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Staffort Hill, une ferme solaire située sur un ancien dépotoir

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Radio-Canada

Le Vermont est l'un des leaders américains de l'énergie solaire depuis quelques années. Et la deuxième ville de l'État, Rutland, se veut l'épicentre de l'innovation dans ce domaine, dans le nord-est des États-Unis.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Sortir de la dépression

Rutland a encore mauvaise réputation, en tout cas auprès des habitants de Burlington, la métropole de ce petit État si proche du Canada et si différent du reste des États-Unis.

Jalousie de la part des habitants de Burlington ou de Montpelier, la capitale, envers ce qui a été le cœur commercial et industriel du Vermont pendant un siècle? Quelques façades en marbre témoignent de son opulence passée.

Vue panoramique de Rutland

Rutland, au Vermont

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Oui, Rutland a connu beaucoup de revers depuis les années 60 : la fin de l’industrie du marbre (blanc, comme celui de Carrare, en Italie), dont elle a été la capitale mondiale après le déclin de Carrare. L’abandon relatif du chemin de fer vers New York a fait le reste. Mais finie la dépression! Rutland redémarre, grâce en partie à l’innovation et à l’industrie de l’énergie solaire.

Symbole de cette renaissance : le Centre d’innovation énergétique, établi dans l’immeuble le plus décrépi de la ville, maintenant transformé en vitrine de ce qui se fait de plus performant en matière de nouvelles technologies énergétiques. La compagnie derrière le centre, Green Mountain Power (GMP), la plus grande compagnie de distribution du Vermont, offre même en location pour 15 $ par mois les fameuses batteries domestiques Powerwall de Tesla, qui permettent une autonomie totale en électricité.

Des panneaux solaires sur un toit

Sur le toit du Centre d'innovation énergétique de Green Mountain Power, au Vermont

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Revendre sa production

L'utilisateur d'énergie solaire peut même « revendre » sa production au réseau, sous forme de crédit. Un pari audacieux : toutes les compagnies d’électricité ne sont pas prêtes à accepter une concurrence de leurs propres abonnés.

Dans un quartier encore récemment négligé de Rutland, une cliente de GMP, Heather, a acheté une maison entièrement rénovée il y a six mois. Elle était déjà équipée de panneaux solaires.

C’est ce qui l’a décidée. Elle venait en plus avec des thermopompes pour le chauffage et la climatisation. « Les panneaux solaires étaient là quand j’ai acheté la maison, cela a été un gros critère pour l’achat. En février, ma première facture était élevée : environ 100 $. Le mois dernier, elle était négative : j’ai un crédit de 43 $ du réseau. »

Vue du chemin de fer dans la ville de Rutland, au Vermont

Rutland, ancien axe ferroviaire

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

L’ingénieur en bâtiment Claus Bartenstein a équipé les bureaux de sa compagnie de panneaux solaires. Sa facture d’électricité en juillet : 11 $. Il paie 100 $ tout au plus en plein hiver neigeux. « En tant que compagnie d’ingénierie, il faut montrer l’exemple. Il ne suffit pas d’en parler, il faut montrer que les systèmes énergétiques alternatifs fonctionnent. »

Pour sa maison familiale, il est membre d’une coopérative qui lui permet d’utiliser l'un de ses 50 panneaux solaires. C’était un projet pilote à Rutland.

Le projet le plus audacieux est celui de Stafford Hill. Sur une superficie de 4,5 hectares situés sur l’ancien dépotoir de Rutland, Green Mountain Power a installé des panneaux solaires. Un site capable de produire deux mégawatts d'électricité. Green Mountain Power, qui appartient à Gaz Métro du Québec, veut dépendre de moins en moins des grandes centrales électriques et de plus en plus d’énergies renouvelables.

Ses panneaux alimentent, entre autres, l’école secondaire de Rutland, qui sert aussi de centre d’hébergement en cas de catastrophe.

Ce qui fait l’originalité du complexe, ce sont les quatre séries de batteries qui accumulent l’électricité. Des batteries classiques et d’autres au lithium, plus récentes et plus efficaces. Elles permettent de délester le réseau aux heures de pointe, lorsque le coût de l’électricité est à son maximum.

L’utilisation des batteries nous a permis, pendant la pire heure de pointe de l’hiver, d’économiser 200 000 $ en une seule heure.

Josh Castonguay, Green Mountain Power

Il n’y a pas qu’à Rutland où on a résolument pris le virage solaire. Dans un endroit discret à Grande Isle, au milieu du lac Champlain, la coopérative Vermont Electrical Cooperative est en train de construire pour ses 34 000 membres un immense champ solaire de cinq mégawatts, le plus grand de l’État. La terre est louée à un fermier pour 30 ans.

Une pelle mécanique et des ouvriers s'affairent sur un chantier

Bientôt 5 mégawatts sur Grande Isle, Lac Champlain.

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Menace sur l’industrie

Si l'énergie solaire a le vent dans les voiles au Vermont, des nuages pourraient venir assombrir cette industrie. Des compagnies américaines de panneaux solaires ont déposé une plainte au bureau du représentant au Commerce à Washington. Elles voudraient l'imposition d'une taxe sur l’importation de panneaux provenant d'entreprises chinoises, qu’elles accusent de concurrence déloyale. Une telle taxe ferait grimper considérablement les coûts d’installation. Et puis il y a des inconnues sur les programmes d’incitation de l’État et surtout, de l’administration Trump.

Énergies renouvelables

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