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Dix ans de droits pour les peuples autochtones, et après?

Regards sur demain avec la modératrice Jennifer O'Bomsawin, les panélistes Emilio Wawatie, Melissa Mollen Dupuis, Samian et Claudia Petiquay.
Regards sur demain avec la modératrice Jennifer O'Bomsawin, les panélistes Emilio Wawatie, Melissa Mollen Dupuis, Samian et Claudia Petiquay. Photo: Nadia Lemieux
Radio-Canada

Le tambour et les chants des Buffalo Hat Singers ont résonné le 13 septembre au Palais des congrès de Montréal pour souligner le 10e anniversaire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, mais certaines notes discordantes se sont aussi fait entendre et plus particulièrement chez les jeunes militants autochtones.

Un texte d'Anne-Marie Yvon

Pourquoi 10 ans plus tard on est encore dans ce génocide actif? Pourquoi on est encore à se poser la question "mais qu’est-ce qui s’est passé dans les 10 dernières années?" Et aujourd’hui on est au même point que le 13 septembre 2007.

Samian, auteur-compositeur et rappeur

Réunis pour discuter et réfléchir à la suite des choses, quatre représentants de la génération montante ont exprimé leurs craintes et leurs espoirs. L’auteur-compositeur Samian est rapidement entré dans le vif du sujet en précisant qu’il faut agir au sein des communautés et arrêter de se tourner vers les gouvernements.

Nouvelle porte-parole pour l’APNQL, la jeune Claudia Petiquay se sent prise au dépourvu devant la tâche à accomplir. « Je me rends compte à quel point les enjeux sont énormes, je ne sais pas par où commencer », dit-elle en faisant référence aux changements attendus depuis si longtemps et ajoutant que « c’est tellement urgent en même temps. »

Un réveil collectif

La frustration demeure devant l’inaction des gouvernements. Prenant exemple sur la crise d’Oka de 1990, la cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle No More, Melissa Mollen Dupuis, se désole face à une dynamique persistante.

Alors que la communauté de Kanesatake s’est défendue pour faire respecter ses droits sur la pinède, souligne-t-elle, il y a encore aujourd’hui ce discours de sourd qui se fait.

Et c’est encore un peu cette dynamique-là qui existe pour beaucoup de gens quand on veut empêcher des pipelines, quand on veut empêcher de l’extraction sur l’île d’Anticosti.

Melissa Mollen Dupuis

À ce sujet, Samian est clair : « Il faut arrêter de dépendre du gouvernement. Il faut revirer la situation vers nous et s’activer nous autres même. »

Melissa Mollen Dupuis, Samian et Claudia Petiquay participaient à la table ronde de jeunes militants autochtones et leur regards sur demain.Melissa Mollen Dupuis, Samian et Claudia Petiquay participaient à la table ronde de jeunes militants autochtones et leur regards sur demain. Photo : Nadia Lemieux

Agir sur le terrain

Si le leadership doit se faire à un niveau politique, il doit aussi se faire sur le terrain par les membres des communautés, poursuit Melissa Mollen Dupuis pour qui les actions locales peuvent aussi avoir un grand impact. Mentionnant ses implications dans Idle No More et dans le Wapikoni Mobile, elle souhaite transmettre cette capacité de faire bouger les jeunes.

« On nous fait tellement rapidement croire qu’on est des drogués, des alcooliques, les filles autochtones on finit en prostitution, des thèmes qui nous reviennent et qui nous collent à la peau, alors qu’on peut créer des moments extraordinaires ensemble en communauté », se désole Melissa.

En communauté et en ville, où la plus jeune du panel, Claudia Petiquay, s’est installée pour étudier. À La Tuque, où elle vit, elle s’implique au conseil des jeunes. Leurs discussions portent sur les difficultés pour les Autochtones de vivre en ville, sur les raisons qui les poussent à étudier, sur leur envie de retourner dans leur communauté pour améliorer le sort de leurs pairs.

C’est aussi à La Tuque qu’elle a compris l’importance de préserver sa culture. Mère de deux jeunes enfants, elle ne parlait plus sa langue avec eux, l’atikamekw, de crainte qu’ils ne s’intègrent pas bien aux autres enfants à la garderie. Elle le regrette aujourd’hui et a recommencé à leur parler sa langue.

 

Pour le quatrième panéliste, Emilio Wawatie, un Anishnabe originaire de Lac-Barrière, lauréat du prix Imagine Canada du Centre national pour la vérité et réconciliation, de multiples facteurs mèneront au bien-être des Autochtones, dont la culture.

Plusieurs des 46 articles de la Déclaration expliquent les droits des peuples autochtones et ce qui les conduira à se prendre en main et à se tenir debout. Selon lui, la culture est un enjeu central englobant des éléments allant de la langue à l’environnement et comment l’utiliser en passant par la médecine et la connaissance de la faune et de la flore.

Dans la Déclaration, l’aspect culturel est vaste parce que pour les Autochtones, la connexion au territoire est importante, c’est ce qui nous permet d’être connectés à notre esprit, à notre corps et à notre âme.

Emilio Wawatie

Et selon lui, il faudra concilier ce savoir traditionnel à la vie moderne pour réussir à créer une nouvelle histoire pour les générations à venir.

Se décoloniser, décoloniser le Canada, s’éduquer, améliorer son monde et celui des générations à venir, les rêves des panélistes ont été nombreux et ceux-ci ont espéré qu’il ne faudra pas attendre encore 10 ans avant de constater de réels progrès dans la mise en application de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

 

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