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Les Métis du Québec accusent un conférencier invité à l'UdeM de négationnisme historique

Drapeau métis
Drapeau métis Photo: Radio-Canada / Victoria Dinh

Des membres de la Fédération Métisse du Canada s'opposent fermement à la présentation d'une conférence portant sur le révisionnisme historique et l'autochtonisation qui doit avoir lieu mercredi (27 septembre) à l'Université de Montréal.

Dans une lettre adressée au département de sociologie de l’Université de Montréal, le président par intérim de la Fédération Métisse du Canada, Robert Pilon, mentionne que « les travaux du Pr Leroux au sujet des Métis de l’est du Canada constituent un cas flagrant de négationnisme historique et d’incitation à la haine envers une population autochtone en raison de son histoire particulière et de sa location géographique », ajoutant que la conférence du professeur à l’Université de Montréal « s’inscrit dans le même sillon ».

« Pourquoi s’acharne-t-il sur le peuple métis? », se demande Johanne Brissette, bénévole à la Fédération Métisse du Canada, en parlant du professeur Darryl Leroux, dont les travaux de recherche se penchent sur des thèmes en lien avec l’auto-autochtonisation de personnes ou de communautés, un thème peu couvert et analysé au Québec.

Sur son compte Twitter, le professeur écrit que « de plus en plus, les Franco-QuébécoisEs et autres descendantEs des premiers colons français s’autochtonisent en invoquant une ancêtre autochtone au 17e siècle ».

 

On constate une montée importante de personnes qui se définissent comme Métis (258 % entre 2001 et 2011) et d’organismes représentant ces individus (plus que 25 organismes depuis 2003) au Québec.

Suite du tweet de Darryl Leroux, professeur de sociologie à l’Université Saint Mary's, spécialiste des questions relatives aux Métis du Canada

Cette situation nuit à la réconciliation et au respect insiste Johanne Brissette ajoutant que le professeur Leroux essaie de créer un environnement de peur. La Fédération Métisse du Canada conteste également ses statistiques « pour satisfaire aux conclusions auxquelles il veut en arriver. »

La bénévole Johanne Brissette déplore le manque de rigueur dans les données du professeur, ce qui, selon elle, « nuit énormément surtout au Québec où les terres sont non cédées. »

Depuis 1999, des groupes de Métis et d'Indiens non inscrits se battaient devant les tribunaux pour obtenir les mêmes droits que les autres peuples autochtones. Ils l'avaient emporté en Cour fédérale, mais avaient par la suite été en partie déboutés devant la Cour d'appel fédérale.

Le 14 avril 2016, la Cour suprême du Canada avait finalement tranché que les Métis et les Indiens non inscrits étaient des « Indiens » au sens de la loi. Les Métis et les Indiens non inscrits obtiennent donc un nouveau pouvoir de négociation pour obtenir d'Ottawa du financement et des programmes.

Des Métis défilent en tenant leur drapeau devant l'édifice abritant la Cour suprême du Canada, à Ottawa.Des Métis défilent en tenant leur drapeau devant l'édifice abritant la Cour suprême du Canada, à Ottawa. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Selon Statistique Canada, environ 41 000 Métis vivaient au Québec en 2011, soit 9,1 % de l'ensemble des Métis du pays.

Selon Mme Brissette, le professeur Leroux aurait présenté en janvier dernier, lors de la conférence Daniels organisée par l'Université de Calgary - Daniels du nom de celui qui a porté la cause en justice, Harry Daniels - des documents selon lesquels les Métis n’existaient pas au Québec, « ce qui crée un gros problème au niveau de la reconnaissance des Métis. »

Robert Pilon, le président par intérim de la Fédération Métisse du Canada, demande donc au département de sociologie de l’Université de Montréal de « reconsidérer le support institutionnel que vous offrez à la diffusion des travaux du Pr Leroux sur ce sujet. »

Dans une ère prônant la réconciliation et le respect des Nations et peuples autochtones, il est inacceptable que l’Université de Montréal facilite la diffusion de propos dénigrants et parsemés de procès d’intention visant les Métis de l’est du Canada. Ce genre de propos nuit, de façon intentionnelle, aux entreprises de réconciliation avec les Premières Nations et Inuits avec qui les Métis des provinces de l’est du Canada partagent le territoire.

Extrait de la lettre envoyée par la Fédération Métisse du Canada au département de sociologie de l’Université de Montréal.

Invité par Espaces autochtones à réagir à cette demande, le service de relations avec les médias de l’Université de Montréal précise que les recherches de M. Leroux sont soutenues, encouragées et reconnues par plusieurs communautés, dont la Metis National Council. L’Université mentionne que la conférence, que présentera le professeur Leroux mercredi, se tient dans le cadre du DESS Récits et médias autochtones.

L’Université dit également avoir accusé réception et vouloir y donner suite tout en précisant qu’« une université est un lieu de débats où les professeurs font avancer les connaissances. Pour la liberté académique et pour l’avancement de la recherche, nous encourageons à ce que des débats sur des sujets plus pointus, ou difficiles ou controversés continuent à se tenir dans les universités. »

Et le professeur Darryl Leroux de conclure : « Les données que je présente sont exactes, et j’y serai transparent à cet égard demain. »

 

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