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Half Moon Run et l’OSM, une somptueuse rencontre

Le groupe Half Moon Run, accompagné de l'Orchestre symphonique de Montréal.

Le groupe Half Moon Run, accompagné de l'Orchestre symphonique de Montréal.

Photo : Orchestre symphonique de Montréal / Antoine Saito

Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

CRITIQUE – Chaque fois qu'un groupe populaire partage la scène avec un orchestre, la question se pose : aurons-nous droit à un véritable partage musical ou à une complémentarité plus ou moins réussie?

Mardi soir, Half Moon Run et l’Orchestre symphonique de Montréal proposaient cette rencontre. Où était-ce l’OSM avec Half Moon Run? Tout dépend du point de vue. Oui, le répertoire proposé était celui du groupe montréalais qui est désormais connu et reconnu à l’international. Mais nous étions à la Maison symphonique et non pas au Métropolis.

Les spectateurs n’attendaient donc pas l’arrivée des musiciens, debout au parterre, face à un grand rideau, en buvant une bière et en parlant bruyamment. Au contraire, tout le monde attendait calmement et patiemment sur son siège, en regardant les musiciens de l’OSM prendre place à leur guise.

Puis, le décorum. L’arrivée du premier violon qui permet à tout le monde de s’accorder et la venue sur scène du chef d’orchestre (Adam Johnson, chef assistant de l’OSM) et des membres d'Half Moon Run. Devon Portielje (voix, guitare), Conner Molander (guitare, claviers, harmonica, voix), Isaac Symonds (percussion, basse, voix) et Dylan Phillips (batterie, piano, voix) ont respecté les usages. On ne parlera pas de tenue de soirée dans leur cas (pas de cravates ni de nœud papillon), mais tous portaient le complet.

L’accueil, toutefois, n’était pas celui que l’on fait d’ordinaire à un grand orchestre, mais bien à un groupe adulé. Ne riez pas, il y a une réelle nuance. Un orchestre peut être accueilli par un tonnerre d’applaudissements, mais en pop, en rock et en hip-hop, les amateurs crient à parfois à s’en péter les cordes vocales avant même la première note.

Et on en a entendu des cris, de la part de ce jeune public qui remplissait à ras bord la Maison symphonique. Je ne sais trop si ce sont ceux qui étaient juchés à la galerie (places debout), tout en haut, près du plafond, qui ont hurlé le plus fort.

L’OSM aux commandes

D’entrée de jeu, on a compris que l’OSM n’était pas là pour faire de la figuration. Durant le triplé d’ouverture (Sun Leads Me On, Turn Your Love, Drug You), c’est lui qui dirigeait. Forcément, car aucun des membres d’Half Moon Run ne touchait à un instrument. L’orchestre s’appropriait la musique générée par les guitares et autres composantes électriques. Et magnifiquement, peut-on ajouter.

La première chanson a séduit par sa beauté dans cette nouvelle forme qui était digne d’une relecture. La seconde nous a saisis en raison des cascades de cordes. Quant à la troisième, c’était comme si des vagues de notes déferlaient sur nous.

Avantage OSM? Même pas, car Half Moon Run, c’est aussi les formidables harmonies de ses musiciens-interprètes. Elles étaient là, ces harmonies, bien à l’avant-plan. Surtout la voix haut perchée de Portielje qui peut survoler n’importe quoi.

Puis, les gars placés à l’avant-scène ont empoigné leurs instruments pour Narrows Margins et I Can’t Figure Out What’s Going On. Cette fois, c’était le groupe qui dictait la marche à suivre, mais l’orchestre n’était pas un simple faire-valoir. Il magnifiait l’offrande, permettant à Half Moon Run d’offrir ses compositions avec un souffle nouveau et plus de tonus. Il s’est produit quelque chose comme une explosion sonore d’une richesse inouïe en finale de I Can’t Figure Out What’s Going On.

Devon Portielje, le chanteur du groupe montréalais Half Moon Run
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Devon Portielje, le chanteur du groupe montréalais Half Moon Run

Photo : Orchestre symphonique de Montréal / Antoine Saito

Complémentaires et unis

Durant près d’une heure et demie, le groupe et l’orchestre se sont passé la main avec une aisance diabolique, pouvant être à la fois complémentaires ET unis. Ça, c’est vachement rare dans ce genre d’exercice. Il y a trop souvent un ensemble qui – volontairement ou pas – tire la couverture de son côté. Une grande partie du mérite revient à Blair Thomson, qui s’est chargé de l’orchestration des arrangements. Il était d’ailleurs au piano pour l’OSM. Dylan Phillips n’a pas manqué de le souligner.

«  »

— Une citation de  Dylan Phillips, batteur d'Half Moon Run

Durant Unofferable, la mélodie créée par l’harmonica de Molander s’est couchée sur la musique cinématographique de l’orchestre. Je me croyais dans un film de Sergio Leone.

Pendant 21 Gun Salute, la guitare de Portielje était aussi incisive que les cordes étaient vibrantes. Tout de suite après, Phillips a quitté sa batterie pour s’installer au piano et offrir la splendide instrumentale Throes. Les percussions de l’OSM et le tuba ont ensuite charpenté et coloré The Debt, durant laquelle nous avons entendu de la réverbération dans les voix.

Chaque chanson avait une personnalité propre, peut-être plus encore que sur les versions gravées en studio. Et l’originalité était de mise. Tel un crescendo qui aurait lentement pris forme depuis le début du spectacle, Call Me in the Afternoon a été le summum de la convergence de ces talents réunis. Un moment grandiose de musique où la pop et l’univers classique ont fait corps comme un Roméo qui étreint sa Juliette. Somptueux.

Et plus le concert progressait, plus le décorum tombait durant Give Up, Full Circle et She Wants to Know : Portielje avait de plus en plus de mal à réfréner son enthousiasme débridé. Molander ne cessait de danser durant les chansons où l’apport d'Half Moon Run n’était que vocal. Et les deux ont quelque peu martyrisé leur guitare en fin de programme.

Des musiciens soudés comme jamais

Au fil d’arrivée, la Maison symphonique était devenue un Métropolis (ou son nouveau nom...) dans la forme et dans l’esprit. Spectateurs debout, cris stridents, poings levés en l’air… Et ces applaudissements…

Il n’y avait plus de distinction, cette fois, entre les bravos offerts au groupe et à ceux destinés à l’Orchestre symphonique de Montréal.

Il n’y avait plus de barrière entre les œuvres populaires et la musique classique. Seulement des musiciens d’univers distincts qui, l’espace d’un concert magique, ont été soudés comme jamais.

Half Moon Run et l’Orchestre symphonique de Montréal seront de retour le 27 septembre à la Maison symphonique

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