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Enfin, une vraie prise de conscience nationale sur la situation autochtone, estime Serge Bouchard

Serge Bouchard en nos studios

Serge Bouchard

Photo : Radio-Canada / Lucie Gosselin

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'anthropologue Serge Bouchard a l'impression qu'enfin un éveil national s'opère et que cette prise de conscience est « la bonne », comparativement à ce qu'il a connu. Il estime aussi que les femmes pourraient constituer le nouveau personnel politique nécessaire dans le milieu autochtone. M. Bouchard a commencé à témoigner devant la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics lundi.

Un texte de Marie-Laure Josselin

Les choses changent. C'est en tout cas l'impression de l'anthropologue Serge Bouchard, pour qui se présenter devant la commission à Val-d'Or est un « moment privilégié », après 50 ans de travail sur le sujet. Un éveil national est en cours, pense-t-il, « une prise de conscience » qui, selon lui, « est la bonne », comparativement à ce qu'il a connu dans les années « 70-80-90. Là, les gens commencent à comprendre ».

Les gens ont finalement compris l'ampleur de la tragédie, compris la nature de la blessure [...] C'est le résultat de la politique. On ne vient pas au monde comme ça. Une réserve naturelle, ce n'est pas naturel. Le désespoir n'est pas naturel. Le taux de suicide n'est pas naturel. Le taux de toxicomanie n'est pas naturel. C'est une maladie qui a été créée par une situation, c'est le résultat de quelque chose : l'indignité, l'indifférence et la maltraitance générale et sociale.

Serge Bouchard devant la Commission Viens à Val-d'Or

Serge Bouchard s'est livré à un cours magistral d'histoire durant lequel il a évoqué la grande diversité culturelle à l'origine de l'Amérique, dont la cartographie « mériterait d'être mise de l'avant dans les écoles »; par 1812, l'année où, selon l'anthropologue, « le cauchemar des Premières Nations a commencé », l'année où « les gouvernements ne les entendent plus et les "Indiens", comme on les appelait, deviennent un fardeau en politique »; par 1867 et la création de la confédération. « C'est un truc assez vicieux ce qui s'est passé en 1867 qui allait plomber toutes nos relations avec les Premières Nations à jamais. On a dit que les Indiens sont fédéraux, mais la nature va être provinciale. Ce n'est pas possible, tu viens de t'acheter du trouble pour 150 ans [...] pour des générations », explique Serge Bouchard.

Au cours de son témoignage parsemé de faits historiques et de points de vue personnels, il a aussi critiqué le système des réserves autochtones. « Sur la foi de quoi le gouvernement fédéral va s'autoriser à prendre des communautés entières, à les mettre dans une réserve, contrôler leurs mouvements, établir des règles? [...] On touche un point très souffrant, une honte nationale, et le premier ministre Justin Trudeau vient d'en parler de cette fameuse honte. Mais c'est un point difficile », a-t-il lancé avant de poursuivre sur différents concepts, dont celui du « Blanc dominant », celui du « racisme scientifique », celui de la fin du nomadisme ainsi qu'à propos des pensionnats autochtones et leurs « effets pervers ».

Ayons le courage de reconnaître que pendant des générations de fonctionnaires, de politiques, on a voulu bel et bien éradiquer la diversité culturelle du Canada [...], éradiquer plus de 50 nations authentiques, qu'elles disparaissent de la carte, de la mémoire.

Serge Bouchard, anthropologue

Serge Bouchard a aussi parlé plus précisément de l'histoire au Québec avec la Convention de la Baie-James qui a permis aux Cris « de commencer un long chemin, qui se poursuit encore, vers ce qu'on pourrait appeler l'autodétermination », du peuple Anichinabé qui occupe le territoire en Abitibi-Témiscamingue, peuple qui a souffert le plus de l'indifférence de la société dominante, selon lui. L'avenir du Québec, dit-il, passe par la reconnaissance concrète de ces Premières Nations, que chacune puisse exister avec des citoyens éduqués, des possibilités économiques et un pouvoir politique.

Pour cela, il faut un nouveau personnel politique dans le monde autochtone qui va « penser en dehors de la boîte, sortir de la dépendance des gouvernements, de l'État, notamment des affaires indiennes et qui va imaginer une structure politique originale éminemment revendicatrice ». Et cela pourrait venir des femmes, car dans les communautés, plaide-t-il, le changement social passe beaucoup beaucoup par les femmes.

« Il y a une société à reconstruire, un projet social à construire, ça prend de l'espace, de la fierté, de l'énergie et des idées nouvelles. Et ça, c'est tout ce que le ministère des Affaires indiennes n'a pas », a-t-il lancé. À plusieurs reprises, il s'est attaqué à ce ministère.

L'avenir n'est pas sombre, selon lui, même si le chantier est immense et les défis considérables. Il a d'ailleurs insisté sur un point : un investissement massif en éducation pourrait corriger la situation. Une éducation qui va dans tous les sens : en milieu autochtone, mais aussi dans la société dominante.

Ça ne peut pas changer en une semaine, ça va changer avec les enfants, la jeunesse, si présente dans les communautés autochtones. C'est elle qui renverse le monde, la vapeur, et ça va se faire à travers l'éducation.

Serge Bouchard

Serge Bouchard a conclu la première partie de son témoignage en affirmant qu'on a peut-être réalisé « la nature de la blessure ». « N'importe quel médecin va vous le dire. C'est bon d'avoir un bon diagnostic pour envisager le traitement. Je pense qu'on ne l'a jamais vraiment fait dans le passé. »

 

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