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Évaluation de la qualité du français des enseignants : pas une solution unique au Manitoba

La qualité du français dans nos écoles
Radio-Canada

Comment s'assure-t-on de la qualité du français des enseignants? C'est une question qui fait régulièrement l'objet de discussions. Au Manitoba, il n'existe pas de test de langue obligatoire pour obtenir la certification d'enseignant. Il revient donc aux universités et aux divisions scolaires d'élaborer leurs propres méthodes d'évaluation.

Un texte de Camille Gris Roy

Au Québec depuis 2008, les étudiants en enseignement doivent réussir le Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE) en fin de programme pour exercer ensuite le métier.

« Les pratiques des universités ont été harmonisées de façon que tous les étudiants inscrits, quel que soit le programme de formation à l’enseignement qui est suivi, aient à réussir un test de langue pour démontrer leurs compétences langagières », explique une porte-parole du ministère de l’Éducation du Québec.

Les résultats montrent toutefois que près de la moitié des candidats échouent à ce test lors de leur première tentative, révélait lundi La Presse+.

Au Manitoba, la province n’impose pas d’exigences langagières spécifiques, que ce soit pour l’enseignement en anglais ou en français. L’évaluation dépend donc des établissements qui forment ou embauchent les enseignants.

L’Université de Saint-Boniface (USB), notamment, a fait le choix d’évaluer les étudiants au moment de l’admission « pour travailler [avec eux] plutôt que de vérifier à la fin et leur dire qu’ils n’obtiendront pas leur brevet parce qu’ils ne répondent pas aux exigences », explique Claudine Lupien, vice-doyenne de la Faculté d’éducation de l’USB.

Claudine Lupien, vice-doyenne de la Faculté d'éducation de l'Université de Saint-BonifaceClaudine Lupien, vice-doyenne de la Faculté d'éducation de l'Université de Saint-Boniface Photo : Radio-Canada / Fernand Detillieux

Cette évaluation comporte un volet oral (une entrevue) et un volet écrit (un texte argumentatif à rédiger). Pas de questionnaire à choix multiple ici : il ne s’agit pas d’évaluer la grammaire « hors contexte », souligne Claudine Lupien.

En moyenne chaque année, 7 à 8 % des demandes d’admission sont refusées en raison d’un niveau de langue insuffisant. L'USB repère aussi certains étudiants qui devront suivre un programme de perfectionnement pendant leurs cursus. L’établissement juge que, dans l'ensemble, ce système fonctionne.

On est capable de voir leur cheminement. Et ça viendrait aussi du milieu de l’éducation qui, pendant les stages, nous dirait que le niveau de français [d’un étudiant] n’était pas assez élevé.

Claudine Lupien, vice-doyenne de la Faculté d'éducation de l'Université de Saint-Boniface

Enfin, les étudiants ont l’option de passer à nouveau le test en cours de programme pour recevoir une attestation d’excellence ou de mérite. « C’est quelque chose qu’ils pourraient montrer s'ils passent une entrevue pour un emploi. »

« Ensuite, c’est aux divisions scolaires de décider si elles veulent mettre une certaine exigence au niveau du français des candidats qu’elles vont passer en entrevue », résume Claudine Lupien.

Divisions scolaires

La Division scolaire de Winnipeg (WSD), justement, a décidé d’adopter un nouveau système cette année pour évaluer les enseignants en immersion française. « Avant, c’était les directeurs et les administrateurs des écoles où on offre une programmation française qui faisaient l’évaluation », indique Radean Carter, responsable des communications à la WSD.

Radean Carter, responsable des communications à la Division scolaire de WinnipegRadean Carter, responsable des communications à la Division scolaire de Winnipeg Photo : Radio-Canada / Fernand Detillieux

« On va maintenant faire appel à une tierce partie pour faire l’évaluation de ces compétences et connaissances (écrit, oral et compréhension) », annonce-t-elle. Cette tierce partie remettra un certificat prouvant que la personne satisfait aux exigences.

Ce système n’est pas encore finalisé, mais « cette certification, c’est exactement ce que les étudiants passent, par exemple, à l’Université de Saint-Boniface », explique Mme Carter.

On est ravis de ce nouveau modèle, qui va nous donner un peu plus d’uniformité à travers la division scolaire.

Radean Carter, Division scolaire de Winnipeg

La Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), pour sa part, assure qu'elle contrôle le niveau de langue lors des entrevues d'embauche, et met l'accent sur une maîtrise impeccable à l'oral. « Pendant l’entrevue, si on voit qu’un candidat a de très grandes difficultés à répondre à des questions correctement en français à l’oral, c’est certain que ça nous donnerait de petits drapeaux rouges », note le directeur général adjoint, Marco Ratté.

Dans certains cas, ajoute-t-il, les écoles peuvent aussi décider de faire passer un petit test écrit. La DSFM rappelle aussi que la maîtrise du français est un processus continu chez les enseignants, et les écoles s'assurent de faire ce suivi. Mais, dans l’ensemble, la division dit ne pas avoir de grandes inquiétudes.

Salle de classeSalle de classe Photo : iStock

Des problèmes qui persistent

La qualité du français des enseignants est une question qui revient régulièrement sur la table et qui reste un défi, en particulier dans les milieux minoritaires comme au Manitoba. « Il y a la question des anglicismes. Alors les problèmes de syntaxe sont surtout de ce côté-là », rappelle le professeur de français à la retraite Émile Hacault, qui enseignait à l’Université de Saint-Boniface.

« Je crois que certains étudiants [en éducation] ont un très bon niveau parce que certains ont des antécédents français davantage que d’autres, par un milieu socioéconomique ou familial, et d’autres ont besoin de plus de motivation et d’aide pour pouvoir réussir », note-t-il.

C'est un problème qui est aussi lié au manque d’enseignants, en particulier en immersion française. « Comme l’immersion a pris beaucoup d’expansion au Manitoba, le marché n’a pas suivi », souligne Émile Hacault.

« On peut se dire bilingue parce qu’on parle et qu'on écrit [le français], mais il y a une autre étape à poursuivre pour pouvoir le maîtriser davantage à un niveau considéré acceptable [...]. J’ai confiance que la francophonie manitobaine commence à prendre conscience elle-même qu’il y a un élément de qualité de la langue qui demeure important. »

Avoir un français impeccable à tout point de vue, c’est du travail. Même moi, j’ai arrêté d’enseigner, mais j’y travaille encore.

Émile Hacault, professeur de français à la retraite

Et en anglais?

Comme il n’y a pas d’exigences langagières particulières pour les futurs enseignants au Manitoba, il n’y a pas non plus de test pour les futurs enseignants des écoles anglaises.

L’Université du Manitoba impose toutefois un examen d'entrée écrit aux étudiants en éducation, selon un porte-parole. Les étudiants de tous les niveaux doivent aussi suivre des cours en langue et littératie, peu importe leur domaine d’enseignement. Enfin, ils sont évalués régulièrement sur leurs communications orales et écrites durant les cours et les stages.

Manitoba

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