•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Québec établira à 18 ans l'âge légal pour consommer de la marijuana

Ottawa a l'intention de légaliser l'utilisation récréative de la marijuana le 1er juillet 2018

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Radio-Canada

L'âge légal pour fumer du cannabis sera fixé à 18 ans au Québec, a décidé le gouvernement libéral de Philippe Couillard après de longues discussions avec son caucus.

Un texte de Davide Gentile

Cette mesure viserait à éviter que les jeunes consommateurs ne continuent à acheter du cannabis sur le marché noir.

Le premier ministre avait annoncé ses couleurs plus tôt cette semaine. Il avait ridiculisé la proposition de la Coalition avenir Québec de fixer l'âge minimal à 21 ans.

C'est de l'âge de 16 à 21 ans qu'on compte la proportion la plus élevée de personnes qui consomment du cannabis.

Des sources expliquent que fixer l'âge minimal à 21 ans aurait en conséquence entraîné une importante répression policière auprès de nombreux consommateurs.

Impact sur la santé mentale

Une partie des élus souhaitait que l'âge minimal pour acheter de la marijuana soit fixé à 19 ans ou à 21ans.

Ce groupe se rangeait derrière les arguments de la majorité des médecins. Par exemple, les psychiatres québécois souhaitent que l'âge minimal soit fixé à 21 ans.

Parce que le cerveau se développe jusqu'à l'âge de 25 ans, ils craignent l'impact de la consommation de cannabis sur la santé des jeunes. Le cannabis aurait un rôle déterminant dans l'apparition de psychoses chez les jeunes qui ont une prédisposition génétique. Cependant, un majorité de spécialiistes en santé publique, comme les criminologues, ont souhaité que l'âge minimal soit établi à 18 ans.

La décision de l'Ontario de légaliser le cannabis à 19 ans rendait plus difficile toute volonté du Québec de porter l'âge légal à 21 ans.

Selon Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé en psychoéducation à l'Université de Montréal, la décision de Québec d'autoriser le cannabis à 18 ans est la bonne. « De 18 à 21 ans, c'est là que l'on retrouve le plus grand nombre de consommateurs. Si c'est interdit pour ces personnes-là, on maintient le crime organisé, le marché illégal, en place. C'est le statut quo [...] on envoie ces jeunes-là directement dans le marché noir. »

Une structure chapeautée par la SAQ

La vente du cannabis devrait être assurée par une société d'État. Des sources indiquent que le gouvernement penche pour une structure qui serait chapeautée par la Société des alcools du Québec (SAQ).

Le nombre de succursales reste à déterminer. Ici encore, on souhaiterait atteindre un équilibre dans le but de combattre le marché noir, tout en évitant de faire la promotion du cannabis.

Le gouvernement n'aurait pas écarté l'idée de laisser une place au secteur privé.

Les revenus découlant de sa vente seraient canalisés vers la prévention.

La ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, devrait déposer sous peu un projet de loi portant sur la légalisation du cannabis.

Profonde déception à la CAQ

À la Coalition avenir Québec, qui préconisait il y a trois semaines l'adoption de mesures sévères pour encadrer le cannabis, notamment de fixer à 21 ans l'âge légal pour en consommer, la décision du gouvernement Couillard est fort mal reçue.

« On est profondément déçu à la CAQ [...]. On voit que le premier ministre Couillard ne tient pas compte de l’avis même de ses propres députés, mais aussi de son ministre de la Santé, qui a exprimé très clairement qu’il souhaitait que l’âge soit fixé à 21 ans », a déploré le député Simon Jolin-Barrette, porte-parole de la CAQ en matière de justice sur les ondes de l'émission Gravel le matin.

Nous sommes extrêmement mal à l’aise avec la décision du premier ministre de fixer l’âge à 18 ans, parce que ça a des conséquences sur le développement du cerveau, des conséquences chez les jeunes jusqu’à 25 ans.

Simon Jolin-Barrette, porte-parole de la CAQ en matière de justice

Aux critiques du premier ministre Couillard, qui a rappelé dernièrement à la CAQ que c'est avant 21 ans que les jeunes consomment surtout ce type de drogue, la Coalition avenir Québec répond qu'il est préférable d'adopter une approche préventive en sensibilisant et en informant les jeunes dès le secondaire sur les effets nocifs du cannabis plutôt que d'en légaliser la consommation dès 18 ans.

La politique du gouvernement du Québec en matière de légalisation du cannabis doit être guidée avant tout par des impératifs de santé et de sécurité publiques, soutient la CAQ.

« L’approche de M. Couillard de nous dire : « Allo la Terre! »... Bien, « Allo la Terre! » à beaucoup de parents qui sont inquiets par rapport à la consommation éventuelle de leurs jeunes », a rétorqué Simon Jolin-Barrette.

Des risques réels avant 21 ans, selon la communauté médicale

Depuis l’annonce du gouvernement fédéral qui compte légaliser le cannabis au pays à partir de juillet 2018, un certain consensus s’est manifesté au sein des diverses associations médicales du pays en ce qui a trait à la détermination de l’âge légal pour consommer du cannabis.

Autant à l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) qu’à l’Association médicale canadienne (AMC) ou à la Fédération des médecins spécialistes du Québec, on estime qu’il est risqué d’autoriser la consommation de marijuana avant l’âge de 21 ans, en raison de la période importante de développement que connaît le cerveau des jeunes de l’adolescence jusqu’à l’âge de 25 ans.

Cette position est largement partagée par la communauté médicale du pays, notamment l’Association des psychiatres du Canada, l’Académie canadienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ainsi que l’Académie canadienne de psychiatrie gériatrique.

Certaines voix dans le milieu médical se font toutefois discordantes. C'est le cas du chercheur et psychiatre du CHUM Didier Jutras-Aswad. Il indique en entrevue à ICI RDI que pour certains, l’âge limite serait « un moyen ou une stratégie un peu miraculeuse » pour faire en sorte que les gens ne consomment pas de substance. Or, « les données sont assez claires, souligne-t-il. Actuellement, le cannabis n’est pas légal, et la tranche d’âge parmi laquelle la consommation de cannabis est la plus élevée, c’est cette tranche entre 18 et 25 ans ».

Selon lui, le seul consensus du milieu médical, c’est que « le cannabis peut avoir des effets délétères chez les jeunes ».

Est-ce que la solution à ça, c’est d’augmenter l’âge limite pour la légalisation? Je n’en suis pas certain, et je pense qu’il y a beaucoup de gens du côté de la santé publique qui n’en sont pas certains non plus.

Didier Jutras-Aswad, chercheur et psychiatre, CHUM

Psychose, lésions cérébrales, problèmes de mémoire...

Selon de nombreux experts de la santé, le tétrahydrocannabinol (THC), la substance active de la marijuana, peut altérer le processus de maturation du cerveau et engendrer des anomalies ou même des lésions au cerveau des jeunes utilisateurs. C’est pourquoi il est risqué d’en consommer avant l’âge de 21 ou même de 25 ans.

L’apparition précoce ou subite de psychoses chez de nombreux utilisateurs de cannabis serait également une préoccupation importante chez les professionnels de la santé. Selon l'Association des médecins psychiatres du Québec, la consommation de cannabis augmente de 40 % les risques de psychose chez tous ceux qui ont consommé du cannabis au cours de leur vie.

Une consommation régulière de cannabis exposerait par ailleurs davantage les utilisateurs à des problèmes de concentration et à des déficits de mémoire, selon l’AMPQ.

 

Société