•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Archives
  • La peur du nucléaire chez les Canadiens dans les années 60

    Femme chaudement habillée remplissant les tablettes de conserves de son abri antinucléaire
    Visite de l'abri antinucléaire de Madame Feltus à l'émission Aujourd'hui du 10 mars 1965 Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Depuis quelques semaines, la tension monte entre les États-Unis et la Corée du Nord. Plusieurs craignent à présent le déclenchement d'une guerre nucléaire. Saviez-vous que, durant la guerre froide, nombreux Canadiens s'étaient construit des abris antinucléaires? Clin d'œil en archives sur la peur du nucléaire qui a gagné le Canada dans les années 60.

    Dans les années 60, alors que les États-Unis et l’URSS s’affrontent dans la guerre froide, on craint l’éventualité d’une guerre nucléaire. Cette inquiétude est aussi palpable de ce côté-ci de la frontière. C’est ce qu’illustre ce vox pop tiré de l’émission Premier Plan du 10 octobre 1961. On se situe alors quelques semaines après la reprise des essais nucléaires par les Soviétiques.

    Au cours de cette période, le Canada songe à permettre les armes nucléaires sur son territoire et des centaines de personnes fabriquent leur propre abri antinucléaire. C’est le cas de Mme Feltus, qui demeure à Sainte-Brigitte-de-Laval. Cette petite ville située à environ 20 kilomètres de Québec a été désignée comme l’une des zones cibles canadiennes où pourrait exploser une bombe nucléaire.

    À l’émission Aujourd’hui du 10 mars 1965, Mme Feltus propose la visite de l’abri antinucléaire qu’elle a construit elle-même, à l’insu de son mari. Elle y a entreposé tout ce qu’elle juge essentiel à garder ou à posséder en cas d’explosion nucléaire. On y trouve des conserves, une radio, un calendrier, un livre de premiers soins, mais également un crucifix, des fleurs en plastique et du papier peint sur les murs!

    Dans l’abri de Mme Feltus, on aperçoit aussi des guides de survie. L’une de ces brochures datant de 1961 et titrée 11 étapes pour la survivance a été produite par l’Organisation des mesures d’urgence. On y explique ce que les Canadiens devraient faire pour protéger leur famille en cas de guerre nucléaire.

    Les 11 étapes de la survivance telles que mentionnées dans la brochure

    1. Connaître les effets des explosions nucléaires.
    2. Apprendre les faits concernant les retombées radioactives.
    3. Être au courant des signaux d’avertissement et posséder un appareil de radio à piles.
    4. Avoir un abri pour se réfugier.
    5. Tenir prêt un approvisionnement d’urgence pour quatorze jours.
    6. Savoir comment prévenir et combattre les incendies.
    7. Connaître les principes du secourisme et les soins infirmiers à domicile.
    8. Apprendre les données concernant la propreté d’urgence.
    9. Savoir comment se débarrasser de la poussière radioactive.
    10. Être au courant des plans d’urgence de votre municipalité.
    11. Élaborer un plan pour votre famille (et si vous êtes seul, pour vous-même).

    Les abris nucléaires au Québec

    À l’émission Le 60 du 18 mars 1975, on apprend qu’il existe entre 300 et 400 abris antinucléaires au Québec. Le journaliste Paul Racine recueille les témoignages des Moir et des Jutras qui expliquent pourquoi ils jugent nécessaire d’en posséder un. Celui de M. et Mme Jutras, à Drummondville, se voient même octroyer le titre du « plus gros abri individuel au Québec ».

    Radio-Canada et l’Organisation des mesures d’urgence

    Si la peur du nucléaire gagne les Canadiens durant la guerre froide, c’est aussi parce que le gouvernement fédéral les prépare à cette éventualité. Le ministère de la Défense nationale a mis sur pied un organisme de prévention, l’Organisation des mesures d’urgence du Canada (OMU). Un programme existe aussi pour encadrer la construction d’abris nucléaires.

    Radio-Canada collabore avec l’OMU pour sensibiliser la population aux dangers d’une attaque nucléaire. Le 13 novembre 1961, on diffuse à la télévision la troisième d’une série d’émissions autour des mesures d’urgence.

    Le danger semble grand et le ton de l’animateur Paul Dupuis est dramatique. L’OMU encourage la population à se préparer aux retombées radioactives. On n’hésite pas à cultiver la peur des Soviétiques qui veulent conquérir le monde.

    L’émission montre des images de l’opération Tocsin, une simulation d’attaque nucléaire qui a eu lieu à Montréal en 1960. Dans l’extrait choisi, on voit une famille qui se terre dans son abri antinucléaire à la suite du message d’alerte diffusé sur les ondes de la radio de Radio-Canada. La famille vaque par la suite calmement à ses occupations pendant que le Centre des opérations des mesures d’urgence se met à l’œuvre.

    Radio-Canada donne une large tribune à l’Organisation des mesures d’urgence du Canada. La Société se tient d’ailleurs prête à diffuser un message de radiodiffusion d’urgence. L’OMU peut aussi compter sur un réseau de sirènes dans les lieux pouvant être touchés par une attaque nucléaire. Un système qui sera démantelé dans les années 90.

    Encore plus de nos archives 

    Archives

    Société