatoon (STC), qui était partenaire de la déclaration publique du groupe de médecins de la province en septembre 2016, est catégorique. Il faut une action concertée de la population en ce sens, dit-il. « Il faut que les citoyens de Saskatoon et de la Saskatchewan parlent à leurs élus. Plus on attend, plus le problème sera compliqué », ajoute-t-il.

Le chef du Conseil tribal de Saskatoon, Felix Thomas.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Felix Thomas, le chef du Conseil tribal de Saskatoon, estime que les citoyens de la province doivent davantage prendre conscience de la situation du VIH en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Albert Couillard

Le chef du Conseil tribal rappelle qu'un de ses souhaits est toujours d'avoir un centre d'injection supervisée à Saskatoon.

Saskatchewan

Santé publique