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Tailler des diamants, un travail de prestige

Le reportage de la Fureteuse fransaskoise Lyssia Baldini
Radio-Canada

« Ça coûte cher si tu manques ton coup. [Travailler avec les diamants] c'est stressant, très stressant mais j'aime mon travail », lance Gerard St-Louis. Le Mauricien d'origine est tailleur et polisseur de diamants depuis plus de 30 ans, dont 15 au Canada. Sa spécialité : tailler le haut du diamant, la couronne.

Un texte de la Fureteuse fransaskoise Lyssia Baldini

La carrière de Gerard a pris un tournant lorsqu'il a quitté son pays pour s'établir à Yellowknife, dans les Territoires-du-Nord-Ouest.

Il y a travaillé dans plusieurs compagnies et rencontré Mike Botha, un des tailleurs de diamants les plus renommés d'Amérique du Nord. Gerard l'a d'ailleurs suivi à Prince Albert quand il a ouvert son atelier, Embee Diamonds.

Un homme tient d'une main une loupe et dans l'autre un appareil qui tient un diamant. L'homme examine le diamant.Gerard tient dans ses mains une princesse, un diamant carré qui aura 37 facettes. Chaque facette sera taillée à la main avec un disque en métal, composé de colle et de poudre de diamant. Photo : Radio-Canada / Lyssia Baldini

Il n'est pas le seul Mauricien dans l'équipe de Mike. Ginaud Cotte taille et polit aussi des diamants, mais il se spécialise dans la base du diamant, la culasse. Une compagnie de production de diamants de Yellowknife l'a recruté comme formateur alors qu'il vivait toujours sur l'île Maurice.

Deux hommes examinent des diamants à leur bureau de travail.Les deux Fransaskois d'origine mauricienne, Gerard (à g.) et Ginaud (à dr.) sont heureux de travailler aux côtés de Mike Botha sur une gamme de diamants à la coupe originale, Sirius Star. Photo : Radio-Canada / Lyssia Baldini

Ginaud a aussi travaillé pour Tiffany, toujours à Yellowknife, mais le bureau a fermé ses portes en 2003. Le coût de la vie élevé l'a alors poussé à se rendre à Montréal, mais il y avait peu de travail dans sa spécialité dans la métropole. En 2009, il a pris la route pour Prince Albert quand Mike Botah lui a offert un emploi dans son nouvel atelier.

PRINCE ALBERT

Au début de la soixantaine, Mike Botha s’établit à Prince Albert pour y créer Embee Diamond. La passion du Sud-Africain pour la taille de diamants n'est pas apparue d'un seul coup, mais s'est plutôt développée graduellement. Jeune adulte, il travaille pour le gouvernement dans son pays natal, mais après un an, il n'en peut plus.

« Je ne suis pas un bureaucrate, j’ai besoin de travailler dans le concret, faire un travail de précision », raconte-t-il. Sa mère lui suggère alors d’essayer le taillage des diamants, un domaine qui n'était pas étranger à sa famille.

Un homme examine un diamant à l'aide d'une loupe.  Plusieurs instruments sont accrochés sur le bord d'un bureau.Mike Botha a voulu révolutionner la coupe et la forme des diamants, qui étaient jusqu'à récemment assez classiques. Photo : Radio-Canada / Lyssia Baldini

Précision et esprit scientifique

En 1967, Mike Botha débute comme assistant. On lui dit quoi faire sans plus de précisions. Observateur, il constate en taillant les diamants que ceux-ci ont des côtés plus durs et d’autres moins, mais personne ne peut lui expliquer pourquoi.

Trois ans plus tard, Mike obtient son diplôme. Il se met alors à faire des recherches, il travaille avec des géologues de plusieurs universités et avec l’American Gem Society, un institut de classification de pierres précieuses, pour trouver des réponses à ses questions.

Sa passion ne cesse de croître et quand il réussit à démystifier la structure atomique du diamant, Mike acquiert le plus grand respect pour cette pierre précieuse.

C’est mon hobby, c’est ma vie, c’est ce que j’aime faire et ça fera toujours partie de moi.

Mike Botha, propriétaire d'Embee Diamonds et tailleur de diamants

Structure atomique

Si un diamant est si dur, c’est parce que ses atomes de carbone sont disposés d’une certaine façon et qu'ils sont très près les uns des autres. Chaque atome est relié à quatre autres atomes pour créer une pyramide à quatre faces.

Structure atomique d'un diamant, une image de face et l'autre de côtéStructure atomique du diamant Photo : Radio-Canada

Le diamant est plus faible entre ses points de contact. C'est donc là que les tailleurs font leurs coupes, leur taillage.

