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La nouvelle vie en pop-hip de Mackjoffatt

Le chanteur Mackjoffatt
Mackjoffatt Photo: MADOC
Philippe Rezzonico

De nos jours, il n'est pas rare de connaître quelqu'un qui a deux emplois dans une même sphère professionnelle. Mais nous connaissons peu de gens qui travaillent dans des milieux si différents qu'ils semblent issus d'univers parallèles. C'est le cas de Mackjoffatt.

Le jour, celui qui se prénomme Jacques-Olivier est professeur d’éducation physique dans un cégep de Montréal. Travailleur syndiqué. Emploi stable. Comme des centaines de milliers de Québécois. Mais la nuit tombée, tel un Bruce Wayne qui se transforme en Batman, il devient Mackjoffatt. Travailleur précaire. Avenir incertain. Comme des centaines de musiciens québécois.

« Le sport, c’est la santé. Je donne d’ailleurs un cours de gestion de stress par l’activité physique, explique-t-il. Mais la musique, ça se vit la nuit. C’est un mode de vie complètement différent. C’est ma grande passion. »

Et elle ne date pas d’hier, cette passion. Il faut remonter à l’adolescence pour en déceler les premières traces. C’est même une affaire de famille avec sa sœur, une certaine Ariane. Vous aurez sûrement remarqué que Mackjoffatt est un nom d’artiste qui a de fortes similitudes avec Moffatt.

Je suis bien le frère de… C’est un couteau à double tranchant. Je cherchais un nom de scène et je trouvais que c’était une bonne idée d’inverser la première lettre de mon nom de famille avec celle de mon prénom. Ça sonne bien. Ça décèle une attitude.

Mackjoffatt

Ça tombe bien. L’attitude, c’est un élément essentiel du genre de musique que concocte Mackjoffatt. Si certaines chansons ont été diffusées sur diverses plateformes ces dernières semaines, le public pourra découvrir l’intégralité de l’album The Digg le vendredi 29 septembre. Un disque, en définitive, qui n’a rien à voir avec ce que faisait Mackjoffatt du temps du groupe Mozaïq, il y a plus d’une dizaine d’années.

« Mozaïq, c’était du ska, du reggae. Et puis les gars ont voulu aller vers un son plus rock. Je me sentais moins à l’aise avec ça. J’ai pris une pause de la musique de plusieurs années, en me disant que si je décidais d’en refaire un jour, ça serait autre chose. »

Pop-hip

L’autre chose, c’est le disque qu’il désigne comme étant un album de pop-hip. Au plan narratif, nombre de chansons du disque, comme Dear Jack, respectent néanmoins le phrasé hip-hop classique. Miles Away, en revanche, a de fortes influences RnB, comme si Mackjoffatt ne voulait pas être coincé dans un genre musical enclavé.

Hip Code, plus dense et plus sombre, est taillée sur mesure pour être entendue dans un club à deux heures et demie du matin, dans la foulée de Tight Squeze, sexy et langoureuse. Quant à Keep It Cool, elle rappelle les délires de Bran Van 3000. En fait, pour quiconque ayant arpenté les rues de Los Angeles à maintes reprises, The Digg a un parfum westcoast indéniable.

« Je me souviens quand j’avais vu le premier vidéo de Snoop Dogg – Who I Am (What’s My Name –, avec Dr. Dre, quand nous étions en vacances aux États-Unis. J’avais 16 ans. Je disais : « Je veux ça! » J’ai toujours aimé le hip-hop : le rythme, le flow, la musicalité. Mais j’avais de la misère avec une certaine forme. Je ne voulais pas faire du hip-hop mainstream, du genre, le gars avec la casquette à l’envers.

« Les Américains qui vivent dans les ghettos parlent forcément de ce qu’ils voient et de ce qu’ils vivent là-bas. J’ai voulu me tenir loin des clichés et des messages violents parfois véhiculés dans cette musique. J’ai une approche plus poétique, des textes plus imagés, avec des messages positifs ou absurdes. Dear Jack, une collaboration avec Ariane, parle de famille. Music Face, fait état des problèmes d’un couple. Mercedez parle d’une prostituée qui peut s’en sortir. »

Longue préparation

Absent du monde de la musique depuis 2011, Mackjoffatt a longuement planifié son retour. Les soirées à faire de la musique et du freestyle et à se laisser aller, uniquement pour le plaisir avec des copains graphistes dans un local à Hochelaga, ont mené graduellement à un engagement plus sérieux.

« J’ai fait écouter quelques démos à des amis qui m’ont dit que je devais aller de l’avant. À ce moment, j’avais peut-être une vingtaine de chansons sous la main. C’était le temps d’une grosse réflexion. Je voulais faire le disque à temps plein. J’ai pris une pause du cégep. J’ai fait un plan, j’ai obtenu une subvention du Conseil des arts et des lettres, mais j’ai fait aussi une campagne de financement participatif (kickstart) et puis des vidéos. »

La pochette du disque « The Digg » de MackjoffattLe disque « The Digg » de Mackjoffatt Photo : MADOC

Et nous en sommes là. À quelques jours du véritable plongeon de Mackjoffatt dans ce qui pourrait être une nouvelle vie. Ou peut-être pas. Ça dépendra de l’accueil réservé au disque.

« J’ai un job au cégep, dit Jacques-Olivier au bout du fil, attablé à son bureau à Montréal, au moment de notre conversation. Je n’ai pas besoin que ça marche absolument… », ajoute-t-il, d’une voix pas du tout convaincante.

On le comprend. Après tout, c’est plus grisant d’être Batman que Bruce Wayne, non?

Nouveau cycle, nouvelle série

Si Mackjoffatt entreprend un nouveau cycle musical avec The Digg, la salle où il va faire son spectacle-lancement le 29 septembre propose une nouvelle série. En effet, le théâtre Outremont propose jusqu’au mois de février la série musicale Mile-Out, qui mettra en vedette Mackjoffatt (Montréal), Moulettes (Royaume-Uni), Pony-Girl (Ottawa), D-Track (Gatineau), Clay and Friends (Montréal) et Ilam (Sénégal).

« Nous sommes collés sur le Mile-End. On veut attirer les artistes qui s’y trouvent ainsi qu’un jeune public qui y vit, explique le directeur artistique du Théâtre Outremont, Raymond Cloutier. On identifie parfois le public de l’Outremont à une certaine bourgeoisie et notre théâtre, qui existe depuis 1929, à une vieille dame indigne », plaisante-t-il.

La salle principale du Théâtre Outremont, à MontréalLe Théâtre Outremont Photo : Facebook/Théâtre Outremont

« Mais on se disait que les artistes seraient sensibles à la qualité de l’acoustique et au confort que cette salle peut offrir. Nous avons donc bâti cette série en conséquence en configurant la salle pour 240 personnes au lieu de 400. »


The Digg, de Mackjoffatt, en vente le 29 septembre. Lancement-spectacle au théâtre Outremont le même soir. La série Mile-Out jusqu’au mois de février 2018.

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