•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Crise des opioïdes : près de 2000 hospitalisations de bébés en un an

Les bébés qui naissent avec une dépendance aux opioïdes
Radio-Canada

Des pleurs et des cris stridents persistants, le refus de boire et de dormir : Emma n'agissait « pas comme les autres » bébés après sa naissance, raconte sa mère. La petite était en manque de drogue, une dépendance liée à la consommation d'opioïdes de sa mère durant la grossesse.

Un texte d'Annie Poulin et de Michel Bolduc

Emma, qui a aujourd'hui 13 mois, est du nombre des centaines de nouveau-nés qui ont été hospitalisés l'an dernier au Canada à cause du syndrome de sevrage néonatal (SSN) alors que le pays fait face à une crise des opioïdes.

Courtney Castonguay tient son bébé, Emma, dans ses bras à l'hôpital.Courtney Castonguay et Emma à l'hôpital alors qu'elle était bébé. Photo : Gracieuseté : Courtney Castonguay

Du 1er avril 2016 au 31 mars 2017, l'Institut canadien d'information sur la santé a répertorié 1846 hospitalisations pour le syndrome de sevrage du bébé dans l'ensemble des provinces canadiennes, à l'exception du Québec.

Plus de la moitié des cas étaient en Ontario, où il y a eu 988 hospitalisations l'année dernière.

 

Le ministère de la Santé du Québec compile ses données séparément. Ses statistiques de 2016-2017 n'étaient pas disponibles au moment d'écrire l'article.

L'histoire d'Emma

La mère d'Emma, Courtney Castonguay, avait 20 ans lorsqu'elle est tombée enceinte.

Durant sa grossesse, elle consommait de l'hydromorphone et du fentanyl, des drogues que lui fournissait son ex-copain. « Je savais que c'était mauvais, mais ce n'était pas une priorité », raconte-t-elle. « J'étais dans un tourbillon et rien d'autre ne comptait. »

La jeune femme a caché sa dépendance à sa famille et aux médecins durant toute sa grossesse.

Courtney Castonguay témoigne du sevrage de sa fille.Courtney Castonguay consommait des opioïdes depuis deux ans lorsqu'elle est tombée enceinte. Elle a caché sa dépendance durant toute sa grossesse. Photo : Radio-Canada / Mehrdad Nazarahari

Après l'accouchement, c'est la crainte de voir mourir sa fille qui l'a finalement poussée à parler. « Je me sentais comme la pire mère du monde. [Ma fille] souffrait et c'était à cause de moi. »

Emma a dû passer un mois et demi à l'hôpital.

Les opioïdes traversent la barrière placentaire et influencent certains aspects du développement du fœtus. Principales séquelles possibles : retard de croissance intra-utérin, fausse couche, enfant mort-né, accouchement prématuré, faible poids à la naissance, symptômes de sevrage dans 60 % à 95 % des cas , syndrome de la mort subite du nourrisson, transmission de virus si la drogue est injectée  avec une seringue.Agrandir l’imageOpioïdes et grossesse : conséquences pour le fœtus et l'enfant Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon

Un an plus tard, Emma a finalement un poids normal, raconte sa mère.

Courtney Castonguay, elle, est sobre depuis huit mois. Elle a voulu partager son expérience pour sensibiliser le public au fléau des opioïdes.

Maintenant qu'elle a obtenu son diplôme d'études secondaires, elle planifie de retourner à l'école pour travailler par la suite comme conseillère auprès des toxicomanes.

L'emprise des opioïdes

Les femmes enceintes ne devraient pas arrêter brusquement de prendre des opioïdes, dit la Dre Maya Nader.

La Dre Maya Nader se spécialise dans les soins aux femmes enceintes toxicomanes à l'hôpital St. Michael's de Toronto. Les cas sont variés, raconte-t-elle, allant des femmes qui prennent des drogues illégales dans la rue à celles qui consomment des médicaments antidouleurs sur ordonnance.

Le problème, c'est qu'il y a beaucoup de femmes qui se font prescrire des opioïdes et qui tombent enceintes sans le savoir. Je pense que les médecins en général prescrivent beaucoup d'opioïdes.

Dre Maya Nader, médecin de famille

En mai dernier, l'agence Qualité des services de santé Ontario avait conclu qu'un Ontarien sur sept s'était prévalu d'une ordonnance d'opioïdes durant l'année financière 2015-2016.

Le fentanyl est 80 à 100 fois plus puissant que la morphineAgrandir l’imageLes dangers du fentanyl. Photo : Radio-Canada

Un fardeau pour les hôpitaux

À Hamilton, l'unité des soins intensifs du centre hospitalier St. Joseph's a un total de 15 lits pour les nouveau-nés. L'été dernier, jusqu'à six lits en même temps ont été occupés par des nourrissons en sevrage, selon l'hôpital.

Les explications de Sébastien St-François

Sarah Simpson, la travailleuse sociale qui offre des services aux familles, explique que le nombre de cas s'est multiplié ces dernières années.

Il y a 10 ans, on voyait un bébé en sevrage tous les six mois. Maintenant, en tout temps, il y en a normalement de deux à cinq.

Sarah Simpson, travailleuse sociale à l'hôpital St. Joseph's à Hamilton

L'hôpital explique que ces nouveau-nés doivent recevoir énormément d'attention du personnel; ils requièrent aussi des endroits calmes avec un éclairage tamisé.

« Nous aimerions mettre sur pied une unité semblable au programme Fir Square en Colombie-Britannique », explique Sarah Simpson. « Ils ont une unité séparée où les parents et le bébé peuvent rester en tout temps. Les parents aident ainsi à administrer les médicaments. »

Elle souligne que ce genre de service permettrait aussi de libérer des lits à l'unité de soins intensifs pour les autres nouveau-nés.

À l'heure actuelle, les bébés souffrant du syndrome de sevrage néonatal reçoivent le plus souvent de la morphine pour amenuiser les symptômes de dépendance. La dose est réduite graduellement pour sevrer l'enfant.

Une solution ontarienne?

Le ministre de la Santé de l'Ontario, Eric HoskinsLe ministre de la Santé, Eric Hoskins, dit que les experts ontariens tentent d'identifier pourquoi il y a un plus grand taux d'hospitalisation en Ontario. Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic

Le ministre de la Santé de l'Ontario, Eric Hoskins, promet de se pencher sur la pertinence de créer un programme spécialisé dans sa province, comme celui qui existe en Colombie-Britannique. « En tant que ministre de la Santé, je suis le premier à vouloir voler les bonnes idées des autres. »

La consommation d'opioïdes est en hausse en Ontario, mais le ministre ignore pourquoi le taux de sevrage du nourrisson est si élevé dans sa province comparativement au reste du Canada.

« Nos professionnels de la santé, nos chercheurs essaient précisément de comprendre pourquoi il y a une prévalence [plus importante] dans la province par rapport aux autres », affirme-t-il.

Il ajoute que le Conseil provincial de la santé de la mère et de l'enfant, une agence ontarienne, a pour mission de se pencher sur ce type de problèmes.

Au Québec, le nombre de cas est « stable depuis une dizaine d'années », indique le ministère québécois de la Santé, qui développera néanmoins « un indicateur de surveillance afin de suivre, dans le temps, les hospitalisations survenant dans la première année de vie. »

Infographies de Vincent Wallon

Toronto

Drogues et stupéfiants