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Écoles : la malédiction du secondaire francophone

Une élève peint seule dans une classe d'arts plastiques à l'École Sainte-Marguerite-Bourgeoys à Calgary.

En Alberta, il y a trois fois moins d'élèves en 12e année qu'en maternelle, un défi pour les conseils scolaires.

Photo : Radio-Canada / Jocelyn Boissonneault

Radio-Canada

La question taraude les conseils scolaires en Alberta, comme dans toutes les provinces où le français est minoritaire. Pourquoi les jeunes désertent-ils le secondaire de second cycle dans les écoles francophones? Même si des solutions ont été mises en place au cours des dernières années, la formule pour endiguer cette fuite n'a pas encore été trouvée.

Un texte de Tiphanie Roquette

Nicole Lorrain ne peut être accusée de renier la francophonie. Cette candidate aux élections scolaires est membre du conseil Centre-Nord depuis plusieurs années, mais cette année, son fils est inscrit dans une école anglophone.

« Mon garçon est un musicien. Le programme de fanfare, c’est tout ce qu’il voulait », explique Mme Lorrain. À sa connaissance, l’École francophone La Prairie, à Red Deer, allait annuler sa fanfare cette année. La famille a donc dû faire un choix difficile au cours de l'été.

Ça a causé de la grosse peine chez nous.

Nicole Lorrain, mère d'un enfant inscrit dans une école anglophone

« Il aurait été le premier à être finissant d’une école francophone et puis, il adore la petite école. [...] Ça a été une grosse décision à prendre », dit Mme Lorrain.

Elle n’est pas seule à faire ce choix, parfois difficile, parfois évident. C’est comme une malédiction pour les écoles francophones. Les inscriptions croient à l’élémentaire, mais lorsque vient le temps du secondaire, les classes se réduisent à peau de chagrin.

Une classe de secondaire avec six élèves parle à leur enseignant.

Comme dans de nombreuses autres provinces, les classes de secondaire francophone ont dû mal à retenir leurs élèves.

Photo : Radio-Canada

L’année dernière, 874 enfants étaient inscrits en première année francophone en Alberta. Ils n’étaient plus que 275 en 12e année, trois fois moins.

La Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta a fait de la fidélisation au secondaire une priorité. Elle veut engager des consultants pour comprendre les raisons de ces départs.

Un cercle vicieux

« Les raisons, il y en a quasiment autant qu’il y a d’élèves qui partent », croit Marc Dumont, le directeur général du conseil scolaire Centre-Est qui a conduit des entrevues de sortie.

Dans les zones urbaines surtout, les écoles anglophones font concurrence aux établissements souvent plus étroits et moins modernes. Les options offertes au secondaire de second cycle sont moins nombreuses.

Plusieurs pieds d'élèves dans une école francophone.

Les écoles francophones sont souvent plus petites que les établissements anglophones.

Photo : Radio-Canada

Difficile, cependant, de revendiquer plus de financement quand les chiffres ne sont pas au rendez-vous. « Quand il n’y a pas beaucoup d'élèves, c'est difficile d'offrir des programmes de sport et parce qu’on n'offre pas de sport dans toutes les écoles, les élèves partent », déplore M. Dumont.

C'est un peu la situation de la poule et de l'oeuf.

Marc Dumont, directeur général du conseil scolaire Centre-Est

C’est en partie ce qui a décidé la fille de Charles Gauvin à quitter l’école francophone en 10e année. Elle souhaitait suivre un programme international, offert seulement du côté anglophone.

« On s’est un peu tiré dans le pied »

Et puis, après une dizaine d’années avec les mêmes camarades, les deux aînés de Charles Gauvin avaient le goût d'une école secondaire similaire à celle de leurs voisins anglophones. « Nos deux enfants ont beaucoup aimé leur école francophone et leur cheminement, mais ils désiraient une autre expérience », explique M. Gauvin.

Marc Dumont avoue que les écoles payent un peu des choix passés. Les classes de secondaires ont souvent été ajoutées aux classes élémentaires pour obtenir plus facilement du financement provincial. Finalement, certains élèves passent plus de 13 ans dans les mêmes bâtiments.

Photo de Marc Dumont, le DG du conseil scolaire Centre-Est avec la citation suivante: 'si tu veux une blonde ou un chum, tu vas voir ailleurs.'

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Photo : Radio-Canada

Collaborer pour garder les élèves

Le directeur général du conseil scolaire FrancoSud, Daniel Therrien, croit qu'il faut plus de travail pour communiquer les succès de l’école francophone aux parents le plus tôt possible. La situation s'améliore cependant, selon lui. Les secondaires ont presque doublé en cinq ans.

Les francophones du sud de la province obtiennent de plus en plus de nouveaux édifices qui font le poids face à l'offre anglophone. « L'infrastructure vient changer le portrait du secondaire, nous permet de retenir davantage et d'offrir aussi une programmation beaucoup plus variée », indique-t-il.

L’an dernier, un secteur professionnel a été créé à l’École Sainte-Marguerite-Bourgeoys, à Calgary, pour offrir de nouvelles options aux élèves du secondaire. Les cours de mécanique, de soudure ou de cuisine rassemblent des jeunes de trois établissements différents.

Un élève scie du une feuille de métal.

Des cours de soudure sont offerts dans une école francophone de Calgary pour tenter de garder les élèves au secondaire.

Photo : Radio-Canada / Jocelyn Boissonneault

Le conseil veut aussi offrir des cours d’été pour maintenir le lien avec la francophonie toute l’année.

Nicole Lorrain a aussi essayé à Red Deer. Avec le conseil Centre-Nord, elle a tenté d’établir des partenariats pour que les élèves francophones puissent suivre des cours à option dans les établissements anglophones. L’initiative est tombée à l’eau à cause du financement. « Il va falloir revendiquer au niveau du ministère et obtenir l’appui des parents », croit Mme Lorrain.

« Il faut aller chercher les tripes »

Les conseils scolaires creusent aussi du côté de l’identité de ces jeunes. Poser la question de la raison pour laquelle ils désertent les écoles francophones, c’est aussi se demander pourquoi certains restent.

Pour une élève de Sainte-Marguerite-Bourgeoys à Calgary, Anne Wang, la réponse est évidente.

Photo de l'élèves Anne Wang avec la citation suivante: 'Pour moi, parler en français, c'est très important.'

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Photo : Radio-Canada

En 11e année, Jean-Philippe Bustos a imposé son choix de la francophonie à sa mère, qui s’inquiétait de son niveau d’anglais. « Je suis né au Canada. C’est la première langue que j’ai apprise », affirme-t-il.

Photo de l'élève Jean-Philippe Bustos avec la citation suivante: 'Pour moi, c'est ma langue'

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Photo : Radio-Canada

Le conseil FrancoSud explore les manières de pouvoir donner une voix à ces jeunes.

Le directeur de Centre-Est, Marc Dumont, est d’accord. « Il faut aller au-delà de voir le français comme quelque chose d'utile pour obtenir un emploi plus tard et aller creuser les tripes », dit celui qui avoue ne pas avoir encore trouvé la formule miracle.

Alberta

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