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Accord de libre-échange Canada-UE : l'inquiétude plane chez les producteurs laitiers

Du lait, du beurre, du fromage, de la crème et du yogourt
Du lait et des produits laitiers Photo: iStock
Radio-Canada

L'Accord économique commercial et global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne entrera partiellement en vigueur le 21 septembre. Certains producteurs laitiers, dont Marcel Daigle au Nouveau-Brunswick, appréhendent cette date, car ils croient que l'ouverture des frontières les pénaliseront.

Un texte de Catherine Dumas

L’AECG a comme objectif d’éliminer ou de réduire les obstacles au commerce en supprimant les droits de douane dans certains secteurs. Avec cet accord, le Canada veut notamment aider les exportateurs d’ici à avoir un accès libre aux marchés agroalimentaires de l'Union européenne. Un marché estimé à près de 510 millions de consommateurs.

Cet accord entraînera aussi l’entrée au Canada de près de 18 tonnes de fromages européens sans tarifs douaniers.

L’arrivée de fromages européens sur le marché canadien ne manquera pas d’avoir un impact sur les producteurs locaux, qui risquent ainsi d'avoir plus de difficulté à écouler leurs fromages.

Des conséquences pour les producteurs laitiers canadiens

Marcel Daigle, copropriétaire de la ferme Oscar Daigle, est inquiet, car indirectement, moins de production de fromages locaux équivaut à moins de ventes de lait.

Marcel Daigle, propriétaire de la ferme Oscar Daigle et fils, à Baker-Brook au Nouveau-Brunswick, près de ses vaches.Marcel Daigle, propriétaire de la ferme Oscar Daigle et fils, à Baker-Brook au Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada

« Ce qu'on m'a dit c'est que la quantité de fromage qui allait être accepté au Canada, c'est la production laitière annuelle du Nouveau-Brunswick. Donc je crois que ce sera assez considérable [...] », explique-t-il.

Avec l’entrée en vigueur de l’AECG, c’est l’incertitude qui plane pour le producteur laitier de Baker-Brook au Nouveau-Brunswick, qui produit près de 1,5 million de litres de lait par année.

Le fermier explique qu’il est encore trop tôt pour estimer les pertes qui seront engendrées par cet accord, mais il sent que les producteurs laitiers ne seront en aucun cas favorisés. « Chaque fois que le Canada laisse partir des parts de marchés comme ça, ça nuit toujours à notre prix moyen », dit Marcel Daigle.

Rude concurrence

Le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron, est lui aussi plutôt déçu de la décision du gouvernement. « On a donné accès à du fromage, surtout des fromages fins et au niveau canadien, ça fait des années qu’on développe ce segment de marché-là », dit-il.

Il concède qu’une saine concurrence est souhaitable, mais il doute que le Canada, avec ses systèmes de gestion de l’offre, puisse rivaliser avec les producteurs des autres pays qui sont subventionnés.

Le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron, est un agriculteur de lait biologique.Le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron, est un agriculteur de lait biologique. Photo : Radio-Canada

« Nous on aurait aimé, par exemple, [qu’on importe de l’Europe] un fromage qu’on ne fabrique pas au Canada, parce que c’est un nouveau produit. La dynamique aurait été mieux si ça avait été pour développer [davantage] que pour compétitionner », explique Pierre Lampron.

La répartition des quotas d'importation de fromages européens annoncée par le gouvernement fédéral inquiète aussi les producteurs laitiers, car Ottawa a décidé de partager à part égales les quotas d'importation entre les producteurs de fromages, d’une part, et les détaillants et distributeurs, d’autre part.

Cette décision est critiquée par Marcel Daigle : « Les Costco de ce monde peuvent dire : on fait rentrer du fromage et on le vend à un prix de débarras. Mais c’est ça qui va nuire aux producteurs laitiers du Canada. »

Programme d’aide pour les producteurs laitiers

À la suite de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, le gouvernement du Canada a mis en place le programme d’investissement dans les fermes laitières pour aider les producteurs laitiers à augmenter la productivité de leurs fermes, un programme de 250 millions de dollars sur 5 ans.

Mais le gouvernement n’avait pas prévu l'afflux de demandes qui s'est produit - plus de 2500 demandes reçues en moins d’une semaine - et il a dû mettre fin à la première phase du programme.

Vaches laitières de la ferme Hector Claveau et fils à Saint-Gabriel-de-RimouskiVaches laitières de la ferme Hector Claveau et fils à Saint-Gabriel-de-Rimouski Photo : Radio-Canada / Isabelle Damphousse

« Avec la gestion de l'offre ici au Canada, on n’avait jamais eu besoin d'aide du gouvernement puisqu'on avait assez d'argent pour compenser nos dépenses et payer nos frais. Mais là, ils sont obligés d'investir 250 millions pour 5 ans. Qu'est-ce qui va se passer dans les années suivantes ? » dit Marcel Daigle. Il aurait souhaité que le gouvernement propose une meilleure solution pour l’industrie.

De son côté, le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron croit qu’il y a eu beaucoup de demandes parce qu’il y a une volonté d’investir et de renouveler le secteur, mais il juge que l'investissement du gouvernement est insuffisant.

Pierre Lampron espère maintenant que les représentants canadiens à la table des négociations pour l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) auront une petite pensée pour les producteurs laitiers : « On ne veut pas, à chaque négociation, [perdre] des sections de la gestion de l’offre. C’est frustrant, on développe, on investit sur nos fermes et on ne peut pas aller sur les marchés extérieurs à cause de cette gestion de l’offre. Mais on se fait prendre nos marchés. On n’est pas content. Un moment donné [il faut] arrêter, chaque fois c’est nous les sacrifiés! »

Nouveau-Brunswick

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