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Les fermes verticales, l'agriculture de l'avenir?

Ferme de Vertical Harvest à Jackson Hole, au Wyoming. Les cultures sont plantées sur plusieurs étages.

Ferme de Vertical Harvest à Jackson Hole, au Wyoming

Photo : JenTen Productions, LLC

Radio-Canada

En Asie, en Amérique du Nord et en Europe, plus de 300 fermes verticales ont vu le jour depuis quelques années. Ces installations ultramodernes et souvent situées en pleine ville sont-elles les précurseurs d'une révolution agricole?

Un texte de Marc-Yvan Hébert, de La semaine verte

Dans le quartier industriel Ironbound, à Newark, près de New York, l’entreprise AeroFarms vient d’ouvrir l’une des plus grandes fermes verticales du monde.

Ferme d'AeroFarms, à Newark. Les cultures poussent sur plusieurs étages. Un employé utilise un chariot-élévateur pour effectuer l'entretien.

Ferme d'AeroFarms, à Newark

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Un immeuble de 22 000 mètres carrés, à l'emplacement d’une ancienne fonderie, où l’on cultive de la roquette, du chou frisé, des feuilles de moutarde et du cresson, comportant 12 niveaux d’espaces cultivables.

Nous utilisons 95 % moins d’eau que l’agriculture conventionnelle, une fraction des engrais et zéro pesticide. Rien ne touche la plante. C’est un produit propre et prêt à être mangé.

Marc Oshima, cofondateur d’AeroFarms

Un environnement réglé au quart de tour

AeroFarms a développé un système de production aéroponique; plutôt que d’être enfouies dans la terre, les racines des plantes pendent dans les airs et sont aspergées périodiquement d’une fine brume d’eau et de nutriments.

Dans un système de production aéroponique, les racines des plantes pendent dans les airs et sont aspergées périodiquement d’une fine brume d’eau et de nutriments.

Système de production aéroponique

Photo : Radio-Canada / Dominique Beutel

Des milliers de capteurs surveillent la température, le taux d’humidité et le niveau de CO2 dans l’air, ainsi que le rythme de croissance et même la forme des feuilles. Rien n’est laissé au hasard.

Dans un champ conventionnel, ces mêmes plantes mettraient entre 35 et 40 jours à pousser. Ici, ça prend entre 12 et 16 jours. Par année, nous produisons jusqu’à 30 récoltes plutôt que 2 ou 3 dans un champ. Nous sommes en train de changer la donne.

Marc Oshima, cofondateur d’AeroFarms

Cultures idéales : les légumes-feuilles

Les légumes sont récoltés et transportés le jour même aux supermarchés locaux, où ils se vendent environ le même prix que les produits de la Californie, de l’Arizona et du Mexique.

Produits d'AeroFarms dans un supermarché de Newark. On voit nombre de légumes dans un présentoir.

Produits d'AeroFarms dans un supermarché de Newark

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

AeroFarms a d’ailleurs choisi de cultiver des légumes-feuilles, puisque c’est la catégorie de légumes la plus vulnérable en raison des distances qu’elle doit parcourir avant d’arriver aux supermarchés.

« Plus de 60 % des légumes-feuilles finissent par pourrir. En plus, quand on introduit une nouvelle technologie comme la nôtre, ça fait grimper les prix. Les légumes-feuilles se vendent déjà plus cher à l’épicerie, alors le coût relié à cette technologie peut être absorbé dans le prix », explique David Rosenberg, cofondateur d’AeroFarms.

C’est un professeur à la retraite de l’Université Columbia, Dickson Despommier, qui a inventé, en quelque sorte, le concept de la ferme verticale. En 1999, il a demandé à ses étudiants à quoi ressemblerait, selon eux, le monde idéal en 2050.

Dickson Despommier, pionnier des fermes verticales, regarde la ville de New York à partir du New Jersey.

Dickson Despommier

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Leur réponse : que la ville de New York soit en mesure de produire assez de nourriture pour tous ses citoyens.

New York : ville autosuffisante?

Ils ont décidé de calculer tout l’espace cultivable qui se trouvait sur les toits plats de Manhattan. Le résultat s’est révélé décevant : les toits ne permettraient de nourrir que 2 % des habitants. Dickson Despommier les a remis au défi en leur suggérant de déplacer la production à l’intérieur des immeubles.

Si vous avez six étages, ça fait six fois plus de nourriture, et vous pouvez ainsi nourrir 12 % des gens de Manhattan. C’est de cette façon que nous sommes arrivés au concept de ferme verticale.

Dickson Despommier, ancien professeur de santé publique et de microbiologie

En 2010, il a publié un livre sur la ferme verticale. L’année suivante, trois fermes du genre ont été lancées en Corée, au Japon et aux Pays-Bas. En peu de temps, des dizaines de fermes verticales commerciales ont fait leur apparition un peu partout dans le monde.

Carte du monde montrant les lieux où on retrouve des fermes verticales.

Lieux où l'on retrouve des fermes verticales

Photo : Radio-Canada / Éric Ouimet

L’avenir de l’agriculture conventionnelle

Selon Dickson Despommier, cette méthode de production agricole à grande échelle est nécessaire, puisque l’agriculture conventionnelle n’est pas durable. C’est la source de pollution la plus importante des plans d’eau sur la planète, et la population mondiale s’urbanise davantage chaque année.

« Notre mode de production n’est pas durable. On estime qu’aux États-Unis, 20 % des combustibles fossiles sont consacrés à l’agriculture. C’est énorme! », dit-il.

Si nous ne changeons pas radicalement nos façons de faire, nous devrons éventuellement raser nos forêts pour faire place à toujours plus de cultures, nécessaires à l’alimentation de 10 milliards de personnes. Si on en vient à ça, les écosystèmes vont s’effondrer.

Dickson Despommier, ancien professeur de santé publique et de microbiologie

La production agricole en milieu urbain a tout de même son revers : la consommation élevée d’électricité.

Ferme d'AeroFarms, Newark. On voit des plantes poussant sous une lumière bleue-rouge.

Ferme d'AeroFarms, Newark

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Les promoteurs répondent que ces technologies deviennent de plus en plus efficaces et que les coûts de production demeurent moins élevés que dans les champs.

« La couleur jaune est la partie énergivore de la lumière. Comme on veut optimiser la photosynthèse tout en réduisant les pertes, on a retiré le jaune du spectre de la lumière. Cela réduit les coûts », explique David Rosenberg.

AeroFarms semble avoir gagné son pari pour l’instant : l’entreprise dit ne pas fournir à la demande. Et elle espère bientôt ouvrir des fermes verticales dans plusieurs grandes villes des États-Unis et du Canada.

Ferme de Vertical Harvest à Jackson Hole, au Wyoming. On voit le bâtiments où poussent à l'intérieur des cultures sur plusieurs étages.

Ferme de Vertical Harvest à Jackson Hole, au Wyoming

Photo : JenTen Productions, LLC

Lorsqu’on lui demande ce que l’avenir réserve aux fermes verticales, Dickson Despommier évoque la conclusion du grand projet de recherche entamé par ses étudiants : il faudrait 200 fermes verticales de 20 étages chacune pour nourrir la ville de New York au complet en 2050. Un projet fantaisiste, diront certains… mais certainement pas Dickson Despommier.

Parfois, plus vous tentez de démontrer que ces idées, venues de nulle part, sont un peu folles, plus vous constatez que finalement, elles ne le sont pas tant que ça.

Dickson Despommier, ancien professeur de santé publique et de microbiologie

Environnement