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L’indépendantisme catalan risque-t-il de faire des petits?

Radio-Canada

Les Catalans ne sont pas les seuls Européens à réclamer une plus grande autonomie pour leur région. Plusieurs pays qui font face à des mouvements d'indépendance y répondent de façon plus ou moins positive. Tour d'horizon.

Un texte de Ximena Sampson

Selon le décompte de l’Alliance libre européenne (EFA), qui regroupe 45 partis progressistes nationalistes, régionalistes et autonomistes présents dans 18 États européens, il y a plus d’une vingtaine de régions qui exigent une plus grande indépendance et le droit à l’autodétermination. Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle donne une bonne idée des territoires où des minorités souhaitent plus de droits.

 

Ça va de l’Écosse à la Sardaigne en passant par la Bretagne ou les îles Féroé.

Leurs demandes sont très variables. Certains veulent le transfert de davantage de compétences à un niveau local, alors que d’autres réclament la révision de la structure de l’État central et d’autres encore revendiquent carrément l’indépendance.

Différents degrés d’autonomie

Des jeunes tiennent des pancartes sur lesquelles est écrit : « Non, merci ».Au lendemain du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, des partisans du Non célèbrent les résultats à Édinbourg. Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

Outre la Catalogne, seule l’Écosse a déjà tenu un référendum sur son indépendance, en septembre 2014, qui s’est soldé par un appui au non de 55 %.

Dans une dizaine d’autres pays, des partis politiques réclamant plus de pouvoirs pour les régions sont représentés dans les Parlements régionaux ou nationaux.

Ces partis nationalistes sont particulièrement forts en Flandre ainsi qu’au Pays basque espagnol.

Cependant, on voit de plus en plus de demandes d’autonomie accrue plutôt que d’indépendance, constate Vincent Laborderie, maître de conférences à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. « L’indépendantisme, ça devient de plus en rare », affirme-t-il.

En Belgique, par exemple, les revendications des Flamands et des Wallons ont permis aux régions d’obtenir de plus grandes compétences au fil des ans. L’indépendance est donc moins d’actualité qu’il y a quelques années, même si le principal parti séparatiste (la N-VA) n’entend pas y renoncer. Il dit suivre maintenant la stratégie de « l’évaporation », qui consiste à gérer en douceur la séparation.

Les Basques ont déjà obtenu, eux aussi, une grande autonomie vis-à-vis de Madrid, après plusieurs décennies de terrorisme.

« Depuis la fin de la lutte armée, le Pays basque est plutôt dans une optique de ressouder la société […] On a mis les demandes indépendantistes, et même autonomistes, sous l’éteignoir », affirme Vincent Laborderie.

La plupart des mouvements nationalistes ou régionalistes ne demandent pas l'indépendance, mais une autonomie accrue.

Vincent Laborderie, maître de conférences à l’Université catholique de Louvain
Des manifestants tiennent des pancartes qui disent « Amnistie » et « Statut de résident ».Des centaines de personnes ont manifesté à Ajaccio le 13 juin 2015 pour réclamer plus d'autonomie pour la Corse. Photo : Getty / PASCAL POCHARD CASABIANCA

En Corse également, après des années de lutte armée, le Front de libération nationale corse (FLNC) a déposé les armes en 2014. Si des revendications demeurent, l’objectif n’est plus l’indépendance, mais une plus grande autonomie, notamment un élargissement des compétences en matière fiscale.

Quant à la Bavière, la fièvre indépendantiste est retombée au fil des ans, même si de récentes élections ont signalé un certain retour des idées autonomistes.

Des velléités indépendantistes

Il existe en Europe des dizaines d’autres mouvements qui demandent plus d’autonomie pour leurs régions respectives ou une meilleure reconnaissance des minorités, souligne Daniel Turp, président de l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) et professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal.

C’est notamment le cas en Andalousie, en Bretagne, en Savoie, en Alsace, et en Cornouailles, entre autres.

Ce sont avant tout des raisons historiques qui sous-tendent cette persistance du nationalisme (ou montée de l’autonomisme), croit M. Turp.

Il y a des États qui étaient indépendants auparavant et qui ont perdu ce statut. Le refus des États dont ils font maintenant partie de les reconnaître comme nation […] amène les peuples à revendiquer davantage d’autonomie puis, s’ils ne l’obtiennent pas, à envisager l’indépendance.

Daniel Turp, président de l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales

Plusieurs raisons expliquent ces demandes d’autonomie, croit pour sa part Vincent Laborderie.

« Il y a l’argumentaire culturel classique, qui se base sur une différence linguistique, ethnique et parfois religieuse », soutient-il. « Se greffe là-dessus un argumentaire économique : les régions riches ne veulent pas payer pour les pauvres […] Puis, il y a un autre argumentaire politique, de plus en plus important, qui consiste à dire que, par ses différences culturelles, la région en question vote d’une certaine manière, mais hérite d’une autre politique, parce que le pays dans lequel elle se trouve vote d’une autre manière. »

« Ce qui fait le succès des nationalismes aujourd’hui, c’est quand ces trois arguments arrivent à s’aligner et à être cohérents », conclut le chercheur.

Le référendum catalan pourrait-il avoir un effet domino sur d’autres régions?

Des acrobates prennent par à une manifestation colorée à Barcelone.Manifestation à Barcelone avant le référendum du 1er octobre sur l'indépendance de la Catalogne Photo : Getty Images / Pau Barrena

C’est ce que craignent les États européens et ce qui explique leur réticence à condamner la réponse musclée de Madrid.

C’est aussi par crainte d'un effet en cascade que l’État espagnol, qui fait face à plusieurs autres nationalismes (basque, andalou, galicien, etc.) se montre si peu enclin à discuter avec les Catalans.

À l’inverse, la plupart des pays européens ont opté jusqu’à maintenant pour des méthodes plus douces.

« Ce qui se passe en Espagne est plutôt l’exception par rapport à ce qu’on voit en Europe », croit Vincent Laborderie. « Les gouvernements centraux ont tendance à accepter les demandes. Ils ne disent pas oui à tout, mais au moins, ils sont conciliants. »

Il y a des débats qui ne sont pas faciles, mais des blocages comme en Espagne, c’est assez rare.

Vincent Laborderie, maître de conférences à l’Université catholique de Louvain

Daniel Turp ne s’inquiète pas d’un éventuel effet d’entraînement sur d’autres régions.

« C’est une crainte non fondée », soutient-il. « On a donné aux Québécois la possibilité de décider. Qu’est-ce qu’ils ont fait? Ils ont voté non deux fois. Même chose en Écosse. »

Par contre, l’attitude de Madrid est contre-productive, croit-il.

« On ne devrait pas avoir peur de la démocratie ni du droit de décider, parce que refuser au peuple le droit de décider, ça a comme conséquence ce qui est en train de se passer en Catalogne : on convainc les gens que l’indépendance est la meilleure solution. »

 Catalogne : vers une rupture avec l'Espagne?  

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