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L’intimidation pousse une jeune transgenre à faire une tentative de suicide

Noémie LeBlanc et sa mère Jolyne LeBlanc
Noémie LeBlanc et sa mère Jolyne LeBlanc Photo: Radio-Canada / Catherine Dumas
Radio-Canada

Une adolescente transgenre de 16 ans se dit victime d'intimidation et de transphobie à l'école Mathieu-Martin de Dieppe, au Nouveau-Brunswick. La situation était devenue tellement insupportable que Noémie LeBlanc, autrefois Patrick, a tenté de s'enlever la vie la semaine dernière.

Un texte de Catherine Allard

« Je reçois des messages d’élèves qui me demandent ce que j’ai entre les jambes. Il y a aussi des gens qui m’ont tiré des boissons gazeuses dans la cour d’école », raconte Noémie LeBlanc.

L’adolescente s’identifie comme une femme, mais elle est née dans un corps d’homme. Jusqu’à l’âge de 14 ans, elle s’appelait Patrick.

L’intimidation dont elle est victime en raison de son identité de genre est devenue trop difficile à supporter et l’a poussée à faire une tentative de suicide la semaine dernière.

Je pensais que ça allait être une nouvelle année et que ça allait être différent. L’école m’avait promis que les choses allaient être mieux. Mais là, c’était de revoir que tout recommence. C’était une grosse claque dans la face.

Noémie LeBlanc

La mère de Noémie, Jolyne LeBlanc, dénonce qu’il ait fallu en arriver là avant que l'histoire de sa fille ait des échos. Selon elle, les ressources à l'école sont insuffisantes et elle ne laissera pas sa fille aller dans un établissement où elle ne se sent pas en sécurité.

« Il faut qu'ils prennent les choses plus au sérieux. J’ai presque perdu ma fille la semaine passée. On ne peut pas tout le temps dire qu’on va faire un suivi », dit Jolyne LeBlanc.

Abandonnée par le système scolaire

Noémie LeBlanc ne va plus à l’école depuis la rentrée. « À l’école, c’est pas juste les élèves, c’est aussi des enseignants et même des membres de la direction. Je me suis toujours fait abaisser. Ils me voient moins comme un humain et plus comme un extraterrestre. »

Une adolescente transgenre de 16 ans se maquille devant un miroirNoémie LeBlanc, autrefois Patrick, a tenté de s'enlever la vie Photo : Radio-Canada / Catherine Dumas

Le District scolaire francophone Sud a récemment été applaudi pour son ouverture d'esprit et pour ses valeurs progressives au sujet des questions entourant l’identité de genre. Le Nouveau-Brunswick est notamment la première province canadienne à permettre aux élèves de s'identifier à un genre neutre sur le formulaire d'inscription à l'école.

Mais selon Noémie LeBlanc, tout cela n’est que de la poudre aux yeux. Elle dénonce notamment l'inaction de la direction de l’école Mathieu-Martin.

Quand j’allais à la direction, on me disait que tout le monde était en réunion ou qu’ils allaient faire un suivi et trouver une solution, mais il n’y avait jamais de résolution au problème.

Noémie LeBlanc

Elle raconte par exemple qu’elle se faisait intimider par des élèves près de son casier. Lorsqu’elle a soulevé le problème, la direction de l’école lui a simplement assigné un autre casier. « Il n’y a jamais eu des conséquences pour eux. »

Un problème global

Le manque d’actions de la part des autorités scolaires ne se constate pas uniquement à l’école Mathieu-Martin, selon elle. Noémie LeBlanc est victime d’intimidation depuis qu’elle est à la maternelle et affirme que les enseignants et les directions d’école l’ont souvent laissée tomber.

Ça fait depuis que je suis à la maternelle que je me fais transférer d’école, que mes parents ont besoin de déménager. À chaque fois, les écoles ne prennent pas les situations au sérieux et tournent la tête, donc mes parents devaient refaire nos bagages.

Noémie LeBlanc

« Ça n’a pas toujours été physique. À la maternelle, la première journée, elle a eu son premier oeil au beurre noir. En cinquième année, elle s’est fait [agresser physiquement]. Pas longtemps après, il a fallu qu’on déménage », se souvient sa mère.

Le district scolaire dit prendre la situation au sérieux

Le District scolaire francophone Sud dit faire beaucoup d'efforts de sensibilisation auprès des élèves et des membres du personnel.

La directrice des services de soutien à l'apprentissage, Marie-Josée Lagacé, rappelle aussi que la politique de tolérance zéro est bien présente dans les institutions.

« Quand ça vient aux oreilles de l'administration, de la direction d'école, il y a des enquêtes qui sont menées, ils vont aller questionner comment ça s'est passé et il y a des mesures qui sont prises pour les rectifier », explique-t-elle.

Le District scolaire francophone Sud souhaite qu'une rencontre soit organisée avec Noémie et ses parents afin de planifier sa réintégration à l'école. Mais Noémie est loin de vouloir retourner à l'école Mathieu-Martin, où elle doit terminer sa 11e année.

Avec des informations de Catherine Dumas.

Nouveau-Brunswick

Société