Disons que Mike a vulgarisé ses connaissances, car c’est un peu plus complexe que ça, mais on comprend bien l'idée!

Exploration

La passion de Mike et sa réputation l’ont amené un peu partout dans le monde, entre autres à Maurice, en Russie et finalement au Canada.

D'abord Vancouver, puis Yellowknife accueillent l’expertise de Mike Botha. Il a entre autres travaillé pour le ministère de l’Éducation, de la Culture et de l'Emploi des Territoires-du-Nord-Ouest en tant qu’officier de certification pour l’industrie du diamant.

Un cadre est accroché sur un mur.  Sous le verre, il y a une photo de Mike Botha recevant un prix et quelques articles de journaux.Mike Botha s'est beaucoup impliqué dans l'industrie du diamant. Son innovation et le partage de ses connaissances lui ont valu entre autres le prix Yves-Landry. Photo : Radio-Canada / Lyssia Baldini

Il a aussi été à la tête du programme de taillage de diamants du Collège Aurora pendant six ans. Il y a mis au point des cours de perfectionnement, qui lui ont valu le prix Yves-Landry pour l’excellence en innovation en matière de formation.

Il s'est installé à Prince Albert en 2009.

C’est une belle petite ville où il fait presque 6 degrés de plus en moyenne qu’à Yellowknife. C’est comme les Tropiques!

Mike Botha, tailleur de diamants

Mike rigole et m'explique la vraie raison : « La ville est située dans un bon secteur pour la production de diamants et un gros projet de mine est aussi prévu. Alors je me suis dit que peut-être je pourrai avoir un rôle dans l’industrie des diamants en Saskatchewan. »

Peu de temps après son arrivée, son fils, Evert, lui a rendu visite à Prince Albert et a vu une occasion précieuse. Il pensait que son père devait faire grandir l’entreprise. Il s'est joint à son père et à sa mère, Susanna, éternelle complice, et est devenu chef d’exploitation et responsable de la commercialisation, de la vente et de l’embauche.

Six hommes sont debout pour faire une photo de groupe, dans l'atelier de travail.L'équipe de tailleurs et polisseurs de diamants à Embee Diamonds. De g. à dr. : Ginaud, Roland, Evert Botha, Mike Botha, Conrad et Gerard Photo : Radio-Canada / Lyssia Baldini

L' équipe d'Embee Diamonds comprend quatre autres employés : les deux Mauriciens Gerard et Ginaud, et deux Sud-Africains, Roland et Conrad.

Voici en images les étapes de transformations d'un diamant brut.

Mike Botha : virtuose du diamant

Les recherches intensives et des collaborations fructueuses ont permis à Mike Botha de comprendre la relation entre la lumière et sa réfraction au travers du diamant. Son prochain défi était de créer une nouvelle coupe et des diamants uniques. Fruit de son travail de 2002 à 2008, sa série de diamants Sirius Star était lancée officiellement en 2009, les diamants les plus scintillants et brillants du monde.

Sirius Star, la série de diamants la plus brillante et scintillante au monde

Le premier Sirius Star a 80 facettes. Aujourd'hui, la série se décline en versions de 80, 88 et 100 facettes. Ce qui fait la particularité des Sirius Star, c'est qu'ils possèdent plus de facettes sur leur culasse que sur leur couronne, ce qui produit plus de réflexion de lumière.

La belle derrière la bête : l'histoire

En 2015, Mike Botha a été invité à Little Rock, en Arkasas, aux États-Unis, pour travailler sur le diamant Esperanza, un énorme caillou qui, au départ, semblait sans valeur.

Un diamant à la forme ovale est déposé sur un tissus noir.Version finale du diamant Esperanza. Mike Botha a façonné le diamant de 8,52 carats en forme de larme avec 147 facettes. Au final, Mike aura travaillé 100 heures pour la coupe et 80 heures pour la finition, le polissage. Photo : Embee Diamonds

C'est dans le cratère d'un parc national en Arkansas que Bobbie Oskarson a trouvé la pierre. Au Crater of Diamonds State Park, les touristes peuvent garder tout ce qu'ils trouvent. C'est ce que l'Américaine a fait. Elle a ensuite découvert qu'elle était tombée sur un diamant presque parfait, le cinquième en taille trouvé sur les lieux jusqu'à ce jour. Elle a fait appel aux services de Mike pour lui donner tout son éclat. C'est devenu le préféré du grand tailleur.

Le diamant n'a pas encore été vendu aux enchères, mais son prix devrait varier entre 250 000 $ et 1 million.

L'Esperanza n'est toutefois pas le plus gros diamant que Mike a fait briller. Un diamant de 60 carats, tiré d'une pierre de 300 carats provenant du Brésil, a été le plus gros de sa carrière.

Saskatchewan

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