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Mort du policier Thierry LeRoux : un possible excès de confiance, selon le coroner

Thierry LeRoux

Thierry LeRoux

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L'agent Thierry LeRoux, mort lors d'une intervention policière qui a mal tourné le 13 février 2016 à Lac-Simon, pourrait « avoir agi avec un excès de confiance », affirme le coroner Jean-François Lécuyer. C'est à tout le moins ce qui ressort de son rapport sur la mort du policier et celle de Joseph Anthony Raymond Papatie remis lundi après-midi.

Rappelons que l'agent LeRoux a été tué par Joseph Anthony Raymond Papatie. Ce dernier a ensuite retourné son arme contre lui.

Une intervention trop rapide?

Le coroner relève que l'agent LeRoux est descendu seul à la rencontre de Joseph Anthony Raymond Papatie, alors que ce genre d'intervention doit plutôt se faire à deux policiers ayant leur arme en main. Le coroner mentionne qu'« il est possible que le policier Thierry LeRoux ait agi avec un excès de confiance ».

« Les faits constatés dans ce dossier portent à croire qu'il y a eu action rapide, sans planification. Les policiers n'ont pas établi de rôle pour chacun ni de plan de match. Il semble qu'il y ait eu une certaine part d'improvisation durant l'intervention », peut-on lire dans le rapport.

« Enfin, contrairement aux enseignements de l'ENPQ [École nationale de police du Québec], l'agent LeRoux n'a pas appliqué l'un des éléments enseignés à cette école, soit "d'être patient tout au long de la négociation". En effet, les témoignages recueillis indiquent que l'agent s'est précipité dans les escaliers pour intervenir auprès de M. Papatie. Notons que la durée totale de l'intervention est de huit minutes. »

Des lacunes observées

Par ailleurs, le coroner Jean-François Lécuyer note que le Service de police de Lac-Simon n'a pas de répartiteur et que les policiers n'ont pas eu la chance d'effectuer des vérifications. Il souligne aussi qu'aucun superviseur n'est présent sur le territoire.

Le gilet pare-balles que Thierry LeRoux portait n'était par ailleurs pas conçu pour résister au type d'arme utilisée par l'assaillant du policier.

Pas de recommandation

Le coroner approuve les recommandations émises en mai dernier par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) à l'endroit du Service de police de Lac-Simon (Nouvelle fenêtre). Il s'abstient donc de faire ses propres recommandations dans ce dossier, puisque les suggestions de la CNESST auraient été appliquées depuis.

La CNESST suggérait d’améliorer le système de communication avec les policiers sur le terrain et d’élaborer des directives de travail plus sécuritaire afin d’éviter qu’un tel drame se reproduise. Elle recommandait d'avoir quatre policiers en poste en tout temps à Lac-Simon, contrairement à deux comme c'était le cas en février 2016.

Des idées suicidaires

Après l'analyse du dossier personnel de M. Papatie, le coroner en vient à la conclusion que ce dernier avait des idées suicidaires depuis plusieurs années. Le Service de police de Lac-Simon avait dû intervenir auprès de lui maintes fois auparavant. M. Papatie avait été conduit à l'hôpital de Val-d'Or à plusieurs reprises pour y être soigné à la suite de propos suicidaires ou de tentatives pour mettre fin à ses jours.

Une recommandation

Ainsi, Jean-François Lécuyer en vient à une recommandation à l'endroit du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue. Il lui conseille de mettre en place une « procédure afin que tous les patients consultant les centres hospitaliers pour des propos ou des idées suicidaires ainsi qu'à la suite d'une tentative de suicide soient informés des services des centres de prévention de suicide de la région et des ressources qui leur sont offertes en cas de détresse psychologique ».

Le père de Thierry Leroux dégouté

Le rapport du coroner Jean-François Lécuyer est loin de ravir le père de Thierry Leroux.

Michel LeRoux, qui habite à Saguenay, est en fait révolté par les conclusions du rapport.

C’est pas avec ça qu’on va empêcher d’autres policiers de subir le même sort que Thierry.

Michel LeRoux, père de Thierry LeRoux

Il souhaite faire en sorte que son fils ne soit pas mort en vain. Il n’accepte pas les reproches qui lui sont faits.

« Avec un rapport comme ça, ben Thierry puis tous les autres avant, ils ont donné leur vie pour complètement rien. C’est probablement que quelque part, vous avez manqué une ligne ou un paragraphe ou un chapitre dans l’application des enseignements de l’école nationale de police. Pour moi, personnellement, c’est dégueulasse et c’est dégoutant », ajoute Michel LeRoux.

Le fil des événements du 13 février 2016 selon le rapport du coroner :

  • 22 h 10 : Une chicane a lieu entre M. Papatie et sa conjointe au sous-sol de leur résidence de Lac-Simon.
  • 22 h 20 : Le Service de police de Lac-Simon reçoit un appel au sujet de coups de feu qui auraient été tirés dans une résidence de la rue Papatie.
  • Les policiers arrivent discrètement, sans sirène ni gyrophare. À la vue d'une personne calme sur le balcon de la maison, les policiers s'approchent. L'agent LeRoux entame une discussion avec cette personne, tandis que son collègue tente de voir par la fenêtre ce qui se passe au sous-sol où se trouve M. Papatie, mais en vain.
  • Les policiers entrent dans la maison, suivis de la personne avec qui l'agent LeRoux discutait.
  • La conjointe de M. Papatie monte l'escalier du sous-sol et quitte la maison sans dire un mot.
  • L'agent LeRoux se tient en haut de l'escalier avec la main sur son arme de service et entreprend une discussion avec M. Papatie, sans le voir, puisque celui-ci se terre toujours au sous-sol.
  • Pendant ce temps, le second agent discute avec la personne calme et lui demande si des armes se trouvent au sous-sol. Elle lui répond que oui.
  • Une escalade verbale a lieu entre l'agent LeRoux et M. Papatie.
  • Le second agent tente de convaincre M. Papatie de monter pour discuter, mais celui-ci ne coopère pas. L'agent part alors vers une chambre où se trouvent d'autres résidents.
  • À ce moment, il entend Thierry LeRoux descendre l'escalier en vitesse. Il retourne vers le haut des marches, mais entend des cris et un coup de feu. Courant alors vers le salon, il entend un deuxième coup de feu.
  • Il sort ensuite de la maison, puis se ravise et évacue toutes les personnes présentes à l'intérieur. Il sort le dernier, puis tente de contacter Thierry LeRoux par radio. Ce dernier lui répond : « Chus mort. »
  • L'agent entre dans la maison et voit Thierry LeRoux gisant dans l'escalier. Il quitte la résidence et communique avec le sergent de garde.
  • 22 h 28 : M. Papatie écrit sur son mur Facebook : « Dsl tout le monde menvo asteur jai tuer une police » [sic].
  • 22 h 29 : M. Papatie écrit « Fuck » sur son mur Facebook.
  • Un peu avant 23 h : La Sûreté du Québec appelée en renfort arrive sur les lieux. Les policiers font une entrée dynamique et découvrent le corps de M. Papatie couché au sol avec une carabine de calibre 30-06 entre les jambes.
  • 23 h : Un constat de mort évidente est émis.

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Abitibi–Témiscamingue

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