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Mourir du racisme : une enquête sur le sort d'un Autochtone aux urgences jugée inadéquate

Brian Sinclair en photo

Brian Sinclair est mort à l'âge de 45 ans après avoir attendu 34 heures aux urgences du Centre des sciences de la santé de Winnipeg, en septembre 2008.

Photo : Photo de famille

Radio-Canada

Un groupe de médecins et de chercheurs universitaires de l'ensemble du Canada affirme qu'un Autochtone qui est mort dans un hôpital de Winnipeg en attendant des soins de santé est mort du racisme et que l'enquête publique qui a suivi ne s'est pas attaquée au vrai problème.

« [Les gens qui travaillent dans les domaines de] la médecine et les soins de santé se voient toujours comme étant bienveillants et à l’écoute des besoins des patients. Mais ce n’est pas le cas pour bien des Autochtones. [Pour les patients autochtones,] il s’agit d’une rencontre violente », affirme le Dr Barry Lavallee, professeur de l’Université du Manitoba et directeur de l’éducation de l’Institut autochtone de la santé et le bien-être/Ongomiizwin.

Le Dr Lavallee est l’un des cinq membres du Groupe de travail Brian Sinclair, qui a publié un rapport intérimaire avec des recommandations lundi, soit presque 9 ans, jour pour jour, après la mort de l’homme qui a donné son nom au groupe.

Rappel des faits

Amputé des deux jambes, Brian Sinclair avait 45 ans quand le personnel d’un centre de santé communautaire l’a envoyé au Centre des sciences de la santé de Winnipeg pour un remplacement de cathéter, le 19 septembre 2008.

Il est mort aux urgences du Centre après avoir patienté durant 34 heures sans obtenir de soins.

L'autopsie a démontré qu'il était mort d'une infection de la vessie causée par un cathéter bloqué, une situation qui aurait pu être évitée avec des soins appropriés, avait alors indiqué le médecin légiste de la province.

Lors de l'enquête publique, de nombreux employés ont témoigné avoir vu Brian Sinclair, mais ne pas s'être approchés de lui parce qu'ils le croyaient ivre. D'autres croyaient qu'il était un sans-abri venu se réchauffer.

En tout, 17 employés du Centre des sciences de la santé ont affirmé qu'ils avaient vu Brian Sinclair dans la salle d'attente, mais aucun n'a cru qu'il attendait d'être soigné.

Une enquête qui rate sa cible

Le rapport final de l’enquête publique, terminé en 2014, a conclu que la mort de Brian Sinclair aurait pu être évitée et a proposé 63 recommandations visant la refonte des services de santé de première ligne à Winnipeg, notamment celles qui concernent les procédures de triage et d’inscription des patients aux urgences.

Cependant, le rapport n’est pas allé jusqu’à conclure qu’il y avait eu homicide et n’a pas repris la demande de la famille du défunt de lancer une enquête publique sur le traitement des Autochtones dans le système de soins de santé.

Le Dr Lavallee et ses collègues soulignent dans leur publication que l’enquête a échoué à répondre aux questions essentielles à la compréhension de l’histoire de M. Sinclair. D’ailleurs, ils disent que les enquêteurs ont ignoré les besoins uniques des Autochtones en termes de soins de santé et critiquent le rapport qui s’est arrêté à la mort d’un seul homme au lieu d’examiner d’importantes tendances sociales.

« Les recommandations de l’enquête n’ont aucunement abordé le racisme », déclare le médecin lors d’une table ronde sur le rapport intérimaire du groupe de travail intitulé Out of Sight (« loin des yeux »), qui soutient que la mort de M. Sinclair résulte directement du racisme dans le système de soins de santé.

« Et 10 ans plus tard, [les recommandations] n’ont rien fait pour protéger davantage les Autochtones », estime le Dr Lavallee.

« Un signal d’alarme »

Le président intérimaire de l’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW), Réal Cloutier, affirme que la présentation du groupe de travail est « un signal d’alarme », tout en assurant que l’Office a travaillé avec diligence pour mettre en oeuvre bien des recommandations du rapport publié en 2014.

« Nous savons tous que la mort de M. Sinclair était évitable et que le système de soins de santé lui a fait défaut », avoue-t-il.

Il nous faut comprendre que nos perceptions, les suppositions que nous formulons à l’égard des autres, ont des répercussions sur la façon dont nous fournissons les soins de santé aux patients. Et il faut vraiment qu’on reconnaisse qu’un racisme institutionnel influence notre prestation des services de santé.

Réal Cloutier, président intérimaire, Office régional de la santé de Winnipeg

Le rapport du Groupe de travail Brian Sinclair dresse une liste de quatre recommandations provisoires, dont la mise en oeuvre de politiques qui luttent explicitement contre le racisme en soins de santé ainsi que l’élaboration de stratégies de responsabilité professionnelle qui visent les organismes pour la répétition d’actes racistes.

M. Cloutier affirme qu’il prévoit de présenter le rapport du groupe de travail au conseil d’administration de l’ORSW, afin de discuter de la façon dont ils pourront adopter ses recommandations.

Un appel à la patience

Par ailleurs, une porte-parole du ministère de la Santé confirme que la province est en train de « passer en revue des recherches sur des rapports de sources non confirmées de racisme et de discrimination dans les services de santé », et que la nouvelle Régie des services de santé partagés du Manitoba compte élaborer des « normes uniformes en ce qui concerne la prestation des soins de santé ».

La représentante gouvernementale indique que la province s’engage à travailler avec la communauté autochtone pour effectuer des changements à long terme dans le domaine de la santé.

« [Mais] il faut du temps, de la sensibilité et un appui soutenu de ces genres de programmes et de services afin de provoquer un changement en profondeur du système de santé », prévient-elle.

 

Manitoba

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